inferno-affiche-964162

Spoilers...

Deux paragraphes de rappel. Lors de sa publication en France en 2004, le roman Da Vinci Code de Dan Brown fut un véritable phénomène littéraire (et ce, malgré qu'il ne soit pas particulièrement bien écrit ; rien de honteux, mais ce n'est pas du Perez-Reverte ou du Eco, par exemple, le style est très très simpliste), et on découvrit cet auteur qui n'en était pas à son coup d'essai. Il avait avant ça publié, aux USA, trois romans (qui seront publiés en France dans les deux-trois ans qui suivront) dont un, Anges & Démons, mettait déjà en scène le personnage principal de Da Vinci Code, le professeur de symbiologie Robert Langdon, de l'université de Harvard. En fait, Da Vinci Code était le premier roman de Brown publié chez nous...mais son dernier en date à l'époque ! En 2005, Anges & Démons sera publié en France, et en 2006, sortira le premier film adapté des romans de Brown mettant en scène Langdon : Da Vinci Code, de Ron Howard, avec Tom Hanks, Jean Réno, Audrey Tautou, Ian McKellen, Paul Bettany, Jean-Pierre Marielle et Alfred Molina. Le film, je l'adore, c'est de plus une excellente (malgré des différences) adaptation du roman, mais il faut dire que dès sa sortie, il sera assassiné par la presse, je n'ai personnellement quasiment jamais vu un tel assaisonnement de mauvaise critiques, parfois de la pure mauvaise foi (à la base, le film est un divertissement). Ayant adoré le film dès sa sortie en salles, il a entraîné mon inscription sur Allociné, ma première critique publiée fut sur ce film, et peu après, je créais mon blog, sur Allociné (avant de le transférer en 2009 sur Canalblog, il n'existe plus sur Allociné).

inferno

En 2009, Brown publie Le Symbole Perdu, troisième volet de sa saga Langdon, et à ce jour unique volet à ne pas avoir été adapté (on a dit que c'est parce que son intrigue pouvait faire penser aux films Benjamin Gates avec Nicolas Cage, ces deux merdes, et le projet d'adaptation fut repoussé, mais pas annulé), et en cette même année 2009, sort le film Anges & Démons, du même Ron Howard, avec toujours Tom Hanks, et avec aussi Ewan MacGregor, Ayelet Zurer, Armin Mueller-Stahl, Stellan Skargard, une très bonne adaptation (même si on a là encore, et même plus encore, des différences avec le roman) qui, là aussi (mais sans doute un peu moins au final) se fera laminer par la presse qui, n'ayant pas aimé le premier opus (qui, pour les romans, se passe après, mais là c'est l'inverse), n'allait pas aimer le second, c'est trop facile. J'aime énormément ce film aussi. Enfin, en 2013, Inferno, le quatrième roman de Brown avec Langdon en héros, sort (au passage, le cinquième roman de Brown avec son personnage fétiche devrait sortir entre cette année et l'année prochaine chez nous). L'adaptation cinéma du Symbole Perdu ayant été repoussée à on ne sait quand (Howard a juste dit que le film se fera un jour), c'est ce roman qui sera le troisième à être adapté, en 2016, toujours par Howard, et toujours avec Tom Hanks. On y trouve aussi Felicity Jones, Omar Sy, Irrfan Khan, Ben Foster, Sidse Babett Knudsen et Ana Ularu. 

inferno__2016_6315

Les critiques seront encore plus salopardes qu'avec les autres films (enfin, elles ne seront, dans l'ensemble, pas bonnes) et commercialement parlant, Inferno se ramassera quelque peu au box-office, c'est le film ayant le moins bien marché dans la trilogie, sans toutefois avoir été un échec, il rapportera plus qu'il n'a coûté et c'est déjà ça. Là aussi on a des différences notables avec le roman, surtout pour la fin. C'est plus sombre (dans le roman, le virus n'est pas mortel, il entraîne une stérilité aléatoire et servirait donc de régulateur de population, et on ne parvient pas à empêcher qu'il ne se propage ; dans le film, le virus est mortel et est stoppé de justesse avant qu'il ne se répande) à cause de ce changement de virus qui, forcément, entraîne un 'méchant' plus méchant (mais tout aussi mort au début du film) et un complice tout aussi méchant que lui. Alors que dans le roman, le 'méchant' veut bien faire, avec des méthodes certes radicales mais compréhensibles, et son complice est dans le même genre. Complice qui ne change pas entre les deux oeuvres (roman et film). On a aussi d'autres différences (un personnage disparaît quasiment, des scènes sont oubliées, mais elles n'ont pas grande importance) qui, au final, ne gênent pas trop. Le film est vraiment bien même si c'est celui que j'aime le moins des trois (ce n'est pas le cas du roman, que je préfère au film et que je trouve plus abouti).

