La_Quatrieme_Dimension

Spoilers !

Je ne suis pas un grand fanatique de séries TV, même s'il y en à que j'aime vraiment beaucoup : Les Mystères De L'Ouest, Les Simpson, Au-Delà Du Réel... et surtout La Quatrième Dimension. Putain, ça, c'était cool, comme série. Ca a duré cinq saisons bien remplies, de 1959 à 1963 ou 1964, des épisodes indépendants les uns des autres, en noir & blanc, et qui flirtaient avec le fantastique, la SF, ou l'épouvante. On se retrouvait plongés dans des atmosphères oppressantes, des univers parallèles totalement flippants, on découvrait l'envers de la réalité. Des épisodes souvent écrits ou co-écrits par des pointures, comme Richard Matheson, Ray Bradbury, sans oublier le créateur de la série, Rod Serling, à qui on doit aussi le scénario du film La Planète Des Singes (adapté librement d'un roman de Pierre Boulle), le film original de 1968. The Twilight Zone (titre original) est une série culte aussi bien aux USA que dans le reste du monde, elle passa autrefois à la TV française, je me souviens d'en avoir vu des épisodes gamin, ça me faisait parfois flipper et je ne comprenais pas grand chose, mais ce fut ma découverte de l'étrange, quelque part. Je me suis payé par la suite, bien des années plus tard, les 5 saisons en DVD, l'intégrale, et si certains épisodes, notamment dans les deux dernières saisons, ne sont pas terribles, ça reste, dans son grand ensemble, absolument génial. 

1042_LA_QUATRIEME_DIMENSION_PHOTO_w_450

En 1983, quatre grands noms du fantastique se sont unis pour signer, à huit mains, un film à sketches adapté de quatre des plus emblématiques épisodes de la série TV. Chacun d'entre eux a réalisé un épisode (le film durant 97 minutes, chaque épisode dure à peu près 20/25 minutes) de ce film qui, très logiquement, a été baptisé La Quatrième Dimension : Le Film. Ces quatre pointures sont John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller, par ordre d'apparition de leurs épisodes (Landis a aussi réalisé le très amusant prologue mettant en scène Dan Aykroyd et Albert Brooks dans une voiture roulant en pleine nuit, à jouer à un jeu de reconnaissance des génériques de séries TV puis à s'amuser à se faire peur). Le film, sorti donc en 1983, est un parfait exemple d'introduction à l'univers de la série TV : si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez regarder le film, ça vous donnera sans doute (je l'espère du moins !) envie d'en voir davantage, et dans ce cas, la série TV, bien que plus ancienne et en noir & blanc, vous tend les bras. Les effets spéciaux ont parfois un peu vieilli, et certains passages peuvent sembler gentillets, simplets, ça sent bon le fantastique mainstream ricain des années 80 genre E.T. L'Extra-Terrestre, Gremlins ou L'Aventure Intérieure, mais ça conserve un certain charme, je dirais même un charme certain.

La-Quatrieme-Dimension--Le

DVD du film

Passé le rigolo prologue qu'il a également réalisé, John Landis nous offre donc le premier sketch, adapté d'un épisode de la troisième saison : "La Grandeur Du Pardon" ("A Quality Of Mercy", qui était joué par Dean Stockwell). Vic Morrow y joue Bill, un homme d'affaires horriblement raciste qui, un soir, dans un bar, entouré de ses deux amis, se met à émettre des propos d'un racisme et d'un antisémitisme révoltants, déclenchant la colère de quelques clients de couleur. En sortant du bar, seul, il se retrouve soudainement catapulté en France pendant l'Occupation, dans la peau d'un Juif que les Nazis vont pourchasser ; puis tout aussi brutalement, il va arriver dans le Sud profond des USA, en pleine réunion du Ku Klux Klan qui va le prendre pour un Noir qu'ils voudront tuer ; puis pendant la guerre du Vietnam, dans la peau d'un Vietnamien tombant sur une unité américaine ; le tout se terminant, ultra brutalement, par un retour à la Seconde Guerre Mondiale, où il se retrouve à nouveau dans la peau d'un Juif, que les Nazis enferment dans un wagon de train à destination des sinistres camps. En partant, il paerçoit, par un trou dans la porte du wagon, ses amis sortir du bar et qui, eux, ne le voient ni ne l''entendent...

4eme-dimension-1983-ep2-02-g

Place à Spielberg avec "Jeux D'Enfants" ("Kick The Can"), adapté d'un épisode de la troisième saison là aussi. Une paisible maison de retraite. Un vieux Noir, Mr Bloom (joué par Scatman Crothers), arrive dans l'hospice, et fait ainsi la connaissance des autres pensionnaires qui se mettent à regretter le bon vieux temps où ils étaient enfants. Mr Bloom va leur réapprendre, au cours d'une nuit magique, à retrouver leurs sensations et âmes d'enfant. En frappant dans une vieille boîte de conserve, en jouant dans le jardin de l'hospice, ils vont littéralement redevenir des enfants, sous le regard amusé et émerveillé de Mr Bloom. Ils redeviendront des vieillards comme avant, mais avec quelque chose en plus : une âme d'enfant, restée au fond d'eux-mêmes.

