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Oulala, que ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit sur ce blog ! J'ai donc l'honneur de vous annoncer sa réouverture, même si ça sera probablement plus du genre un article de temps en temps que le bombardage que je pratiquais ici autrefois (il suffit de regarder le nombre d'articles et de diviser par le nombre d'années d'existence - depuis 2009 environ - pour en juger).  Pour ce premier article en, putain, trois ans, un mois et 13 jours, j'ai décidé de vous parler d'un petit film. Petit aussi bien dans sa durée (il ne dure que 88 minutes, tout rond !) que dans son statut. Il ne s'agit pas d 'un film ayant énormément marché à sa sortie, du moins je me l'imagine, et s'il est facile à trouver en DVD (sur le Net ; en magasin, ça ne doit pas être aussi facile à trouver), il ne passe pour ainsi dire jamais à la TV, ou alors sur les chaînes spécialisées cinéma du satellite, et en deuxième partie de soirée (n'ayant pas le satellite, je ne regarde jamais les programmes de ces chaînes, donc je ne peux pas dire s'il a été diffusé récemment ou si sa dernière diffusion hexagonale remonte à la glorieuse époque des premiers DVDs). Ce film a été réalisé en 1977 par Michael Winner, l'immortel (ah ah ah...) réalisateur de Un Justicier Dans La Ville avec Bronson. Entre autres. Il est adapté d'un roman de Jeffrey Konvitz (qui a co-écrit l'adaptation avec Winner et co-produit le film avec le même Winner - une équipe de winners, ah ah) et il s'appelle La Sentinelle Des Maudits, alias The Sentinel pour son titre original.

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Ce film, j'avais toujours voulu le voir depuis le jour où, en feuilletant un de ces magazines entièrement remplis de jaquettes pour enregistrements VHS (un magazine assez épais avec rien que des jaquettes dedans, aucun programme TV, ce n'était donc pas TéléK7), il y à longtemps, je tombe sur cette jaquette à découper, représentant l'affiche du film, quelques photos et un court résumé donnant bien envie. C'était vers la fin des années 90, quand les magnétoscopes VHS existaient encore et parvenaient encore tant bien que mal à survivre. Le film passait encore à la TV, sur le satellite, vers cette époque donc, le magazine en question était basé sur les diffusions TV les plus récentes au moment de sa parution. Cette affiche vert glauque, ce lettrage avec une croix en guise de T, cette petite illustration rouge en haut à gauche, cette accroche (Il faut toujours un gardien aux portes de l'Enfer, miam) et ce casting (j'y reviens plus bas), sans oublier le  titre même du film, tout me donnait envie de le voir. J'ai mis du temps, beaucoup de temps : mon premier visionnage de La Sentinelle Des Maudits remonte en effet à fin 2014, je voulais d'ailleurs l'aborder ici, mais pris par le boulot, j'ai abandonné le blog pendant pas mal d'années. Je rattrape donc ici un double retard : la réactivation du blog et l'article sur ce film, que j'ai revu (avec plaisir, et pas pour la première fois) pour l'occasion, hier. Un film au casting hallucinant, car on y trouve, dans des petits rôles certes mais tout de même, Burgess Meredith (un des acteurs fétiches de la série TV La Quatrième Dimension), Eli Wallach, Ava Gardner, Martin Balsam, Sylvia Miles, John Carradine, José Ferrer, Jeff Goldblum, Christopher Walken, sans oublier les deux acteurs principaux, Cristina Raines et Chris Sarandon (à l'époque mari de Susan). Tom Berenger apparaît rapidement dans le final du film. Lui et Goldblum n'étaient alors pas acteurs depuis très longtemps. 

