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Des films abordant la vie (ou une partie de la vie) de vrais Présidents des Etats-Unis, il y en à eu : Nixon par Oliver Stone, W. (sur George W. Bush) par le même réalisateur (qui a aussi fait un film sur l'enquête officielle - le Rapport Warren - sur l'assassinat de Kennedy avec JFK), Primary Colors de Mike Nichols, qui s'inspire plus qu'à moitié de la campagne électorale de Bill Clinton, Jefferson A Paris de James Ivory. Sans parler des films sur des Présidents fictifs (Primary Colors est aussi à citer, mais on nommera également Les Pleins Pouvoirs, Des Hommes D'Influence...). Parmi les grands Présidents, il y en à un qui n'avait, jusqu'à 2012, jamais été le sujet principal d'un film, un Président dont la vie ou la carrière n'avait jamais été adaptée au cinéma : Abraham Lincoln. Aussi, quand Steven Spielberg a annoncé qu'il avait l'intention de faire un film sur Lincoln (ce dont il avait toujours eu envie de faire), un film par ailleurs basé sur des livres sur le Président, on a commencé à se dire ah, Spielby nous prépare un autre chef d'oeuvre. Le film sortira en 2012, comme je l'ai implicitement dit un peu plus haut dans ce premier paragraphe. Comme on pouvait s'y attendre, le titre du film est sobre (son affiche aussi) : Lincoln. D'une durée de 2h25 (on imaginerait difficilement un film sur un sujet aussi dense avec une durée plus courte), le film est interprété par Daniel Day-Lewis, qui a obtenu un Oscar (pas son premier !) pour sa prestation, et on y trouve aussi Sally Field, Tommy Lee Jones, David Strathairn, James Spader, Tim Blake Nelson, Joseph Gordon-Levitt, Hal Holbrook, Jackie Earle Haley, Walton Goggins et Grainger Hines.

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C'est la troisième fois que Steven Spielberg aborde, en filigrane, la question du racisme et de l'égalité des droits civiques entre Blancs et Noirs, après La Couleur Pourpre en 1985 (qui parlait de la vie des Noirs dans les années 1900) et Amistad en 1997 (qui parlait de la révolte d'esclaves africains sur un bateau les transportant de leur continent natal jusqu'aux Etats-Unis, au XIXème siècle). Deux films qui soit ont choqué (le premier, qui fut assez incompris par certains critiques, qui trouvèrent indécent qu'un réalisateur blanc adapte un roman écrit par une Noire, sur un sujet qu'un réalisateur de couleur aurait mieux maîtrisé que lui, on voit jusqu'où va la connerie des critiques), soit ont foiré au box-office (le second), et qui, dans les deux cas, divisent les fans du réalisateur et ne restent pas (en particulier le second !) dans ses réussites. Un passif difficile, pour Spielberg, au moment d'aborder la vie du Président ayant fait abolier l'esclavage aux USA, et se terminer la Guerre de Sécession. Bien qu'un peu longuet par moments (et surtout au début, j'ai trouvé la première demi-heure assez lente), Lincoln est un film nettement plus abouti que ces deux autres films. A l'heure actuelle son dernier film sorti, il a été nommé 12 fois aux Oscars 2013. Day-Lewis a tellement reçu de prix divers pour son interprétation que j'ai la flemme de les compter, la liste est impressionnante ; et c'est totalement mérité, car il est ici totalement renversant. La métamorphose est totale, on croirait vraiment voir le vrai Lincoln. Maquillage, coiffure, posture, regard, tout y est, d'autant plus qu'à la base, en regardant bien, Daniel Day-Lewis a quelque chose de lincolnien en lui.

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Le film, magistralement interprété (les autres acteurs, comme Tommy Lee Jones ou Sally Field, qui campe Madame Lincoln, sont vraiment bons), servi par une très belle musique du fidèle spielbergien John Williams, le film, donc, ne raconte pas toute la vie d'Abraham Lincoln. Ni toute sa vie politique. Quand l'action démarre, on est en pleine Guerre de Sécession, en janvier 1865. Il ne le sait évidemment pas, mais il ne reste qu'à Abraham Lincoln que quelques mois à vivre, il se fera assassiner, d'une balle en pleine tête, par John Wilkes Booth le 15 avril de cette même année, dans un théâtre de Washington. Lincoln est un biopic qui relate les derniers mois de la vie de celui qui, par la suite, sera qualifié, très souvent, pour ne pas dire tout le temps, de plus grand Président de l'histoire des USA. Le film montre le combat de Lincoln, qui vient alors d'être réélu (en 1864), pour faire passer au Congrès le XIIIème Amendement de la Constitution, abolissant l'esclavage sur tout le territoire américain, qu'il ne cesse de défendre (le XIIIème Amendement, hein, pas l'esclavage ; Lincoln est farouchement abolitionniste). La Guerre de Sécession est sur le point de se finir, les Etats confédérés (et esclavagistes) du Sud sont perdants, et pour Lincoln, il faut à tout prix que la loi passe avant, pour marquer le coup. Le combat politique s'engage alors au Congrès. Ne pouvant, de par son statut de Président, se rendre au Congrès (c'est la même chose en France, notamment), Lincoln est représenté par Thaddeus Stevens (Tommy Lee Jones), de la Chambre des Représentants, un Républicain radical.

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Comme je l'ai dit plus  haut, Lincoln est, dans son démarrage, un peu lent, il faut bien attendre une petite demi-heure pour que ça devienne plus prenant (ou alors, j'étais un peu fatigué le soir où je l'ai vu, et ça a joué dessus). Ensuite, le tempo ne s'accélère pas forcément, ce film n'étant pas un film d'action et ne comprenant pas de scènes de batailles ou de bagarre, mais ça devient vraiment prenant. Le talent de Spielberg, celui de ses acteurs, la beauté des images, un Daniel Day-Lewis crevant de réalisme dans un rôle qui semble fait pour lui, et le fait qu'on suive une histoire vraie, et qui plus est une date majeure dans l'histoire des Etats-Unis (la fin de l'esclavage, et, de manière sinistre, la fin d'un des plus grands Hommes de ce pays), fait que le film de Spielberg est vraiment intéressant. Et sobre, aussi, pudique même : ne vous attendez pas à voir la mort de Lincoln en gros plan, rien n'est montré, ça se passe à la toute fin, et est rapidement éludé, hors-champ, le tout est très pudique, vraiment. On n'en attendait pas moins de Steven Spielberg, qui prouve encore une fois, comme s'il fallait vraiment qu'il continue de le prouver, qu'il fait partie des grands. Un film remarquable.