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Spoilers...

Il suffit de regarder la longue filmographie de Steven Spielberg pour comprendre à quel point ce mec est un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. Certes, le bonhomme a toujours su faire des films bankables, des films commerciaux et faits pour plaire aux masses, et de ce fait est un des plus grands entertainers de l'histoire du cinéma, avec ce que ça peut impliquer parfois de reproches à lui faire. Mais passer de La Liste De Schindler à Jurassic Park, de Sugarland Express aux Dents De La Mer, de 1941 à La Couleur Pourpre, D'Indiana Jones Et La Dernière Croisade à Always (j'ai cité à chaque fois des films qui se suivent dans sa filmographie), c'est vraiment montrer à quel point le gars Spielby adore le cinéma sans se limiter à un genre et à une catégorie de public. On aime généralement Jurassic Park ou les Indiana Jones du premier coup, il faudra peut-être deux visionnages pour apprécier pleinement Always ou Empire Du Soleil. En 2015, Spielberg s'associe avec Joel et Ethan Coen, oui les frères Coen (et eux aussi, ce n'est pas rien : Barton Fink, The Big Lebowski...), qui signeront le scénario, pour un film aussi diamétralement opposé à son précédent film que tous ceux que j'ai précédemment cités le sont aussi de leurs prédécesseurs. Ce film,  l'heure actuelle l'avant-dernier Spielberg sorti en salles et en DVD/Blu-ray, c'est Le Pont Des Espions (Bridge Of Spies). Et son précédent opus, c'était le remarquable, et abordé ici, Lincoln

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On passe donc, dans la filmographie de Steven, d'un film sur un des plus iconiques Présidents des USA (qui fut dans le film joué avec maestria par Daniel Day-Lewis) à un film, inspiré de faits réels lui aussi, sur la Guerre Froide. Et le film suivant de Spielberg sera un film d'animation, donc un film essentiellement pour les enfants, adapté d'un roman de Roald Dahl, Le Bon Gros Géant. Encore un grand écart, mais j'y reviendrai quand je l'aborderai. C'est ça que j'adore chez Spielberg, cette capacité (que Kubrick avait aussi, et que possède aussi, pour ne citer que lui, Ridley Scott) à passer d'un genre à l'autre de film en film, de tout essayer, avec plus ou moins de réussite (Spielberg n'a fait qu'une seule comédie, 1941, un de ses meilleurs films mais dont l'échec commercial cinglant le dissuadera de réitérer l'expérience du film comique ; il fera deux films romantiques, Always qui sera un bide mais est intéressant et très regardable, et Le Terminal qui marchera mieux d'un point de vue commercial mais est probablement son film le moins réussi - oui, je sais, Hook Ou La Revanche Du Capitaine Crochet est encore moins bon, mais au moins il est original -, ou plutôt le moins marquant).

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Pour Le Pont Des Espions, c'est donc au film d'espionnage qu'il s'attaque. On y retrouve un des acteurs fétiches de Spielby : Tom Hanks, dont c'est la quatrième (et une cinquième est en cours de tournage, The Papers, sortie probable en début 2018, un film sur le Watergate où Hanks jouera Benjamin Bradlee, directeur du Washington Post qui fut joué par Jason Robards dans le remarquable Les Hommes Du Président) collaboration en tant qu'acteur avec Spielberg, une collaboration de 20 ans. On y trouve aussi Mark Rylance, qui jouera le BGG dans le film suivant de Spielberg, et bien de jouer un des rôles principaux du très très bon Dunkerque de Nolan dont je parlerai ici prochainement. On y trouve aussi Alan Alda, Sebastian Koch, Amy Adams (qui jouait dans La Guerre Des Mondes version Spielby) et Austin Stowell. 

