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Aaah, Quentin Tarantino... Ce mec me tue. On a l'impression qu'il peut tout faire. Et d'ailleurs, il a quasiment tout fait : film de guerre, film de gangsters, film d'exploitation pur et dur, film de blaxploitation, film d'horreur (en producteur et/ou scénariste), film de baston...et western. Ne lui reste plus qu'à faire un péplum, ou un film d'aventures classique, et il aura tâté d'à peu près tous les genres cinématographiques (ses films étants dans l'ensemble vraiment fendards, on peut rajouter la comédie dans les genres qu'il a expérimentés). Tarantino est un fou furieux amateur à en crever de cinéma, aussi bien de grand cinéma (Le Cercle Rouge de Melville, A Bout De Souffle de Godard, Au Revoir Les Enfants de Malle sont autant de films qu'il aime) que de cinéma de divertissement (sin film Inglourious Basterds s'appelle ainsi rapport à un film de série B bien nanardesque et italien réalisé par Enzo G. Castellari, un tâcheron qui n'a jamais rien fait de potable dans sa carrière, que des nanars). En 2012, il sort son huitième film (en comptant pour deux les deux parties de Kill Bill), et c'est ce film qui, justement, permet à Tarantino d'ajouter le western à son tableau de chasse. Le film, 2h40 de bonheur, s'appelle Django Unchained, et est à la fois un remake libre d'un film du nom de Le Dernier Jour De La Colère, de Tonino Valerii (un western spaghetti) qu'un film s'inspirant, là aussi assez librement, d'une série de westerns spaghetti avec Franco Nero, les Django. Nero apparaît d'ailleurs en clin d'oeil dans le film.

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Niveau acteurs, Quentin s'est encore une fois fait plaisir : Christoph Waltz, acteur autrichien (allemand d'origine, naturalisé autrichien) ayant, dans son précédent film Inglourious Basterds, joué un officier SS lui ayant valu le Prix d'interprétation masculine à Cannes et (entre autres) un Golden Globe, Christoph Waltz, donc, signe avec Django Unchained sa deuxième participation à un film réalisé par Tarantino ; ici, pas de rôle de méchant, mais celui du Docteur King Schultz, un chasseur de primes (maquillé en dentiste ambulant). Le rôle principal, celui de Django, devait à la base être donné à Will Smith, qui refusera en lisant le script, il n'apprécia pas que le rôle de Django ne soit pas le principal N°1 du film (celui de King Schultz est au moins aussi important, ainsi que Calvin Candie) ; c'est au final Jamie Foxx, un rappeur/acteur, qui a obtenu le rôle, qui a failli être donné à Chris Tucker, on ne se rend compte de sa chance qu'une fois que le pire est passé, non mais Chris Tucker, vous vous rendez compte ? Leonardo Di Caprio joue ici dans son premier Tarantino, il joue un méchant anthologique, Calvin Candie, un esclavagiste propriétaire de plantation, une monstruosité cruelle faite homme.

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Kerry Washington joue la femme de Django. On note aussi la présence de Samuel L. Jackson, Don Johnson, Laura Cayouette, Dennis Christopher, James Remar, Walton Goggins, Michael Parks, James Russo, Franco Nero, Bruce Dern, Russ Tamblyn, Don Stroud (d'anciennes légendes vivantes d'Hollywood !), Zoe Bell, Robert Carradine, Tom Savini, et Tarantino lui-même, comme à son habitude, apparaît dans son film. La bande-son mêle extraits de bandes originales de westerns spaghetti (notamment de Django, Le Dernier Jour De La Colère, On L'Appelle Trinita, mais aussi de Sierra Torride, qui n'est pas un western spaghetti, mais un western tout court) et chansons, moins fréquentes (Freedom par Richie Havens, dans une scène anthologique). La photographie est sublime, avecdes effets de faux raccords et autres brûlures de pellicule, comme pour les anciens films (de même, la bande-son musicale fait entendre, parfois, des cracs très vinyliens, tout ceci est évidemment voulu, pour accentuer le côté vieux film). Rien que le générique, qui utilise la bande-son du Django originel signée Luis Bacalov, et propose les crédits en grosses lettres rouge sang à l'ancienne, donne le ton, avec ses zooms multiples. Ce qui est bien, avec Tarantino, c'est qu'il ne se contente pas de faire un film typé à l'ancienne, non : il fait le film qu'il a toujours eu envie de voir un jour en salles, il fait des films rêvés, fantasmés. Un cinéphile amateur de séries B et de films de genres, en regardant ses films, se prend énormément de plaisir dans la gueule !

