Prometheus_affiche_fr

Spoilers !

En 1979, Ridley Scott, aidé de Dan O'Bannon (scénario) et de l'artiste suisse H.R. Giger (design de la créature et de certains décors), sort son deuxième film (après la réussite plastique indéniable des Duellistes en 1977) : Alien, Le Huitième Passager. Chef d'oeuvre absolu, le film va non seulement révéler Sigourney Weaver (totalement indissociable de son rôle de Ripley, qu'elle reprendra trois fois) mais aussi, évidemment, une des plus fameuses sagas du cinéma. Si on excepte le quatrième volet (en 1997) signé Jean-Pierre Jeunet, Alien : La Résurrection, qui est correct mais ne s'imposait pas, la saga principale est juste à tomber par terre, entre la SF horrifique du premier opus, l'action survitaminée du second (Aliens, Le Retour, 1986, par James Cameron) et le suspense psychologique du troisième opus (Alien 3, 1992, par David Fincher). Après, on passe à une autre saga, que personnellement je déteste, les Alien Vs Predator. A quoi ça sert de mélanger les mythiques créatures de deux mythiques films ? Juste à faire du pognon, mais quand la qualité n'y est pas... 

Pormetheus-Wallpaper-prometheus-2012-film-33017328-1920-1080

Depuis des années (des dizaines d'années, même !), Ridley Scott annonçait partout, dans des interviews notamment, qu'il ferait, un jour, un film qui raconterait ce qui se passe avant le premier Alien ; un film qui raconte la 'naissance' de cette monstrueuse créature, cet autostoppeur de l'espace, et qui expliquerait aussi deux-trois trucs un peu bizarres que l'on voit dans le premier volet, dans la fameuse séquence où l'équipage du "Nostromo" arrive sur cette planète désolée et désertée et y ramènent, sans le vouloir et sans le savoir, l'Alien. Bon ben, voilà, on attendait un film de ce genre depuis des années, et en 2012, enfin, Ridley Scott s'est sorti les doigts et l'a réalisé. Prometheus, tel est le nom de ce film. Un film au titre en double sens : c'est le nom du vaisseau dans le film (de même que pour le tout récent Alien : Covenant sorti cette année, qui a aussi un titre en double sens et est la suite de Prometheus), mais Prométhée, dans la mythologie grecque, est celui qui vola le feu sacré aux Dieux et créera un homme à partir de boue. Un Frankenstein avant l'heure (le roman Frankenstein de Mary Shelley est sous-titré "Le Prométhée Moderne"). Une sorte de savant fou et une allégorie pour désigner celui qui s'aventure là où il ne devrait pas aller sans des connaissances suffisantes. 

promo

Prometheus, sous son titre qui claque, bénéficie d'un casting assez efficace : Noomi Rapace (actrice suédoise révélée par la trilogie Millenium), Charlize Theron, Idris Elba, Michael Fassbender, Guy Pearce... Leurs personnages font énormément penser à ceux joués par les acteurs du premier volet, à savoir Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Ian Holm, Yaphet Kotto, Harry Dean Stanton, Virginia Cartwright, John Hurt (je viens de citer tout le casting du premier volet). L'action se passe en 2093, et environ 50 ans avant les évênements du premier volet de la saga initiale. Mais ça se passe d'abord bien loin dans le passé : un vaisseau se pose sur une planète qui pourrait ou ne pourrait pas être la Terre, et un être humanoïde en sort et absorbe un liquide noir qui va le désagréger. Son corps liquéfié s'écoule dans un cours d'eau. Puis cap sur 2089. L'archéologue Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et son compagnon et collègue Charles Holloway (Logan Marshall-Green) découvrent, sur l'île de Skye en Ecosse, une peinture préhistorique représentant un humanoïde désignant six étoiles, et qui ressemble à s'y méprendre à d'autres peintures du même genre trouvées chez d'autres civilisations et datées d'autres époques. 

