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Norman Jewison a réalisé quelques grands films : L'Affaire Thomas Crown avec Steve McQueen et Faye Dunaway, Rollerball avec James Caan, Le Kid De Cincinnati avec, encore une fois, Steve McQueen, Justice Pour Tous avec Al Pacino...et ce film, sorti en 1967, et ayant fait obtenir l'Oscar du meilleur acteur à Rod Steiger : Dans La Chaleur De La Nuit. A l'origine d'une série TV du même nom dans la fin des années 80 (et avant ça, deux suites seront faites au film, en 1970 et 1971), ce film scénarisé par Stirling Silliphant est probablement un des films les plus importants du cinéma américain des années 60. Voire du cinéma tout court, pour la même décennie. Le film est interprété par trois grands acteurs (des trois, seul le premier cité est toujours de ce monde) : Sidney Poitier, que le film a révélé, Rod Steiger et Warren Oates. On note aussi la présence de Lee Grant, Harry Dean Stanton (crédité sans le 'Harry'), James Patterson et Peter Whitney. Comme je l'ai dit, Dans La Chaleur De La Nuit, ou In The Heat Of The Night en VO (la chanson du film porte le même nom, et a été spécialement écrite pour l'occasion par le grand Ray Charles, qui la chante ; la musique du film, en général, est signée d'un autre grand nom : Quincy Jones), a permis de révéler au grand jour Sidney Poitier, un des plus grands acteurs afro-américains qui soient (de sa génération, c'était le meilleur ; par la suite, il faudra attendre Denzel Washington pour avoir un acteur afro-américain au moins aussi bon, charismatique que lui). Ce n'est pas son premier film, le bonhomme ayant démarré sa carrière vers 1947. Mais Dans La Chaleur De La Nuit est le premier de ses films ayant vraiment permis de le mettre en avant.

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Un Oscar du meilleur acteur a été décerné, concernant ce film, mais ce ne fut pas Poitier qui l'obtint, mais Rod Steiger (lequel est, il faut bien le dire, anthologique dans le film). Vous êtes peut-être en train de vous dire, ça aurait été trop demander à l'Académie des Oscars de donner, en 1967, une statuette du meilleur acteur principal à un acteur de couleur, hein ? Même si, en 1939 (ou 40 ? Mais le film concerné date de 1939, c'est Autant En Emporte Le Vent), une actrice de couleur, Hattie McDaniel, obtint la statuette pour la catégorie meilleur second rôle féminin. Ce qui fit d'elle la première actrice de couleur à avoir un Oscar. Mais sachez que Poitier avait déjà obtenu cette récompense de meilleur acteur en 1964 (faisant de lui le premier Black à avoir cet Oscar-là), alors on lui a sans doute préféré Steiger en 1967. Le film a obtenu quatre autres Oscars, dont celui du meilleur film. Il faut dire ce qui est, c'est vraiment amplement mérité. C'est un polar, adapté d'un roman de John Ball (portant le même titre que le film), et il fonctionne parfaitement en tant que tel, une enquête policière rondement menée. Mais c'est aussi et surtout une critique acerbe du racisme, de la ségrégation raciale : quand le film a été fait, les Blacks étaient encore très fortement ostracisés, la situation s'améliorait progressivement, mais ce n'était pas encore ça. Des groupes de rock comme Love ou les Equals, multiraciaux, avaient posé problème à cause de ça, chez certains cons. Quand le film est sorti, les USA étaient en proie à certaines émeutes ; un an après (pas précisément un an après, mais, en gros, ce fut en 1968), Martin Luther King était assassiné...

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De quoi parle le film ? Virgil Tibbs (Sidney Poitier), d'origine afro-américaine, est un officier de police originaire du nord des Etats-Unis. En voyage, il arrive à Sparta, dans l'Etat du Mississippi (dans le Sud, donc), et il arrive à un moment assez compliqué : Philip Colbert, un industriel de Chicago qui projetait de construire une usine à Sparta, est retrouvé mort, assassiné. Le chef de la police, Bill Gillespie (Rod Steiger), un homme assez simple (pas idiot, mais pas le genre à se prendre la tête pour chercher une autre solution quand il en a une devant lui), entend bien trouver rapidement le coupable. Un de ses hommes, Sam Wood (Warren Oates), découvre, de nuit, le soir-même de la découverte du corps de Colbert, un homme de couleur, à la gare, Virgil Tibbs. Ce dernier est immédiatement arrêté : Gillespie est empli de préjugés raciaux, obnubilé par la découverte de l'assassin de celui qui allait sans doute apporter de l'emploi dans sa ville, et, de plus, Tibbs, de couleur et pas du coin, possède une valise avec de l'argent dedans, et une arme (normal, il est flic). Quand Gillespie apprend que Tibbs est flic, et, donc, quelque part, un collègue, il est totalement surpris, et même écoeuré, de se rendre compte qu'il ne tient pas le coupable. Tibbs se propose comme aide afin de retrouver le meurtrier de Colbert, et va, donc, mener son enquête, dans une petite ville du Sud, encore pleine de préjugés raciaux, ce qui ne va, on s'en doute, pas du tout plaire à la population et aux autorités locales...

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Célèbre à la fois pour ses 5 Oscars, son duo d'acteurs (Poitier et Steiger sont tous deux, autant le dire, époustouflants), sa musique d'enfer (très soul, normal, Quincy Jones et chanson du Genius) et son ambiance très contestataire et sudiste, Dans La Chaleur De La Nuit l'est aussi pour une réplique comptant parmi les plus grandes du Septième Art, une réplique que j'ai quelque peu détourné pour le titre de mon article : They call me Mr Tibbs ! ("On m'appelle Monsieur Tibbs !"), réplique dite par Poitier quand, dans le film, on lui demande, de manière un peu goguenarde, comment on a coutume de l'appeler dans sa ville, dans le Nord. Il faut dire que le film (et c'est surtout le cas en VO) propose un langage assez ordurier à l'encontre de Tibbs, le pauvre flic de couleur en prend plein la tronche, des nègre, négro, coon, nigger, etc, tout un vocabulaire raciste qui était, hélas, le pain quotidien des Noirs à l'époque et avant le film. Tout le sens de la réplique est là : montrer, sèchement, que dans d'autres endroits du même pays (les USA), un homme de couleur est respecté de la même manière qu'un Blanc, qu'on l'appelle Monsieur, ce qui est normal. Je ne vais pas aller jusqu'à dire que le film a permis de changer tout ça, mais ce fut quand même un élément du changement, un petit, certes, mais quand même. Les deux flics, le Black et le Blanc raciste, sont obligés de faire équipe, ce qui ne plaît ni à l'un ni à l'autre (et on se rend compte que ça plaît sans doute encore moins bien à Tibbs qu'à Gillespie, parfois !), mais il faut retrouver le meurtrier...

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Scènes cultes, dialogues mordants, acteurs parfaits, réalisation solide, scénario efficace, musique géniale, ambiance géniale aussi : Dans La Chaleur De La Nuit est un film culte et grandiose. Un film qui fait réfléchir sur le racisme et les inégalités, tout en proposant un divertissement de qualité. Comme je l'ai dit en intro, deux suites, aussi avec Poitier, seront faites (aucune n'est mauvaise, mais rien de comparable avec le film original), et il y aura même une série TV (sans Poitier et Steiger), je n'en ai vu aucun épisode (ou alors, je n'en ai aucun souvenir). Tout ça pour dire à quel point ce film est important, culte, essentiel pour tout amateur de cinéma, de vrai bon cinéma. Un exemple parfait de divertissement intelligent et avec du fond.