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De par son sujet, son ambiance, les lieux mêmes de tournage (un vieil immeuble new-yorkais d'apparence un peu glauque), impossible de ne pas penser au chef d'oeuvre de Polanski, Rosemary's Baby. Sans oublier Le Locataire, autre chef d'oeuvre du même Paul en skis, et qui partage avec lui un casting de vieilles gloires (on y trouvait Lila Kedrova, Melvyn Douglas, Shelley Winters...). Et un film comme Les Autres, d'Amenabar, semble s'être en partie inspiré du film de Winner. Pas mal pour un 'petit film' donc. Mais de quoi parle-t-il, au fait ? Voici donc un rapide résumé : Alison Parker (Cristina Raines) est une jeune mannequin new-yorkaise très en vue, elle alterne séances photo chic et publicités TV. Fiancée à Michael Lerman (Chris Sarandon), un jeune avocat brillant, elle a envie de se marier avec lui, mais de récents problèmes personnels (tentative de suicide après une vive altercation avec son père, qu'elle a surpris dans une position des plus embarrassantes) lui donnent surtout envie de s'installer seule, afin de se constituer une sorte de cocon protecteur le temps de se ressaisir. Elle trouve donc un appartement dans un vieil immeuble de Brooklyn Heights, un quartier sympa de New York. Peu de locataires, notamment, en cinquième et dernier étage, un vieux prêtre aveugle (John Carradine) passant littéralement son temps devant la fenêtre donnant sur la rue, on distingue sa silhouette inquiétante à toute heure. 

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Dès les premières heures, Alison est sollicitée par ses voisins : Mr Chazen (Burgess Meredith), un vieil homme solitaire vivant avec canari et chat, très aimable mais un peu collant ; Gerde et Jennifer (Sylvia Miles et Deborah Raffin), un couple de lesbiennes (le jour de sa visite chez elles, Jennifer se masturbera devant elle, à travers sa robe, mettant Alison très embarrassée)... Une nuit, Alison va entendre de forts bruits provenant du prêtre, qui vit au-dessus de chez elle, bruits qui se répèteront  fréquemment. Ne dormant plus, elle cherche à en savoir plus sur ce prêtre via l'agent immobilier lui ayant vendu l'appartement, Miss Logan (Ava Gardner), qui lui apprend que le prêtre ne sort jamais, et qu'on subvient à ses besoins fréquemment, l'immeuble appartenant à la congrégation catholique locale. Miss Logan lui apprend aussi, alors qu'Alison lui parle de ses voisins, qu'elle et le prêtre sont les deux seules personnes vivant dans l'immeuble, et que rien, dans les appartenants des voisins d'Alison (les lesbiennes, Chazen) ne peut montrer qu'ils aient été habités récemment : ils sont remplis de poussière, de toiles d'araignées, défraîchis, non-meublés... Sentant peu à peu qu'elle perd pied (sa vie professionnelle et intime en souffre), Alison va tenter d'en savoir plus, aidée par son fiancé Michael...

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La Sentinelle Des Maudits peut donc fortement faire penser aux deux films de Polanski (tous deux réalisés au moment de la sortie de ce film) que j'ai cités plus haut : Rosemary's Baby pour le côté "immeuble/appartement new-yorkais cossu et étrange" et l'héroïne féminine - autre lien : elle est mannequin et joue dans des pubs TV ; dans le film de Polanski, c'est le mari de Rosemary qui joue à la TV - et Le Locataire pour son casting de vieux acteurs, le côté "voisins envahissants et étranges" et une certaine atmosphère de paranoïa et de folie latente. Le film de Winner n'est, autant le dire, pas aussi quintessentiel que ces deux films, mais il est tout de même un sacré bon film d'atmosphère, il rend mal à l'aise par moments (notamment dans son final, qui met en scène une vraie cohorte de freaks, je n'en dis pas plus), il angoisse, et c'est tout ce  qu'on demande à ce genre de film. On notera cependant quelques reproches : Chris Sarandon semble, tout du long, s'emmerder franchement (regard de bovin ennuyé sous sa grosse moustache bien lisse, une vraie tête à claques), Eli Wallach cabotine en vieux flic à qui on ne la fait pas, et le doublage VF du film est tellement épouvantable qu'il est ardemment conseillé à tout le monde de ne regarder le film qu'en VOST (de toute façon, ce n'est que comme ça qu'on apprécie pleinement un film, quel qu'il soit). Certains disent aussi du film qu'il est un peu trop verbeux (comprendre : bavard) et lent, mais personnellement, ça ne m'a pas trop dérangé. The Sentinel est donc un très très bon film d'angoisse, pas le chef d'oeuvre du cinéma, mais son casting trois étoiles, son sujet intéressant (je ne dis pas ce qu'est cette sentinelle, je préfère que vous gardiez le suspense pour quand vous verrez le film) et son ambiance glauque et flippante, teintée de folie, à la Locataire (film qui date de l'année d'avant ce film, soit 1976) le rendent vraiment agréable au visionnage. Un petit film méconnu, donc, que je classe dans la catégorie du même nom tant elle semble avoir été faite pour lui !