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Spoilers !

En 1956, Cecil B. DeMille réalise un film littéralement too much, une superproduction de presque 4 heures avec un casting de malade (Charlton Heston, Yul Brynner, Edgar G. Robinson notamment), des décors grandioses, une musique grandiloquente et une fioriture de scènes cultes : Les Dix Commandements. Un film comptant parmi les plus connus, estimés (et diffusés à la TV : chaque année, à Pâques, une chaîne américaine diffuse ce film, un rituel immuable depuis des dizaines d'années, je crois que c'est ABC) de l'histoire du Septième Art. Un film non exempt de défauts (sa durée est vraiment épuisante, certains effets spéciaux ont pris un coup dans l'aile, et la réalité 'historique' - biblique, devrions-nous dire - n'est pas vraiment respectée par moments) mais qui reste un sacré bon Dieu de grand spectacle des plus appréciables. Ce film était à la base un remake d'un film des années 20 réalisé par le même DeMille. Alors là, je pose la question : était-ce utile, et justifié, de faire à nouveau un remake de cette histoire mondialement connue, l'Exode des Juifs vers la Terre Promise ? Parce que le film que j'aborde aujourd'hui est tout simplement un remake des Dix Commandements, ce que tout le monde savait déjà au moment de sa sortie, bien évidemment.

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Exodus : Gods And Kings, tel est le titre de ce film, et c'est un titre assez putassier : la première partie du titre est une allusion à l'épisode biblique (Ancien Testament) abordé, l'Exode (et qu'un film d'Otto Preminger, et avant ça un roman de Leon Uris, parlant de l'exode des Juifs vers Israël en 1947, porte ce titre d'Exodus, c'est bien évidemment la raison qui explique la seconde partie du titre de ce remake), et la seconde partie fait très mythologique à la Le Choc Des Titans ou Gods Of Egypt, des films qu'on aimerait bien oublier, enfin je parle pour moi. Apparemment, Ridley Scott, car c'est lui qui a signé le film, a estimé qu'appeler son remake du titre des deux précédentes versions aurait été trop. N'empêche que je trouve ce titre vraiment putassier. Le film est sorti en 2014, la même année qu'une autre adaptation d'un épisode biblique, Noé de Darren Arronofsky (et si vous attendez que je l'aborde, celui-là, vous pouvez encore attendre longtemps, c'est pas demain la veille). Il est interprété par Christian Bale, John Turturro, Joel Edgerton et Aaron Paul, et on notera aussi la participation de Sigourney Weaver et de Ben Kingsley. Coproduction anglo-américaine (Ridley est britannique), le film est dédié à Tony Scott, frère du réalisateur, mort en 2012. D'une durée de 150 minutes, il va plutôt droit à l'essentiel si on le compare avec le film de 1956 qui faisait deux heures de plus !

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A sa sortie, le film a causé plusieurs controverses, outre le fait qu'il n'était pas vraiment justifié de retoucher encore une fois à cette mythique histoire (de plus, impossible de faire plus iconique que le film avec Charlton Heston, alors pourquoi essayer ?) : non seulement on a remarqué que les acteurs jouant les esclaves et les voleurs étaient des Blacks tandis que ceux qui jouent les membres de la famille royale étaient des Blancs (bon, ça, c'est la controverse d'inégalité habituelle dans ce genre de film, je ne rentre pas dedans) ; mais surtout, dans plusieurs pays du Maghreb, on censurera ou interdira le film, soit à cause d'une scène (assez ridicule, de plus) où Dieu est représenté sous les traits d'un jeune enfant, soit en raison des innombrables erreurs historiques et religieuses véhiculées par le film, qui, il est vrai, ne s'embarrasse pas de réalité historique (ce n'était déjà pas le cas du film de DeMille, en même temps). Ridley est à nouveau frappé par le syndrome Gladiator, après Kingdom Of Heaven (pour lequel c'était cependant amplement justifié, vu le sujet des Croisades) : des scènes de baston homériques, avec Moïse (Christian Bale) en Maximus juif égyptien qui pourfend du Hittite avec maestria (en revanche, Ramsès, joué par le très fadasse Joel Edgerton, peine à se faire une réputation de combattant), on en viendrait limite à oublier que c'est le futur patriarche libérateur et pacifiste des Juifs. C'est quand même embarrassant.

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Personnellement, je ne regarde pas un film biblique type Les Dix Commandements pour voir des séquences de batailles, ce n'est pas le propos du film. Autant spoiler un peu car c'est indiqué en début d'article : quand la fameuse séquence de l'ouverture des eaux de la Mer Rouge arrive, pas loin de la fin (et le film dure 2 heures de moins que le film de 1956 !), on se sent floué, car non seulement cette séquence n'est pas aussi belle que celle du film de DeMille, mais elle est à moitié filmée de loin, quasiment du hors-champ, l'air de dire oui, on le sait, les eaux s'écartent pour laisser passer Moïse et les Juifs, alors à quoi ça sert de s'appesantir dessus ? Ca fait vraiment foutage de tronche, je trouve. On en a plus, dans le film, pour les scènes de batailles que pour autre chose. Et un peu comme Noé, le côté mystique prend vraiment trop le pouvoir sur le reste. OK, c'est une histoire biblique, mais quand même.

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Vous vous dites sûrement : à quoi ça sert de parler du film ici si c'est pour le défoncer ? Sauf qu'en fait, j'ai quand même apprécié ce film. Ce n'est pas un film de chevet malgré qu'il se trouve abordé sur un blog qui n'est censé ne parler que de ça, mais j'adore Ridley Scott, et j'ai quand même trouvé que ce film avait des qualités : une sublime photographie, un Christian Bale qui joue franchement bien (il n'est peut-être pas super crédible en Moïse dans la dernière partie du film, c'est pas Charlton Heston, mais ça peut aller), une réalisation solide, des effets spéciaux très corrects. Après, le film a quand même de gros défauts, comme Joel Edgerton en Ramsès, et bien évidemment les trop nombreuses inexactitudes historiques ou religieuses, des raccourcis malheureux, ce genre de trucs. Le public ne s'y trompera pas : Exodus :  Gods And Kings (ce titre, vraiment...) sera un relatif échec commercial et surtout critique. Ce n'est pas le pire film de Ridley Scott, n'exagérons rien (qui a déjà oublié A Armes Egales, Hannibal et Une Grande Année, qu'il se dénonce ?) mais c'est un Ridley Scott mineur quand même, au même titre que, disons, Mensonges D'Etat, Lame De Fond ou La Chute Du Faucon Noir. Ces films ne sont pas honteux, et Exodus : Gods And Kings, malgré des moments quand même gênants, ne l'est pas non plus. En tant que pur divertissement du samedi soir, il fonctionne parfaitement. Il faut juste essayer (et je sais que c'est pas facile) de faire une totale abstraction du film avec Charlton Heston et ne pas trop chercher la petite bête à répertorier toutes les erreurs historiques et religieuses du film, parce qu'à un moment donné, sinon, on ne s'en sort plus ! Voilà, j'avais envie d'aborder ce film ici malgré ses défauts. Après tout, j'y ai bien abordé Armageddon, Pearl Harbor et quelques nanars (ce qu'il n'est pas), alors pourquoi pas ce film ?