yCQTE69WyEomGH7McALuHKZxIuk

Joe Dante signe le troisième sketch, "C'Est Une Belle Vie" ("It's A Good Life"), adapté de la décidément très inspiratrice troisième saison. Perdue en chemin, Helen Foley (Kathleen Quinlan) s'arrête dans un bar pour demander son chemin et en sortant, manque de renverser Anthony (Jeremy Litch), un garçon d'environ 8 ans qui lui demande de le raccompagner chez lui. Helen accepte évidemment. La maison est loin de tout, isolée, et très agréablement décorée, avec des couleurs très gaies, pastels. Plusieurs TV diffusent en permanence des cartoons, et la famille d'Anthony est littéralement aux petits soins pour lui, il passe avant tout le reste. Le repas est constitué d'hamburgers et de sucreries. Helen va rapidement se rendre compte que le gamin possède des pouvoirs surnaturels hors du commun et qu'il les utilise pour faire de sa famille (qui, en réalité, n'est pas sa famille, se sont des étrangers qu'il a attirés chez lui...comme Helen) ses esclaves, il fait règner la terreur sous ses aspects de charmant bambin innocent...

3839_backdrop_scale_1280xauto

Enfin, place à George Miller pour "Cauchemar A 20 000 Pieds" ("Nightmare At 20,000 Feet"), adapté d'un épisode de la, non, pas troisième mais cinquième saison de la série. A la base, c'est William Shatner qui jouait le rôle principal, ici tenu par le toujours inquiétant John Lithgow, un des acteurs fétiches de Brian DePalma (Blow Out, Obsession...). Lithgow y joue Mr Valentine, un passager dans un avion. Plutôt du genre névrosé, terrifié à l'idée de prendre l'avion (surtout que le temps est à l'orage), l'homme va aperçevoir, par le hublot de  son siège, une créature du type gremlin (à la base, dans la mythologie moderne, les gremlins sont des sortes de farfadets qui prennent un malin plaisir à dérégler les installations électriques et moteurs des avions, la hantise des aviateurs superstitieux) juchée sur l'aile, qui va fracasser le réacteur qui s'y trouve. Valentine va paniquer, de plus en plus, persuadé qu'il ne rêve pas, mais personne d'autre que lui n'aperçoit le monstre...

twilight-zone-the-movie

Quatre épisodes bien troussés, enfin sauf peut-être le second. Malgré que cela soit Spielberg qui l'a réalisé, il faut bien reconnaître que ce bouillon de culture de sentimentalisme gnan-gnan, de bons sentiments et de personnages sirupeux ne prend pas. C'est vraiment niais comme c'est pas permis, une sorte de prémisses au futur Cocoon de Ron Howard (dans ce film qui marchera fort en 1985, des personnes âgées en maison de retraite retrouvent une seconde jeunesse après l'arrivée de gentils extraterrestres dans leur piscine). Scatman Crothers (Hallorann dans Shining de Kubrick) joue bien dans son registre, mais c'est l'épisode le moins satisfaisant. Le reste est vraiment excellent. Le premier épisode retrouve parfaitement l'atmosphère étrange, irréelle, le côté plongée immédiate et sans explication dans un autre univers de la série TV. On notera une sinistre anecdote : Vic Morrow et un enfant vietnamien mourront pendant le tournage du film, décapités par les pales d'un hélicoptère pendant le court segment vietnamien de ce sketch. Bien entendu, on ne voit pas ça dans le film. Mais ça fait bizarre de savoir que cet acteur a été tué pendant qu'il tournait dans cet épisode. John Landis aura des soucis, bien entendu, avec ça, il sera inculpé d'homicide par imprudence (de plus, le gamin qui a été tué avait été engagé en violation des lois californiennes sur le travail des enfants, qui ne doivent pas tourner une scène de film de nuit) avant d'être acquitté, mais on se doute que l'expérience l'aura traumatisé.

captur11

Produit par Spielberg et Landis, qui ont placé leurs épisodes en premier probablement parce qu'ils sentaient qu'ils n'avaient pas aussi bien réussi les leurs que Dante et Miller (ainsi, le film se termine mieux qu'il ne commence), La Quatrième Dimension : Le Film, bien qu'entaché par cette sinistre anecdote de tournage qui a pollué la promotion du film, et bien qu'inégal, est tout de même un très bon film fantastique qui rend plutôt bien hommage à la mythique série TV des années 60. On retrouve bien le sens de l'irréel (parfois teinté d'absurde, voir l'épisode de la série qu'Aykroyd et Brooks se racontent au début du film, dans le prologue, sur un homme solitaire aimant lire et qui, après une guerre nucléaire ayant tué tout le monde sauf lui, se rue à la bibliothèque pour enfin pouvoir lire en paix...et brise ses lunettes de lecture sur le chemin) de la série, avec un petit côté 80's en plus, évidemment, ce qui apporte un charme au film. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, et c'est vraiment dommage de la part de Spielby d'avoir livré le passage le moins bon, et de loin, de l'ensemble, mais un fan du cinéma populaire ricain de l'époque devrait apprécier.