Tom-Hanks-Inferno-2016

L'action du film se passe en grande partie à Florence, Italie. Ca démarre bizarrement par Robert Langdon (Tom Hanks, toujours aussi bon acteur) hospitalisé, la tête bandée, et en plein délire cauchemardesque (il voit des scènes infernales et horrifiques, des corps ensanglantés et mutilés, des flammes, des fleuves de sang, en pleine rue), et ne se souvenant plus de rien. Un médecin, Sienna Brooks (Felicity Jones), lui apprend qu'il a été victime d'un agression, on lui a tiré dessus, la balle a ripé sur son crâne, blessure sans gravité et amnésie rétrograde sans doute temporaire. En regardant par la fenêtre, Langdon aperçoit le Duomo, le Palazzo Vecchio, et comprend qu'il est à Florence, il ne sait juste pas ce qu'il fout là (il se croyait chez lui, dans le Massachussetts). Alors qu'il tente de reprendre ses esprits, une jeune femme habillée en carabinier (c'est à dire en policier italien) surgit et tire à tout va, abattant un médecin et tentant de tuer Langdon. Sienna et lui parviennent à s'enfuir, direction chez Sienna. Se remettant de ses émotions, en fouillant dans ses affaires, Langdon trouve un petit container de la taille d'un étui à cigare, avec le symbole Biohazard (symbole utilisé pour les produits bactériologiques) et un capteur de reconnaissance d'empreintes digitales. L'objet semble appartenir à l'Organisation Mondiale pour la Santé (OMS, WHO en anglais) et en appuyant sur le capteur, il s'ouvre, révélant un petit projecteur laser affichant une reproduction tronquée de la Carte de l'Enfer de Boticcelli.

inferno-robert-langdon-save-humanity

Langdon, qui connaît bien cette oeuvre inspirée de La Divine Comédie, segment "l'Enfer", de Dante, comprend que les différentes parties ont été mises dans un autre ordre, et comportent toutes une lettre qui, une fois la carte remise dans l'ordre, disent Cerca Trova ("cherche et trouve"), allusion, selon lui, à un tableau de Vasari situé dans le Palazzo Vecchio. Ainsi qu'à un masque mortuaire bien connu, situé aussi dans le même musée, celui de Dante. Tout ceci mène aussi à un étrange et controversé scientifique, Bertrand Zobrist (Ben Foster), membre des Transhumanistes, récemment décédé par suicide à Florence, et qui était traqué par l'OMS car on le soupçonnait de vouloir répandre un virus mortel. Langdon se  rend progressivement compte que ce jeu de piste va mener à ce virus, cet Inferno, et lui et Sienna, traqués à la fois par la mystérieuse tueuse et par des membres de l'OMS, vont aller de Florence à Istanbul en passant par Venise, résolvant à chaque fois les énigmes de feu Zobrist, un vrai passionné de Dante qui, toute sa vie de scientifique, n'a eu de cesse de clamer qu'à moins de réduire drastiquement la population terrestre à la manière de la Peste du Moyen-Âge, on court droit à notre perte...

Inferno-Szene-5

Tom Hanks est aussi bon que d'habitude dans le rôle de Langdon (et en général ; c'est vraiment un super acteur, on sait qu'on passera un bon moment rien que parce qu'il joue dans le film), la réalisation de Ron Howard est aussi bonne que d'ordinaire. Le scénario propose des différences notables avec le roman, mais rien de grave. J'ai au départ été assez énervé que la teneur du virus soit changée dans le film, le transformant de régulateur de population à un vrai virus type peste, mortel et qu'il faut encore plus arrêter. Le final du roman est du genre fataliste et optimiste en même temps : le virus est lâché, on assistera par la suite, dans les dizaines d'années à venir, à une régulation naturelle de la population (certaines personnes seront touchées et deviendront stériles, et d'autres non, de manière aléatoire). Dans le film, le virus est vraiment mortel, donc à la manière de tous les films dans lesquels on menace d'envoyer un virus mortel, il n'y à d'autre alternative que de le stopper avant l'inévitable. Et le complice ne peut qu'être abattu ou mourir de lui-même, ce qui se passe ici, dans Inferno. Zobrist, dans le film, est montré comme un psychopathe. Dans le roman (il est tout aussi mort dès le départ que dans le film), on finit par comprendre où il voulait en venir. Son geste est radical mais il a du sens. Plus que dans le film. Ce changement de teneur du virus est vraiment un cliché hollywoodien, pour rajouter du dramatique alors que dans le roman, ça fonctionne parfaitement, à la fin, tel que ça a été écrit. 

inferno__2016_9004

Mais le gros problème vient des autres acteurs. Omar Sy n'est pas mauvais mais son personnage d'agent de l'OMS traquant Langdon, est trop ambigu et ne sert pas à grand chose. Felicity Jones, quant à elle, m'énerve tout du long avec sa moue vaguement incrédule, vaguement terrifiée, vaguement méprisante et vaguement sympathique, on a plus l'impression qu'elle se sent un boulet qu'autre chose, et que ça la fait chier. Les autres acteurs sont  à l'avenant, on ne se rend limite pas compte qu'ils sont là. Le film est donc littéralement porté par Hanks, qui est heureusement aussi bon ici que dans les autres films de la série, et sur le scénario, efficace malgré les différences. Mais Inferno a beau être un bon film dans son genre, ce n'est pas le meilleur des trois, ni le meilleur film de Ron Howard. J'ai vraiment aimé ce film quand même, mais c'est ceui qui me branche le moins comme je l'ai dit. Ca reste un bon divertissement dans son genre. Mais pour une fois, je peux comprendre les mauvaises critiques qu'il a récoltées.