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Spoilers probables sur certains épisodes...

Il y à quelques jours, j'ai abordé le film à sketches de 1983 La Quatrième Dimension : Le Film, réalisé par John Landis, Steven Spielberg (tous deux producteurs du film), Joe Dante et George Miller et interprété par notamment Scatman Crothers, John Lithgow, Dan Aykroyd et Vic Morrow. Un film qui adaptait pour l'occasion quatre des plus fameux épisodes de la série TV initiale, La Quatrième Dimension(The Twilight Zone), qui fut conçue par Rod Serling en 1959. Serling (dont la voix-off introduisait la série et ouvrait et concluait chaque épisode) est mort en 1975, ce qui fait que pour le film, c'est l'acteur Burgess Meredith (qui joua dans pas moins de quatre épisodes, tous cultes, de la série TV) qui prit sa place. Par cet article, j'ai décidé de parler de cette série TV des plus mythiques, une des plus connues de tous les temps, et assurément la pièce maîtresse de l'oeuvre télévisuelle de Rod Serling (qui, au début des années 70, le temps de trois saisons, proposera une autre série TV remarquable, basée sur l'horreur, Night Gallery).

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Que dire sur La Quatrième Dimension? Riche de cinq saisons (dont quatre diffusées en France à l'époque), cette série anthologique, dans le sens que chaque épisode était indépendant des autres, a été diffusée de 1959 à 1964 aux USA, et sera diffusée en France dans les années 60 à 2000, par périodes (je me souviens qu'à la fin des années 80, elle était diffusée, je ne sais plus sur quelle chaîne, mais pas Canal + car on n'avait pas cette chaine cryptée à l'époque chez moi, et je pouvais quand même voir cette série). Seule la quatrième saison, très différente des autres, n'a pas été diffusée en France, et n'a pas été doublée en français d'ailleurs (les cinq saisons existent, séparément ou en gros coffret, en DVD : des coffrets de 6 DVDs sauf pour les saisons 2 et 4, qui ne proposent que 5 DVDs ; Tous les épisodes sont proposés en VF et VOST sauf un ou deux, et l'intégralité de ceux de la saison 4, uniquement en VOST). La série, du début à la fin, est en noir & blanc, et était diffusée, aux USA, sur CBS Network. Exception faite du pilote "Time Element" (présent en VOST en bonus sur le coffret de la première saison, jamais diffusé en France) qui durait 50 minutes, et exception faite des épisodes de la quatrième saison qui duraient eux aussi dans les 50 minutes, chaque épisode, mis à part ces particularités, durait 25 minutes (parfois, mais plus rarement, 24 et des poussières, et jamais plus de 25). 

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Difficile de parler de cette série, et je tiens à le dire ici (et ça va en rassurer certains, moi le premier, car sinon la tâche serait tellement ardue que dans un an, je serais toujours en train de rédiger cet article), je ne vais pas entrer dans le détail de tous les épisodes de toutes les saisons. La saison 1 contient 36 épisodes, la deuxième en contient 29, la troisième 37, la quatrième 18 (bah oui, ils sont plus long que ceux des autres, remember ?) et la cinquième et dernière, 35. Détailler chaque saison serait un travail de titan totalement idiot, je me contenterai juste, donc, de les lister en cinq longs paragraphes en fin d'article. Et puis non, finalement, même ça je ne le ferai pas, car ça ne servirait pas à grand chose et prendrait inutilement de la place. Je ne vais pas non plus lister tous les réalisateurs (notamment Buzz Kulick, Stuart Rosenberg...), tous les auteurs (Serling essentiellement, mais parfois Charles Beaumont ou Richard Matheson aussi) et surtout tous les acteurs (une liste ahurissante de célébrités du cinéma ont joué dans cette série, parfois des acteurs déjà confirmés, et parfois des petits nouveaux qui deviendront célèbre un an, deux ans ou cinq ans plus tard). Voici, pour les acteurs, une liste non exhaustive, et ne respectant aucun ordre d'apparition dans la série, des plus célèbres, qui souvent ne jouent que dans un seul épisode (aucun rôle n'est récurrent), liste qui commence dès que vos yeux auront franchi la barre du prochain paragraphe (départ imminent).

