Du_sang_pour_Dracula

 

SPOILERS...

Hier j'ai (enfin) abordé Chair Pour Frankenstein, film produit par Andy Warhol (et notamment Jean Yanne !), réalisé et écrit par Paul Morrissey, et interprété par Udo Kier et Joe Dallessandro, film sorti en 1973 (un an plus tard chez nous). Je ne reviens pas dessus, lisez l'article pour en savoir plus, mais pour résumer, c'est un film de dingues. Il y à eu un autre film inspiré des classiques de l'horreur qui fut fait à peu près en même temps (sorti en 1974, et en 1975 chez nous), par la même fine équipe : Andy Warhol's Dracula, alias Du Sang Pour Dracula. Ce film, donc ! On retrouve donc la même équipe : Andy Warhol à la production (lointaine : on a surtout mis son nom pour que ça se vende mieux), Paul Morrissey à la réalisation, Udo Kier et Joe Dallessandro en acteurs principaux (Arno Juerging, qui jouait Otto, l'assistant du baron dans le précédent film joue aussi dans ce film). Du Sang Pour Dracula est aussi interprété par, notamment, Vittorio De Sica (oui, le réalisateur !) et Stefania Casini, et on notera la participation amicale et non créditée de Roman Polanski dans le rôle d'un joueur de cartes dans la taverne (une scène bien embarrassante de par son inutilité et sa nullité). Polanski tournait son film Quoi ? en Italie à ce moment, non loin des lieux de tournage du film de Morrissey, et il arbore dans cette scène la même moustache ridicule que celle qu'il porte dans son film. Le film dure 100 minutes, sera kinder verboten à sa sortie, et on le trouve en DVD, édité chez René Château Editions, dans une copie visuellement déplorable (qualité VHS, non restauré, avec seulement la VF d'époque, au doublage tout simplement calamiteux, et sans bonus), mais bon, se dire qu'il existe en DVD et qu'on peut le trouver, sur le Net, à un prix généralement très sympa, ça fait quand même du bien par où ça passe.

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L'histoire est simple : l'action se passe dans les années 20, en Italie (sauf le prologue, en Roumanie). Le comte Dracula (Udo Kier) et son valet Anton (Arno Juerging) se rendent en Italie afin de trouver du sang de jeunes filles vierges afin de nourrir le comte, qui est, il faut bien le dire, dans un état proche de la...euh, j'allais dire de la mort, mais un vampire, c'est pas quelqu'un de vivant à la base, donc... Enfin bref, disons qu'au début du film, Dracula est dans un état déplorable, tellement affaibli qu'il ne peut plus marcher ou presque. Chose bizarre pour un vampire, il est végétarien (je vous JURE que je n'invente rien) et peut sortir à la lumière du soleil même si on sent qu'il vaut mieux pour lui qu'il ne reste pas longtemps dehors en plein jour. Vu la libération des moeurs (dans les années 70, au moment de la réalisation du film, c'est clair, mais à l'époque où se passe le film, les années 20, faut quand même pas déconner), il n'y à plus beaucoup de jeunes filles pucelles, et Dracula ne peut se nourrir que de sang de pucelles, sinon il pourrait...aller encore moins bien.

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Or l'Italie est un pays très pieux et fidèle aux traditions, et dans ce pays, et surtout dans les familles nobles du pays, on ne marie pas ses filles si elles ne sont pas vierges. Dracula va donc se faire passer pour un noble roumain (ce qu'il est de toute façon) désireux d'épouser un beau parti du pays, vierge. Officieusement, donc, afin de se nourrir et de renaître... Mais dans la famille qu'il a choisie, les Di Fiore, sur les quatre filles, au moins deux ne sont pas vierges, occupées qu'elles sont, à longueur de temps, à se faire troncher par Mario (Joe Dallessandro), le fermier aux tendances communistes (!!!) travaillant sur les terres familiales...

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Où comment concilier lutte des classes et histoire de vampirisme. Du Sang Pour Dracula est un film culte, un vrai, qui regorge certes de défauts (certaines acteurs jouent comme des merdes, notamment Dallessandro ; la VF est encore pire que pour Chair Pour Frankenstein ; et des dialogues insipides et totalement à côté de la plaque : quand Mario se tape la plus jeune fille, la violant en fait, afin de l'empêcher de se faire morder par Dracula en la dépucelant, il donne, comme raison, à la mère qui les a surpris : moi, j'ai fait ça pour rendre service ! Oh, mon Dieu...), mais regorge tout autant de scènes cultes : inoubliable scène où Udo Kier (moins en roue libre que dans Chair Pour Frankenstein, il est assez crédible en vampire au bout du rouleau, il respire l'anémie par tous ses pores) gerbe le sang qu'il vient de boire, se rendant compte que la jeune femme qu'il a mordue n'est pas vierge : il gerbe le sang dans une baignoire (et, dans une autre scène similaire, dans un bidet), à l'agonie, fragile, à ce moment, comme un poussin tombé du nid ; le final du film est également inoubliable, et constitue, les gerbes de sang dans les sanitaires exceptées, le seul passage vraiment gore d'un film plus centré sur le sexe (rien de porno encore une fois, mais beaucoup de nudité, féminine et masculine, Dallessandro passant le plus clair de son temps à oilpé ici).

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Totalement décadent, déviant et trash, décalé dans ses dialogues (les délires verbaux de Vittorio De Sica sur le nom 'Dracula', qui s'extasie sur la sonorité et le nombre de syllabes du nom, là encore je n'invente rien) qui sont d'un niveau absolument déplorable - ce qui est suramplifié par la VF cacatesque - , et acteurs en délire, ce film n'est certes pas aussi visuellement trash que Chair Pour Frankenstein qui allait quand même très loin, et il est une variation bien plus originale et réussie sur le thème de Dracula que le précédent film l'était sur le thème de Frankenstein. Du Sang Pour Dracula bénéficie d'une sublime musique et d'une belle photographie (dommage que la qualité du DVD soit celle d'une vieille VHS restée un peu trop longtemps sur le siège arrière d'une voiture garée sur le parking d'une plage municipale de la Côte d'Azur en plein cagnard), et si Joe Dallessandro confirme qu'avec sa moue boudeuse du mec qui se sent irrésistible aux deux sexes grâce à ça - et une ressemblance assez vague avec Jean Dujardin - il est mauvais acteur, Udo Kier, lui, est très bon et plutôt en retenue comparé à son interprétation du baron Frankenstein, qui méritait le Prix Nobel du pétage de plomb intégral. Ici, il arrive parfois à être touchant dans le rôle de ce Dracula fragilisé et anémique, qui n'a vraiment pas de bol quand même dans sa quête du sang de pucelles... Un film loin d'être parfait, et à réserver aux amateurs et aux avertis (il est toujours interdit aux moins de 18 ans, comme indiqué au dos du DVD), mais qu'il faut voir au moins une fois. Une sorte de film de Jean Rollin en plus barré (et mille fois plus abouti).