007_Spectre

Spoilers...

Sincèrement, quand l'annonce de l'arrivée de Daniel Craig dans la saga 007, en tant que rôle-titre, a fuité en 2005, j'ai eu un instant de surprise avant de me dire, assez rapidement, qu'il était probablement l'acteur qu'il fallait pour dépoussiérer le mythe, qui commençait franchement à sentir la cave moisie depuis plusieurs années (hormis GoldenEye, je n'aime aucun film de la période Brosnan, même si Demain Ne Meurt Jamais a ses moments sympas). En plus, Craig est blond, comme James Bond dans les romans de Ian Fleming. Et il jure comme un charretier de mauvaise humeur, comme... James Bond dans les romans de Ian Fleming. Casino Royale fut un triomphe absolu, suivi par le nettement, mais alors nettement moins bon Quantum Of Solace, lequel n'est vraiment pas un mauvais film, mais n'a pas grand chose de ce qui fait grande la saga 007. Skyfall, enfin, en 2013, a totalement renvoyé le précédent opus dans un champ pour aller y cueillir des pâquerettes, c'était un très grand film, un des meilleurs de la saga. Le bilan de l'ère Craig, en 2015, au moment de la sortie du quatrième (et à ce jour, dernier) film de son ère (et 24ème 007 en tout), est donc positif : trois films, et deux chefs d'oeuvre parmi eux. Alors quand Spectre, alias 007 Spectre pour son titre officiel, est sorti en 2015, en novembre, ce fut une attente fébrile de la part des fans. Qui constatèrent amusés qu'encore une fois, c'était une actrice française dans le rôle de la James Bond Girl : Léa Seydoux. Après Eva Green, Olga Kurylenko et Bérénice Marlohe. Les quatre films de l'ère Craig ont une James Bond Girl française (pour la nationalité de l'actrice, pas forcément celle du personnage) !

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Le reste du casting de ce film est constitué évidemment de Daniel Craig dans le rôle de Bond, de Christoph Waltz (inoubliable dans deux Tarantino : Inglourious Basterds et Django Unchained) dans le rôle du méchant of the film, Franz Oberhauser alias...faut voir le film pour ça, de Ralph Fiennes dans le rôle de M, de Naomie Harris dans celui de Moneypenny, Ben Whishaw dans celui de Q...et on a aussi Monica Bellucci, Jesper Christensen, Rory Kinnear et David Bautista, notamment. Le film est réalisé par Sam Mendes, qui en est à son premier 007, ce qui est toujours un petit peu délicat quelque part, car la saga 007 possède des codes qu'il faut assimiler, et ce n'est pas donné à tout le monde (Lee Tamahori, Marc Forster n'ont pas réussi, par exemple). Mendes n'est pas celui qui s'en est le mieux sorti au final, mais le résultat est franchement des plus honorables, les scènes d'action sont bien filmées, et le film ne possède pas de temps morts (enfin, pas trop, et pas trop longs). Le seul problème concernant Spectre réside dans son scénario un peu...bizarre, surtout dans sa deuxième partie. Autant le dire tout de suite, ce film, c'est un peu comme Les Diamants Sont Eternels : l'histoire met un temps fou à décoller, et plonge finalement dans une complexité inutile.

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Le méchant du film, joué par Waltz, est en fait un plus gros problème encore, et autant le dire tout de suite (de toute façon, j'ai prévenu en haut d'article : il y aura des spoilers) : sous le nom de Franz Oberhauser, personnage censé être mort depuis des années au début du film, se cache le méchant ultime de la saga, qui n'était pas apparu depuis la séquence pré-générique de Rien Que Pour Vos Yeux (sans être nommé, mais c'était bien lui) et depuis Les Diamants Sont Eternels (en tant que personnage nommé) : Ernst Stavro Blofeld. Quand je dis que pour Spectre, c'est le méchant le plus gros problème, je m'explique : dans l'affrontement final entre Bond et Blofeld (alors encore Oberhauser, et qui s'avère être le dirigeant d'une organisation criminelle internationale, le SPECTRE), on apprend qu'Oberhauser est la source de tous les malheurs récents de Bond : la mort de Vesper (Eva Green dans Casino Royale), celle de l'ancienne M (Judi Dench, dans Skyfall). Et étant donné qu'Oberhauser est une relation d'enfance de James, et que son père (à Oberhauser) avait recueilli James enfant après l'accident ayant tué ses parents (et Oberhauser est censé être mort aussi dans un accident depuis des années et des années), tout ça, bien embrouillé, fait un peu Némésis, ça fait méchant ultime à la Olrik (Blake & Mortimer), ça fait aussi un peu tiré par les cheveux.