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Burgess Meredith, William Shatner, Charles Bronson, Robert Redford, Martin Landau, Lee Marvin, Agnes Moorehead, Vera Miles, Inger Stevens, Paul Mazursky, Dick York, Cliff Robertson, Dennis Hopper, Dennis Weaver, Fritz Weaver, Peter Falk, Patrick MacNee, Franchot Tone, Burt Reynolds, Ross Martin, James Coburn, Peter Falk, Telly Savalas, Murray Hamilton, John Carradine, Jack Warden, Ed Wynn, Gig Young, Elisabeth Montgomery, Robert Duvall, Mickey Rooney, Warren Oates, Roddy McDowall... Oui, une liste impressionnante, j'en conviens, et d'autant plus qu'il en manque. Bon, on a aussi, évidemment, beaucoup d'acteurs et d'actrices de seconde zone, peu connus, et qui ne le sont pas devenus, ça c'est clair, et ils sont encore plus nombreux. Mais quand même, ça fait réfléchir sur le potentiel révélateur de cette série qui, pour son époque, n'est comparable (en terme de qualité et de statut mythique) qu'avec Au-Delà Du Réel (The Outer Limits) de Joseph Stefano (le scénariste du Psychose d'Hitchcock).

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Difficile aussi de dire de quoi parle cette série. L'ingrédient de base de La Quatrième Dimension (qui, d'après le speech introductif de la saison 1, aurait en fait dû être baptisé, en VF, La Cinquième Dimension!), c'est l'arrivée impromptue, non désirée et non expliquée du bizarre dans la vie quotidienne. Ne cherchez pas une explication rationnelle au fait que tout dérape tout le temps (et que le monde plonge dans cette quatrième dimension, dans cette zone crépusculaire comme la série s'appelle en titre original), il n'y en aura pas, jamais. Cette série, c'est bienvenue dans l'étrange, essuyez vos pieds en entrant, saluez le concierge en sortant. De plus, certains épisodes sont franchement drôles, d'autres tristes au point d'en être de vrais tire-larmes ; certains foutent les jetons, d'autres non ; certains sont de la SF pure et dure (vaisseaux, extra-terrestres), d'autres se passent dans le passé (westerns, Belle Epoque...), d'autres dans le futur, certains sur une autre planète que la Terre... Certains épisodes (très peu, très rares mais quand même) sont quasiment sans paroles. Il est difficile de cataloguer la série en cela que chaque épisode, malgré des thèmes qui reviennent, est différent des autres.

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Parmi les meilleurs épisodes, on note « Question De Temps » dans la saison 1, dans lequel Burgess Meredith joue un employé de banque sans relief qui passe son temps à lire, lire et lire (des quatre épisodes que Meredith a faits dans la série, trois ont un rapport avec la lecture), au risque de se faire copieusement engueuler par son boss ; mais chez lui, quand il lit c'est sa femme qui l'engueule. Alors un jour, il se rend à la salle du coffre, au sous-sol, pour lire en paix. Ce qu'il fait qu'il est en sécuité quand une bombe atomique pulvérise la ville et tue tout le monde sauf lui. Il sort, pour découvrir un champ de ruines, plus personne. D'abord désemparé, il se rend compte que désormais, il a tout le temps qu'il faut pour bouquiner en paix. Mais en arrivant à la bibliothèque, encore en assez bon état, il lui arrive une tuile monumentale qui achève l'épisode sur une note d'une ironie cynique il brise malencontreusement les verres de ses lunettes de lecture...

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On a aussi le terriblement drôle « Le Champion », un des derniers épisodes de la même première saison (une saison qui ne contient que peu d'épisodes drôles, et tous sont en final), où Jack Warde joue l'entraîneur d'une très mauvaise équipe de base-ball, les Zephyrs de je ne sais plus où. Et quand je dis qu'ils sont nuls, c'est vraiment le cas. Un jour, un médecin se propose de lui faire rencontrer un jeune lanceur très talentueux, qui s'avère être un robot. Sans grande âme, le robot, aux apparences totalement humaines, sait lancer des balles parfaites, que le frappeur de l'équipe adverse n'arrive jamais à smasher. Avec lui, les Zephyrs deviennent immenses, jusqu'au jour où on soupçonne une fraude... On a également, dans la saison 2, « Les Prédictions », où William Shatner, pas encore le Capitaine Kirk, se retrouve littéralement obnubilé par une petite machine de bistrot distribuant, contre un penny, des prédictions sur des bouts de papier. Suite à une prédiction qui va s'avérer exacte, il va se retrouver totalement prisonnier de ces bouts de papier, n'osant plus sortir du bar parce qu'une réponse aura été des plus ambigües... On a aussi, dans la saison 5, « Cauchemar A 20 000 Pieds » (adapté dans le film de 1983) où le même Shatner joue un ancien pensionnaire d'hôpital psychiatrique, tout juste guéri, qui semble être le seul passager de l'avion dans lequel il voyage à voir un gremlin saccager, progressivement, la carlingue...

