Dunkerque

Spoilers...

On est en plein dans l'actualité aujourd'hui : le film est sorti le 19 juillet dernier chez nous, soit deux jours avant sa sortie américaine et britannique. Appréciant énormément les films de Christopher Nolan (même si Memento et Inception ont été durs à regarder en raison de leur incroyable complexité, et même si Interstellar est un poil trop long et recherché pour plaire aux masses) et adorant les films de guerre, je ne pouvais qu'avoir fortement envie de voir ce film, et ce, dès que j'ai appris l'existence de son tournage, à Dunkerque et ses environs, un ami et voisin s'y rendant régulièrement (à Dunkerque, pas sur le tournage !). Dunkerque (Dunkirk), tel est donc le nom de ce film de Christopher Nolan, et il est quasiment inutile de dire de quoi parle le film : l'évacuation chaotique, sur la rade de Dunkerque, en mai 1940, d'environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges, vers le Royaume-Uni, sur des plages sans cesse bombardées et canardées par les forces allemandes. Cette mission de rapatriement a été appelée Opération Dynamo, et avait déjà été abordée au cinéma via plusieurs films : le sublime Week-End A Zuydcoote de Henri Verneuil en 1964, Dunkerque de Leslie Norman en 1958, Madame Miniver de William Wyler en 1942... Le film de Verneuil, lui-même adapté d'un roman de Robert Merle, et interprété par Belmondo, Jean-Pierre Marielle et Catherine Spaak notamment, reste de loin le plus intéressant et réussi sur le sujet... Du moins, au moment où Nolan commence à préparer sa version de l'histoire.

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Le film est interprété par une foule d'acteurs qui, à quatre exceptions près, ne sont pas des plus connus. On a Kenneth Brannagh, Mark Rylance, Tom Hardy, le chanteur Harry Styles (des One Direction, groupe et chanteur que je ne peux pas encadrer ; la présence de Styles n'a franchement pas été le déclencheur de ma ruée vers la salle de cinéma, même si je reconnais qu'il se démerde bien pour ce premier rôle), on a aussi Fionn Whitehead, Cilian Murphy, Jack Lowden, James D'Arcy, Aneurin Barnard, Barry Keoghan, Tom Glynn-Carney... Le film, dont Nolan a signé seul le scénario, est assez avare en dialogues, et pour tout dire, on ne connaît pas le nom de la moitié des personnages du film. C'est surtout un film d'ambiance, et à ce titre, la bande-son est très révélatrice, parfois sous forte influence du Vangelis de la bande-son de 1492, Christophe Colomb de Ridley Scott, et parfois proche des drones d'ambiance d'Abigail Mead pour Full Metal Jacket de Kubrick. C'est un grand nom de la musique de film, le compositeur des bandes-originales de Gladiator et Armageddon, qui s'y est collé : Hans Zimmer. Un de ses scores les plus atypiques, mais pas un des moins bons, loin de là même !

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Court (1h47 !), Dunkerque se passe donc...à Palavas-Les-Flots (mais non, à Dunkerque !). Dunkerque, mai 1940, l'Opération Dynamo est donc lancée, pour rapatrier les milliers de soldats alliés pris au piège par les krauts dans la poche de Dunkerque.  Deux jeunes soldats anglais, complètement apeurés par la tournure des évênements, n'ont qu'une envie, regagner leur pays, et vont tout tenter pour monter à bord d'un bateau chargé du rapatriement. Parallèlement, on suit deux autres actions : deux pilotes de la Royal Air Force (dont Tom Hardy) sont chargés d'abattre les Messerschmidt nazis qui survolent Dunkerque, afin d'assurer un minimum de sécurité aux forces sur la terre ferme ; et un petit bateau de pêche civil quitte un port britannique afin de gagner Dunkerque pour récupérer à son bord le maximum de soldats, l'Opération Dynamo incluant dans ses effectifs des civils volontaires faisant le 'taxi' pour les soldats, d'un bout à l'autre de la Manche...

