Poltergeisté

Spoilers !

Pendant longtemps, je ne voulais pas vraiment voir ce film (je suis né en 1982, soit l'année du film, et il aurait été logique que je le voie pour la première fois vers mes 13/14 ans, âge auquel on commence vraiment à regarder des films d'horreur, mais si j'ai commencé à regarder ce genre de films à cet âge, je n'ai vu ce film pour la première fois qu'à l'âge de 20/22 ans environ). Pourquoi retarder autant mon premier visionnage de Poltergeist ? Parce que Spielberg. Con que j'étais, j'étais persuadé que l'auteur de Rencontres Du Troisième Type, des Indiana Jones et de 1941 ne pouvait pas faire peur. Parce que c'est non seulement Spielberg qui a produit le film, mais il en a signé le scénario, aussi. Et je savais bien que le film parlait d'une maison hantée, d'un esprit frappeur, et que les effets spéciaux étaient efficaces, mais je pensais aussi et surtout que le film devait avoir son ambiance spielbergienne en diable, c'est à dire mainstream, et que le film serait un peu comme la future (1983) adaptation cinéma de La Quatrième Dimension, que j'aborderai ici très prochainement d'ailleurs, et dont Spielby était un des réalisateurs et producteurs. Et le film, pour sympa qu'il est, n'est pas flippant dans ses passages les plus tendus.

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La première fois que j'ai regardé Poltergeist, donc (en DVD, un soir), sans trop savoir à quoi m'attendre mis à part qu'il y serait question d'une TV à un moment donné, je pensais donc que j'allais passer un bon moment de cinéma popcorn des 80's, mais que niveau frissons, autant remettre La Maison Du Diable de Robert Wise en double programme après le film. Je n'en ai pas eu besoin. Ni l'envie. Bon Dieu, Poltergeist m'a foutu les jetons, m'a surpris, je ne m'y attendais vraiment pas, et j'ai littéralement surkiffaillé ma race de salopard en T-shirt Led Zeppelin ce soir-là. J'ai par la suite revu le film plusieurs fois (comme pour rattraper ce retard inexcusable), notamment très récemment afin d'en parler, enfin (là aussi : retard inexcusable) sur le blog. Le film, produit et écrit par Spielberg donc, est en revanche réalisé par Tobe Hooper, réalisateur de Massacre A La Tronçonneuse, des Vampires De Salem et du Crocodile De La Mort (euh, on l'oublie, celui-là ? OK), autrement dit, un spécialiste du gore et des ambiances glauquissimes (pas de sang dans Massacre A La Tronçonneuse, mais une de ces ambiances de malade...). Côté acteurs, on a Craig T. Nelson, Jo Beth Williams, Heather O'Rourke, Dominique Dunne, Zelda Rubinstein, Oliver Robins, Béatrice Straight...

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Le film et ses deux suites (je les ai vues : rien d'aussi quintessentiel que l'original, mais le deuxième volet tient la route) sont considéré(e)s comme maudit(e)s : en effet, plusieurs acteurs de la série ont trouvé la mort dans les années qui suivirent. C'est d'ailleurs une histoire très connue, mais mis à part pour deux cas à part, on ne peut pas parler de suite de morts suspectes. L'actrice Dominique Dunne, qui joue la fille ainée de la famille (Dana Freeling), a été assassinée par son petit ami, qui l'a étranglée, en 1982, peu après la sortie du premier volet. Heather O'Rourke, qui joue la petite Carol-Anne dans la trilogie, est morte d'une maladie au moment de la sortie du dernier volet, elle avait 12 ans, en 1988. Julian Beck, qui jouera un prêtre violent dans le deuxième volet (datant de 1986), est mort en 1985, après le tournage mais avant la sortie du film. Will Sampson, qui jouera Taylor dans le deuxième volet, est mort lui aussi, en 1987. Il y à aussi l'histoire comme quoi, dans une scène du premier volet, Oliver Robins (qui joue Robbie, le deuxième enfant de la famille) aurait failli être mortellement étranglé par un pantin, ou comme quoi la fameuse scène de la piscine, dans la fin du film, aurait été plus réaliste que prévue, concernant le très glauque contenu de l'eau boueuse dans laquelle patauge l'actrice JoBeth Williams (de vrais squelettes, et pas des faux en plastique).