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Certains épisodes sont juste immenses : « Les Envahisseurs », dans la saison 2, où Agnes Moorehead affronte, seule, dans sa petite maisons, des créatures minuscules qui la menaçent, un épisode sans paroles ; ou « La Grandeur Du Pardon », dans la saison 3, adapté dans le film de 1983, où un soldat américain de la Seconde Guerre Mondiale, sur le front du Pacifique, prêt à attaquer une unité japonaise en difficulté, se retrouve dans la peau d'un soldat japonais confronté à la même situation : attaquer un ennemi affaibli et ne pouvant se défendre (dans l'épisode du film, ça parle d'un immonde raciste se retrouve, par le biais de voyages temporels impromptus, à diverses époques troublées, et à chaque fois dans le rôle de la minorité menacée, comme un Juif pendant l'Occupation ou un Noir pendant une attaque du Ku Klux Klan). D'autres, comme « Un Matin Noir », dans la saison 5, qui montre le soleil refuser de se lever en réponse au racisme et à la ségrégation, ou « Le Voeu Magique » dans la première saison, où un boxeur (Noir, de plus) sur le retour gagne un combat parce qu'un petit garçon ayant pitié de lui a fortement prié pour sa victoire, d'autres donc sont franchement ratés, déplorables, des tearjerkers sans intérêt et remplis de clichés.

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On a des histoires de voyages dans le temps, de machines diaboliques ou enchanteresses (l'appareil photo du « Futurographe », dans la saison 2, qui prend en photo un évênement cinq minutes avant qu'il ne se produise), de pactes avec le Diable ou la Mort, on a des situations totalement invraisemblables et filant les chocottes comme dans le tout premier épisode de la saison 1, « Solitude », où un homme amnésique se retrouve dans une ville totalement déserte, mais un peu comme si la ville venait tout juste de se vider de ses habitants (dans le bar, une tasse de café fume encore)... Dans « Il Est Vivant», Dennis Hopper joue un jeune facho possédé par l'esprit d'Hitler (saison 4)... Dans « Le Journal Du Diable » (saison 4 aussi), Burgess Meredith joue le propriétaire très diabolique (et pour cause) d'un journal... Dans « Mr Dingle » (saison 2), le même Meredith joue un homme falot et souffre-douleur devenant, par la grâce d'un don extraterrestre, l'homme le plus fort du monde,capable de soulever une statue de bronze d'une seule main...

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Comme on le voit, cette série mythique est un régal de tous les instants (malgré des épisodes parfois ratés et d'autres moyens ; Serling lui-même, après coup, estimera que le tiers de la série entière est constitué de ratages, un autre tiers de réussites, et le dernier tiers d'épisodes corrects mais sans plus, bref un résultat qu'il estimera globalement correct mais peut-mieux-faire), on prend plaisir à retrouver tous ces acteurs (qui pour certains, débutent quasiment leur carrière ici) dans des situations totalement incroyables, certaines loufoques (le banquier qui entend les pensées), certaines terrifiantes (l'homme qui se retrouve coincé dans un étrange monastère dans lequel le Diable aurait été fait prisonnier), certaines lacrymales (la star du cinéma sur le retour qui se fait transporter dans un de ses films parce qu'elle regrette trop le bon vieux temps de sa jeunesse et de sa gloire), souvent très originales. La série connaîtra une heure de gloire avec ses saisons 2 et 3, mais quand le format changera pour des épisodes plus longs (saison 4), ça ne plaira pas, et un retour à l'ancien format de 25 minutes reviendra pour une ultime et globalement moins réussie cinquième saison. Quant à la saison 4, inédite en France (pour les diffusions TV), elle contient quelques uns des meilleurs opus de la série entière.

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Certes, c'est en noir & blanc d'époque, en cadrage 4/3 d'époque, et la qualité audio et vidéo est d'époque (certains épisodes, rares mais quand même, ont une qualité vidéo assez moyenne, mais l'ensemble a quand même été très bien retapé à l'occasion de la ressortie des intégrales DVD en 2012). Certes, ça a vieilli, le jeu d'acteurs n'est pas toujours au top, la réalisation et les effets spéciaux sont rustiques (et une série TV n'aura jamais le même niveau d'excellence qu'un film cinéma). Mais La Quatrième Dimension conserve un charme parfait, et un fan de SF et de fantastique, et d'étrange, se doit d'en regarder au moins plusieurs épisodes !