prometheus-head-1280jpg-b68a29_1280w

Quatre ans plus tard, c'est à dire, on y est, en 2093. Le vaisseau "Prometheus" est en route vers une destination étrange, la planète LV-223, une expédition scientifique dirigée par la société Weyland, consécutive à la découverte d'Elizabeth et Charles  (qui sont du voyage). Selon eux, l'endoit indiqué sur les peintures serait cette planète sur laquelle personne n'a encore été. Parmi les membres de l'équipage dirigé par Vickers (Charlize Theron) se trouve David 8, un androïde (Michael Fassbender). Le vaisseau approche de LV-223 et s'y pose. Une partie de l'équipage part en expédition, et dans une sorte de dôme artificiel, vont découvrir le corps décapité d'un humanoïde mort depuis au moins 2000 ans, et une grande salle, un temple, remplie de sortes d'urnes solidement fermées. Une statue monumentale d'une tête humanoïde trône sur une des parois de la salle. Elizabeth ramène la tête au vaisseau, et une analyse ultérieure indiquera un ADN proche de celui de l'Homme.

prometheusjock021711

David, lui, secrètement, fait de même avec une des urnes, qu'il va ramener et ouvrir dans le vaisseau. Il en extrait un liquide noir avec lequel il va infecter Charles Holloway qui, plus tard dans la soirée, couche avec Elizabeth. Elle va par la suite découvrir quelque chose de terrifiant la concernant : une analyse de sang qu'elle pratiquera sur elle-même après avoir subi d'étranges symptômes révèlera qu'elle est enceinte. Or, Elizabeth est stérile à la base. Parallèlement, au cours d'une autre expédition dans le 'temple', Milburn, un des membres de l'équipage, est attaqué par une créature du genre serpent, que son co-équipier Fifield parvient à trancher en deux. Mais le sang, acide, de la créature va l'asperger, et la créature, encore en vie, tue Milburn. Le début d'une réaction en chaîne...

prometheus-pic07_2

Le film est parfois complexe, et nul doute qu'Alien : Covenant (que je n'ai pas encore vu) apporte quelques réponses à des questions que l'on se pose en le regardant. Mais Prometheus, dont je n'ai pas raconté tout le script (le final rappellera des souvenirs aux fans de la saga), est un film hautement appréciable malgré qu'un néophyte en SF risquera fort de décrocher par moments. Ce n'est pas le sommet de Ridley Scott, mais ce retour de Scott à la SF (son premier film de SF en 30 ans, depuis Blade Runner !) est vraiment honorable, et regorge de scènes remarquables, comme l'auto-chirurgie de Noomi Rapace ou la découverte du temple de LV-223, sans oublier le final qui donne vraiment envie d'en savoir plus. Le prologue est sublime, mais tellement bizarre qu'il en est vraiment risqué : démarrer un film de la sorte, c'est périlleux, car on risque fort de décrocher direct, de se demander où et quand ça se passe, qui est cet humanoïde, qu'est-ce qui lui arrive, surtout que par la suite, rien n'est dit avant un sacré bon bout de temps, et encore, il faut être attentif. Visuellement, ce film est splendide, il bénéficie d'une atmosphère très spéciale, comme dans le premier volet de Scott. 

prometheus-2-explained-easter-eggs-and-unanswered-questions-prometheus-2-fire-from-the-gods-jpeg-82145

On pense d'ailleurs souvent au premier film, ici : non seulement Elizabeth est une sorte de Ripley avant l'heure (même caractère), non seulement David est l'ancêtre de Ash (Ian Holm dans le film de 1979), l'androïde du "Nostromo", mais on a vraiment la même atmosphère, aussi bien dans le vaisseau que lors des passages sur la planète. A la fois horrifique et de pure SF, Prometheus est une préquelle intéressante, bien qu'incomplète (Ridley Scott annoncera directement qu'il y aurait une suite au moins, voire deux) et parfois trop tarabiscotée, mais ça fait plaisir de retrouver l'univers de la saga initiale. Dans l'ensemble, à défaut d'être un chef d'oeuvre du genre, c'est vraiment un excellent film que les fans se doivent de regarder, même s'il ne faut pas s'attendre à un film facile d'accès et apportant toutes les réponses. N'oublions pas qu'il y à une suite !