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Assez parlé de cette malédiction qui a même fait l'objet d'un documentaire aux USA. Parlons du premier volet, le meilleur, celui de 1982 et réalisé par Tobe Hooper (qui aurait été plus qu'à moitié assisté de Spielberg sur le tournage, ce qui peut se ressentir en regardant le film : quelqu'un qui sait que Spielberg a écrit et produit le film mais ne sait pas qui l'a réalisé peut très facilement penser que c'est Spielberg qui a fait le film, la même chose s'applique aux Goonies de Richard Donner, de 1985). C'est un classique absolu du cinéma d'horreur, et ses effets spéciaux, 35 ans après sa sortie, restent vraiment remarquables et fonctionnent toujours autant. L'action du film se passe dans une grande zone pavillonnaire du nom de Cuesta Verde, située dans une vague ville californienne typique de celles que l'on retrouve dans les productions spielbergiennes de l'époque (E.T., Rencontres Du Troisième Type...), et d'ailleurs le début du film est du pur Spielberg des familles, avec les voisins sympas mais ayant leurs caractères, les scènes familiales lambda, les gamins qui font du vélo ou jouent à la balle dans la rue, les pelouses bien tondues etc, etc... Mais tout va quand même assez rapidement déraper. La famille Freeling vit dans une de ces maisons. Steven (Craig T. Nelson) est agent immobilier, et on apprend par la suite que c'est lui qui a vendu la moitié des maisons du lotissement, dans lequel il vit lui-même, ce qui en fait un putain de bon commercial. Diane (JoBeth Williams), sa femme, semble être la Femme Américaine Spielbergienne Type : elle est femme au foyer, s'occupe de leurs trois enfants (Dana, Robbie et la petite Carol-Anne) et de leur chien, lui aussi un cador typiquement spielbergien en diable. 

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Un soir, devant la TV allumée mais n'émettant plus rien que la mire, la petite Carol-Anne se fixe devant le poste, et se met à parler avec. Une sorte de petite apparition...apparaît (OK, j'ai essayé de trouver un autre mot, mais j'ai pas réussi), sort de l'écran, se fiche dans le mur et provoque des secousses dans la maison. La petite dit calmement : ils sont ici. Dans les jours qui suivront, divers faits étranges vont se produire : les couverts de table se plient bizarrement, des assiettes se brisent, des chaises s'empilent les unes sur les autres (et défiant les lois de la gravité) en un rien de temps, et Carol-Anne et Steven se font littéralement traîner sur le sol d'un point à un autre. Une nuit, tout s'emballe : un gros arbre situé dans le jardin en face de la chambre des enfants se fracasse contre la fenêtre et s'empare de Robbie dans son lit. Alors qu'ils sont occupés à tirer Robbie de là, Carol-Anne est attirée par une entité qui s'empare d'elle, et l'aspire. Les Freeling entendent la voix de la petite qui les appelle au secours, voix qui semble, au final, émaner de la télévision. Un groupe de parapsychologues universitaires, puis une médium étrange, vont s'intéresser au problème Freeling et tout tenter pour récupérer Carol-Anne et calmer les manifestations de ce qui a tout de l'esprit frappeur, en allemand : poltergeist...

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Ambiance marquante et effets spéciaux ultra efficaces et parfois assez gore (impossible d'oublier la scène de la piscine et d'une manière générale le final du film ; impossible aussi d'oublier cette très marquante scène où un des parapsychologues, devant la glace de la salle de bains, s'imagine se peler littéralement le visage jusqu'à n'être plus qu'un crâne sanguinolent), tension permanente, scénario inventif et acteurs au diapason, Poltergeist a tout du classique du genre. C'est un des films les plus efficaces, flippants et réussis sur le thème de la maison hantée et des esprits frappeurs, et ni ses deux suites ni son remake de 2015 ne parviendront à égaler cette maestria. Heather O'Rourke, alors âgée de 6 ans, est vraiment touchante et très bonne actrice malgré son âge (elle n'a joué que dans les trois films de la série, du moins au cinéma ; à la TV, elle a  joué dans diverses séries ou TVfilms, comme dans des épisodes de Happy Days, Chips ou L'Île Fantastique). L'accumulation de scènes choc (la salle de bains, le final, la libération, l'arbre) est efficace, certaines sont vraiment flippantes, le film reste encore aujourd'hui interdit aux moins de 16 ans. 

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Bref, si vous pensez, comme moi je le pensais autrefois, que Poltergeist est un film d'horreur gentillet parce que produit et écrit par Spielberg, détrompez-vous, ce n'est vraiment pas le cas. Très sombre, parfois gore, franchement angoissant, le film est un authentique classique de l'épouvante pure et dure, et si on sent bien la Spielberg Touch par moments (l'introduction du film, la psychologie des personnages, certains seconds rôles comme les parapsychologues et le voisin qui possède la même télécommande que les Freeling, ce qui cause des interférences), jusque dans la réalisation, il n'en demeure pas moins que ce film est, dans son climat, très éloigné des productions spielbergiennes classiques. Oui, Spielberg peut vraiment parvenir à faire flipper, c'était le cas pour son propre Les Dents De La Mer, et c'est le cas avec ce chef d'oeuvre absolu du genre ! A voir absolument !