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Comme si les scénaristes du film (John Logan, Neal Purvis et Robert Wade) avaient voulu, avec ce film, tisser un gigantesque lien entre tous les films de la période Craig et, aussi, créer le méchant ultime, celui qui est la cause de tous les malheurs de Bond depuis plusieurs films. A la rigueur, pourquoi pas, mais dans ce cas, inutile, aussi, de fusionner ce méchant ultime qu'est Oberhauser (tel quel, ça fonctionne bien, après tout) avec Blofeld, identité sous laquelle il vit en tant que leader de SPECTRE, histoire de tisser un lien encore plus gros, avec les premiers films de la saga, dans lequel apparaît Blofeld et SPECTRE. Je pense qu'il aurait été préférable soit que le méchant du film soit Blofeld, juste Blofeld et sans chercher à en rajouter dans l'étude du personnage ; soit que le méchant soit simplement une relation d'enfance, supposée morte, et avide de rancune, de Bond, mais sans aller jusqu'à coller le mythique SPECTRE dedans. Tout ceci fait assez lourd au final, même si l'intention de faire revenir la saga aux sources (visible dès le final de Skyfall) était des plus louables. Dernière chose concernant le personnage, et c'est en fait dû à l'interprétation de Christoph Waltz en réalité : il semble un peu trop affable, tout du long du film, presque sympathique en fait. Javier Bardem, dans Skyfall, jouait aussi sur la carte affabilité, mais avec un côté un peu dingue, qui rendait le personnage atypique et angoissant. Waltz, lui, peine parfois à passer pour le méchant du film. La photo ci-dessus est tirée d'une séquence située vers la fin du film, pas loin de l'affrontement, à un point du film où tout le monde sait que c'est lui le méchant. On le croirait en train de poser pour une photo de mariage, la tenue exceptée ! Ca fait un peu cousin de campagne qu'on n'a pas revu depuis des lustres et qui nous invite à boire un coup. Il semble sur le point de dire que toi non plus, tu n'as pas changé. Il est probablement sur le point de faire détruire la Terre entière et menace de tuer Bond, et on lui offrirait volontiers une part de gâteau !

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Bon, déjà pas mal de paragraphes pour cet article, et je n'ai pas encore parlé de l'histoire, alors la voici rapidement : James Bond est à Mexico (pendant la fameuse Fête des Morts) afin de régler leur compte à un groupe de terroristes qui auraient un lien avec le réseau Quantum et la mort de son ancienne supérieure, M (depuis remplacée par... M - Ralph Fiennes). Un des criminels s'enfuit, et Bond parvient à le tuer. Il récupère, sur le cadavre, une bague en forme de pieuvre. A son retour à Londres, il est mis à pied à cause des dégâts qu'il ne cesse de provoquer. Profitant donc de son temps libre, il se rend à Rome, aux funérailles de Sciarra, le tueur sur qui il a récupéré la bague. Il parvient à se faire passer, grâce à la bague, pour un membre d'une organisation dont plusieurs personnes présentes aux funérailles, et arborant le même insigne, font partie. Se cachant dans la pénombre pendant la réunion de l'organisation, il aperçoit, caché dans la pénombre au bout de la table, son dirigeant, en qui il reconnait un certain Franz Oberhauser (Waltz), censé être mort depuis des années, et qu'il connaît depuis son enfance. Oberhauser aussi reconnaît Bond, alors démasqué. Il s'enfuit de justesse, et apprend de Moneypenny que Mr White (Jesper Christensen), un des leaders de Quantum, fait aussi partie de l'organisation terroriste dirigée par Oberhauser, et appelée SPECTRE. Se rendant en Autriche où vit caché White (qui est en train de mourir des suites d'un empoisonnement au thallium), il le rencontre, et White, avant de mourir, le supplie d'entrer en contact avec sa fille, Madeleine Swann (Léa Seydoux), afin de la protéger de SPECTRE, dont elle connaît certains des membres les plus éminents. Bond accepte, et commence alors un long chassé-croisé...

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Comme vous pouvez le constater, le résumé est un peu brouillon, Spectre étant un des films de la saga comptant parmi les moins facilement résumables. La première fois que je l'ai vu (en DVD ; j'avais en effet loupé le film à sa sortie), j'étais tout frétillant comme un poisson rouge sorti de son bocal, j'avais hâte de voir le film (et j'avais peu prêté attention aux critiques cinéma et spectateurs à sa sortie ; le film ne fut pas super bien accueilli, par ailleurs, contrairement à Skyfall), en grand fan de James Bond que je suis depuis mon enfance (Bons Baisers De Russie est un des premiers films que je me souvienne avoir vus). Et sincèrement, tout du long des 140 minutes du film, j'ai progressivement déchanté. Visuellement, le film est une totale réussite qui n'a pas besoin de la 3D (d'ailleurs, il n'est pas en 3D, aucun film de la série, pour le moment, n'a eu besoin de ce procédé pour vivre) pour en mettre plein les yeux. On retrouve un peu le second degré qui faisait la force (sauf quand il était trop souvent appliqué, comme dans certains films de l'ère Roger Moore, au fait, c'est un peu tardif, mais RIP) de la saga, et entre un M masculin et Miss Moneypenny, plus des locaux du MI-6 à l'ancienne, ça fait vraiment retour aux sources pour la saga. Mais le scénario s'emmêle franchement à trop vouloir tisser entre eux les méchants et évênements des trois précédents films et à vouloir faire de Franz Oberhauser/Blofeld le bad guy ultime, celui qui tire les ficelles depuis Casino Royale, que ça en devient lourd et tiré par les cheveux. Surtout que quand Casino Royale et sa suite directe Quantum Of Solace furent faits, personne n'avait encore imaginé que par la suite, on créerait ce personnage de grand méchant que Bond connaît depuis son enfance. Ce n'est pas comme si le logo de SPECTRE avait fait discrètement son apparition dans un des précédents films, ou qu'on avait à un moment donné fait une discrète et rapide allusion à un grand dirigeant criminel (sans dire son nom) au-dessus de tout le reste. Dans Skyfall, on apprend que Silva (Javier Bardem) en veut à Bond depuis des années  ; ici, on apprend qu'en fait, il est dirigé par un mec qui en veut à Bond depuis encore plus d'années ! A trop vouloir en rajouter, on finit par se paumer, et j'espère sincèrement que la saga, dans les films qui suivront (dont encore deux, notamment, avec Craig, qui voulait arrêter après celui-ci), se poursuivra dans un style moins embrouillé. Reste que le film n'est pas mauvais, juste maladroit.