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Bon, sinon, l'histoire. Ca se passe en 1858, soit deux ans avant le début de la Guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx) est un esclave, sa femme Broomhilda (Kerry Washington) aussi. Parce qu'ils ont essayé de s'enfuir, ils ont été rattrapés, tabassés, marqués comme rebelles, et, surtout, séparés. Django ne sait pas où sa femme a été vendue, mais lui, il arpente les routes, en compagnie d'autres esclaves, tenus par une petite bande d'esclavagistes. Leur chemin croise celui d'un dentiste ambulant, le Docteur King Schultz (Christoph Waltz), un Allemand, qui espère bien acheter un des esclaves. Son choix se porte sur Django, mais au lieu de l'acheter, il extermine les esclavagistes et libère les esclaves. Il garde Django avec lui, afin d'en faire son associé pour une affaire (Schultz est en effet un chasseur de primes). Django accepte d'être l'associé de Schultz pour retrouver un ou deux mecs dont la tête a été mise à prix, et en remerciement, Schultz, de son côté, ayant appris l'histoire de Django, accepte de l'aider à retrouver sa femme. Les deux hommes découvrent rapidement qu'elle a été 'vendue' à un propriétaire de plantation très cruel et influent, richissime, du nom de Calvin Candie (Leonardo Di Caprio), qui dirige Candieland, une immense propriété dans le Mississippi. Pour Django, il faut y aller, rechercher Broomhilda, mais pour un Black, ancien esclave, se rendre dans un tel endroit, dans une partie esclavagiste des USA, s'apparente à un suicide programmé. Mais Django est décidé, et Schultz a promis de l'aider...

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Acteurs juste surpuissants (Foxx, Waltz, Di Caprio, Samuel L. Jackson qui est parfait dans le rôle de Stephen, le "vieux Nègre" - n'y voyez pas de racisme de ma part, les gars, le personnage s'appelle lui-même ainsi - esclave et dirigeant les autres esclaves de la plantation Candieland), scénario diabolique, sens du rythme, dialogues tuants, scènes cultes, photographie sublime, musique géniale et bien réutilisée, Django Unchained multiplie les bons points. Certes, on notera des anachronismes (l'utilisation de la dynamite : elle a été inventée en 1866, son brevet a été déposé un an après, mais l'action se passe en 1858, l'utilisation, aussi, d'une carabine Winchester à répétition, arme inventée en 1873) et la vision de l'esclavage montrée dans le film est assez outrancière, la violence a été surmultipliée. La violence dont je viens de parler est celle des mauvais traitements infligés aux esclaves (comme ces combats mandingue, dont la véracité historique n'a pas été totalement prouvée), mais est aussi plus générale. Si vous n'avez pas vu le film, sachez que le sang y coule à flots, il gicle, pulse, il y en à partout, c'est très violent, brutal, comme du Tarantino habituel. Et, comme du Tarantino habituel, la violence, très présente, surgissant brutalement comme dans les meilleurs films de Peckinpah, est ici très caricaturale (volontairement), et sert à dénoncer la violence plutôt qu'autre chose. C'est une violence grand-guignolesque, éhontée, exagérée, cartoonesque, ce qui la rend, quelque part, moins agressive, même si ceux qui n'aiment pas la vue du sang, même du faux sang, auront sans doute du mal. Enfin, si vous avez vu Kill Bill et survécu, aucun problème.

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Django Unchained est donc un film puissant, violent, musclé, survitaminé, avec des dialogues impeccables (comme toujours), un découpage assez inventif et des scènes cultes. Notons parmi celles-ci toute la séquence où Django et Schultz rendent visite à "Big Daddy" (Don Johnson), un propriétaire terrien esclavagiste caricatural et impayable (surtout que le doublage VF est signé, pour ce personnage, par  Patrick Poivey, qui est la voix française officielle de Bruce Willis et Don Johnson, une voix parfaite pour le doublage). On a une poignée de scènes (qui se suivent) avec ce personnage, et la dernière, nocturne, montrant "Big Daddy" et plusieurs de ses amis, cagoulés (type Ku Klux Klan) et s'apprêtant à règler leur compte à Django et Schultz, est juste hilarante : où comment ridiculiser le KKK (ou affiliés) avec une simple histoire de cagoule dont les trous ne correspondent pas vraiment à l'emplacement des yeux...  Autre scène géniale, la manière dont Schultz (devant un Django médusé) règle son compte à un shérif bouseux et quelque peu truand, ou bien l'apparition en clin d'oeil de Franco Nero, qui échange avec Django sur la manière dont il faut prononcer son nom (Foxx qui lui dit : D, J, A, N, G, O, et j'insiste sur le D. Nero lui répond : Moi aussi ; le tout est une allusion au film originel dans lequel Nero tenait le rôle-titre).

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I like the way you die, boy !

Bref, le film, bien que long (et encore, ça ne m'a pas gêné ; mais Tarantino nous a habitué à de longs films, et il aurait pu être encore plus long, ce film, car Quentin a affirmé qu'il a retiré 90 minutes au film et envisageait de sortir la version longue en mini-série de 4 épisodes d'une heure chacun), est juste grandiose, un des meilleurs de son réalisateur. Son meilleur depuis Kill Bill (les deux volets réunis), un grand moment de cinéma décomplexé, certes violent et parfois extrémiste (des pics de violence qui ne sont parfois pas totalement justifiés, une cruauté sans aucun doute surmultipliée pour le film ; si les esclaves avaient tous été au quotidien traités de la sorte, leurs 'propriétaires' auraient été obligés d'en changer quotidiennement, ce qui, pour eux, aurait été une perte financière ; tout ceci pour dire que si la vie des esclaves était terriblement dure, elle ne l'était sans doute pas autant, en général, que dans le film), mais un grand film dans l'ensemble. Immense !