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D'abord séparées, les trois actions n'en feront plus qu'une au final. Nolan montre ces trois actions en séquences successives, dans le même ordre à chaque fois (la plage/bateau ; les aviateurs de la RAF ; le bateau de pêche), et on sent bien que tôt ou tard, le bateau de pêche gagnera Dunkerque et que les avions survoleront la zone de récupération. Avare en dialogues donc (il y en à, mais le film sait très bien s'en passer), doté d'une bande-son exemplaire sachant parfaitement créer la tension (certains thèmes musicaux sont assez angoissants, dissonnants), et de scènes d'action incroyables et ce d'autant plus qu'elles ne sont pas si fréquentes que ça, le film est surprenant. C'est une sorte de croisement entre un  film de guerre et un film d'auteur, une sorte de docu-fiction puissance mille, un Full Metal Jacket en moins violent, et pour la Seconde Guerre Mondiale (le film de Kubrick était, dans son segment vietnamien, filmé caméra à l'épaule, à la façon d'un reportage de guerre, ce qui en accentuait le réalisme). Bref, une sorte de film de guerre parfois intimiste, parfois d'un réalisme incroyable, mais c'est surtout un drame de guerre plutôt qu'un simple film de guerre. 

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Dans la salle, avec mon père (qui adore les films de guerre et m'a transmis le virus, tout comme pour les westerns), on était un peu perturbés au début du film, entre le début du film très sec et brut (des soldats anglais courant dans une rue vide de Dunkerque, se faisant tirer dessus par-derrière, se faisant tuer les uns après les autres sauf un, le tout filmé en courant, caméra à l'épaule) et la suite du film, qui prend à peu près le même style. Entre ce parti-pris de réalisation sobre et réaliste et ces trois indications qui, au début du film, apparaissent ("La Plage - Une semaine" ; "La mer - Une journée" ; "Le ciel - Une heure") et perturbent encore plus parce qu'on cherche à comprendre où Nolan voulait en venir avant de se rendre compte que par ces indications très très vagues, il veut juste dire que l'action de ce film, si elle se passe en mai 1940 à Dunkerque et ses environs, ne se passe pas à un jour précis, que la date exacte est sans importance, entre tout ça, il est clair que Dunkerque, pour réussi qu'il est, est aussi un film perturbant.

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Surtout qu'à quelques moments, Nolan utilise un décalage temporel, montrant une action, puis une autre action (dans un autre décor) avant que la précédente n'ait eu lieu. Les deux actions ont en fait lieu à peu près en même temps (dans le bateau de pêche ; dans l'avion de la RAF), mais Nolan ne peut les montrer en même temps. Il n'indique cependant pas le synchronisme de ces deux actions, ce qui fait qu'on a l'impression de vivre deux fois la même scène, de deux points de vue différents, et on ne s'en rend pas compte tout de suite. Ce genre de procédé n'est plus très courant dans le cinéma actuel. Tout comme le fait que Nolan continue contre vents et marée à tourner en bonne vieille pellicule argentique Kodak, et pas en numérique (le film n'a par ailleurs pas été fait en 3D, il est juste projeté en Imax dans les salles ad hoc). Ce qui occasionne, dans les plans de survol de la ville (à la fin), quelques anachronismes, des immeubles datant d'après les années 40 (mais pas non plus des années 2000) et que l'on aperçoit.

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Nolan ne pouvait évidemment pas les faire détruire pour le film, et vu leur localisation, il aurait été difficile de ne pas les filmer, à moins de faire des plans très serrés et courts. Le fait, aussi, de filmer en argentique empêche de pouvoir toucher aux bobines, ou du moins, rend les choses assez compliquées, par rapport à un film tourné en numérique, et sur lequel on peut retravailler. C'est l'un des rares défauts (l'autre étant qu'on ne voit pas les soldats français qui, pourtant, ont aussi participé à l'opération, ont aussi morflé, et étaient très nombreux) de Dunkerque, film qui, mis à part ça, est une réussite majeure de Christopher Nolan (qui en parle comme de son film le plus ambitieux, risqué et important), un film qui, malgré sa courte durée (qui, en même temps, va droit à l'essentiel : rien que le générique de début du film est à l'avenant, on voit le titre, sur fond noir, et c'est tout !) et son côté très documentaire avec acteurs qui perturbera ceux qui s'attendront à un film de guerre classique avec des personnages, une histoire et une ou plusieurs sous-histoire(s), est un petit chef d'oeuvre du genre, et en tout cas, un film original et courageux dans sa forme. Probablement un des meilleurs films de 2017, si ce n'est le meilleur, du moins pour le moment !