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L'action se passe aux USA en 1957. Rudolf Abel (Mark Rylance, incroyable) est un espion soviétique qui, depuis plusieurs années, est discrètement installé à New York. Un jour, il est arrêté par des hommes du gouvernement américain, et emprisonné pour espionnage. Un avocat, James Donovan (Tom Hanks, égal à lui-même, autrement dit remarquable), accepte de le défendre, tout en sachant la cause impossible : sous la Présidence de Dwight Eisenhower à l'époque, les USA sont en pleine période anti-rouges, viscéralement anti-communisme, dans la haine totale de l'URSS, et l'opinion publique est claire : il faut condamner à mort cet horrible et méprisable espion coco qui a profité des USA pendant tout ce temps. Donovan accepte l'affaire malgré le fait que ça risquerait de mettre à mal sa carrière (défendre un espion soviétique fait très mauvais genre !), mais il le fait surtout pour prouver à l'URSS que les USA sont un Etat de droit et que l'on juge toute personne de la même manière, sans procès bâclés et exécutions sommaires. Contre toute attente, il parvient à éviter la peine de mort à Abel.

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Alors qu'une agression est faite sur la famille de Donovan en représailles de ce verdict que la majeure partie des Américains jugent trop clément (la peine de mort était vraiment demandée par les masses), la CIA reçoit, de la part de l'URSS, une demande d'échange de prisonniers. En effet, peu de temps auparavant, un pilote américain de la CIA en mission d'espionnage, Francis Gary Powers (Austin Stowell), est capturé par les Soviétiques. La CIA accepte la proposition russe, et propose à Donovan de se rendre à Berlin-Est (alors sous domination soviétique ainsi que la RDA comme on le sait) , sans aucune protection diplomatique car il y est envoyé de manière officieuse, afin de commencer les négociations. Donovan accepte le voyage, malgré le danger, Berlin-Est étant dans une situation chaotique. Découvrant qu'un jeune étudiant américain, Frederic Pryor, est lui aussi retenu prisonnier, il va bousculer les règles établies entre les deux pays afin de demander l'échange de deux prisonniers américains contre un seul prisonnier soviétique (que de leur côté les soviétiques ne semblent pas forcément avoir envie de revoir chez eux)... une prise de position qui ne plaira ni aux Russes, ni aux Ricains...

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On reprochera au film d'être académique dans sa réalisation (au même titre que certains Spielberg : Amistad, Always, Le Terminal), mais compte tenu de l'ambiance du film, ça fonctionne parfaitement ; on ne va pas faire des prouesses de réalisation virtuose, avec moult effets techniques, pour un film de ce genre. Ce n'est pas de la SF, ni un film d'aventures. Par moments, ce film m'a fait penser au Rideau Déchiré d'Alfred Hitchcock (un de mes films préférés du Maître du suspense, sorti en 1966, avec Paul Newman) pour son ambiance de paranoïa totale, inhérente au climat de guerre froide. Et aussi le fait qu'une partie des deux films se passent en RDA (en fait, tout le film d'Hitchcock se passe en RDA !). Les acteurs sont excellents, surtout Hanks et Rylance, et le scénario des Coen Brothers (qui ont repris le relais après une première mouture qui était signée Matt Charman) est très bien écrit. Basé sur des faits réels (les noms des personnages n'ont pas été changés), le film possède une atmosphère très réussie qui dépeint bien la fin des années 50 aux USA, une époque où le FBI et la CIA étaient encore plus importants qu'aujourd'hui, où on faisait gaffe à ce qu'on disait ou faisait car ça pouvait avoir les conséquences les plus vives (quand Donovan accepte de défendre Abel, il se prend une volée de bois vert de la part de la presse et de ses relations, sa famille se fait insulter...).

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Au final, si ce n'est pas le sommet de Spielberg, Le Pont Des Espions est un cru de grande volée quand même, certainement pas un 'petit' Spielberg comme le sont Amistad, Le Terminal ou A.I., mais un film intimiste et maîtrisé. Certes, la réalisation est académique, mais elle correspond parfaitement au style du film. L'interprétation est parfaite, le scénario est bien foutu, l'ambiance est superbe, la photographie et la musique sont sublimes (Janusz Kaminski pour la photographie, Thomas Newman pour la musique), on ne s'ennuie pas durant les pourtant 2h20 du film. Parmi les films les plus récents (depuis le début des années 2000) de Spielberg, c'est un de ceux qui m'a le plus enthousiasmé dès le premier visionnage, et je le recommande à toute personne aimant les films de Spielberg, Tom Hanks ou les films d'espionnage et de guerre froide.