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Des films (et avant ça, des livres) sur les sinistrement célèbres camps de la mort, il y en à pas mal, et il y en aura d'autres encore par la suite : La Liste De Schindler, La Rafle, The Reader, Amen, Au Revoir Les Enfants, Le Pianiste, les documentaires Nuit Et Brouillard et Shoah pour les films, Si C'Est Un Homme, Elle S'Appelait Sarah, le Journal d'Anne Frank pour les livres (plus les livres adaptés en films, comme c'est le cas du film que je vais aborder maintenant). En 1971, Martin Gray, de son vrai nom Mietek Grayewski, d'origine polonaise, de nationalité franco-américaine, né en 1922, publie un livre écrit en majeure partie avec l'historien Max Gallo, Au Nom De Tous Les Miens. Ce livre, controversé car on accusera Gray et Gallo d'avoir trop romancé les faits, d'avoir mélangé la réalité avec de la fiction, c'est son autobiographie, l'histoire de sa tragique vie dans le ghetto de Varsovie, dans le camp d'extermination de Treblinka où il sera déporté, et, ensuite, de sa reconstruction. Comme pour prouver que la vie est une belle tartine de merde et qu'on en a jamais assez, en 1970, Gray perdra sa femme et ses quatre enfants dans un incendie, dans leur maison du sud de la France, dans le Var. Il décide de tenter de survivre à ce nouveau drame, et ça sera grâce à l'écriture : le livre paraît un an plus tard environ. En 1983, le livre, un gros succès de librairie dans son genre, est adapté par Robert Enrico, réalisateur du Vieux Fusil (notamment), en un TVfilm scénarisé par le réalisateur, Tony Sheer, Max Gallo et, évidemment, Gray. Portant le même nom que le livre, le film existe depuis en DVD, mais je ne sais pas s'il sortira en salles en France, vu son statut de TVfilm. C'est, en tout cas, une coproduction avec le Canada et la Hongrie, et nul doute qu'il a du sortir en salles au moins dans un de ses pays coproducteurs.

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Le film est interprété par Michael York, Jacques Penot, Brigitte Fossey, Macha Méril, Jean Bouise, Helen Hughes et Wolfgang Müller (entre autres). York interprète deux rôles : Martin Gray adulte et son père (pour Martin Gray jeune, adolescent,  c'est Jacques Penot). Ayant pris un petit coup de vieux, visuellement parlant (début des années 80, TVfilm, etc), le film reste à l'heure actuelle, malgré cela, un des plus vibrants, et violents, témoignages sur les camps de la mort. C'est un film qui comporte des scènes d'une très rare brutalité, et je ne serais pas étonné d'apprendre que ces scènes se passant à Treblinka, très réalistes et dures, aient été virées par le CSA ou son ancêtre au moment de la diffusion TV du film d'Enrico : on y voit des déportés obligés de travailler à trier les cadavres nus d'autres victimes, à leur retirer leurs dents en or le cas échéant, à creuser des fosses communes... Même dans un film parfois aussi dur que La Liste De Schindler, on n'a pas des scènes aussi crues qu'ici. C'est du même acabit que Nuit Et Brouillard, a ceci près que ce documentaire d'Alain Resnais et Jean Cayrol est plus dur encore, car ils'agit de vraies images et non pas de reconstitution pour un film. Mais je pense qu'en terme de reconstitution des camps, aucun film n'a été aussi loin qu'Au Nom De Tous Les Miens, même si ces passages ne sont pas les plus fréquents et longs du film. Beaucoup du film se passe dans le ghetto de Varsovie, comme Le Pianiste de Polanski (autre adaptation d'un récit autobiographique d'un survivant).

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Pas la peine de parler de l'histoire du film, je l'ai fait dans le premier paragraphe : la vie tumultueuse, dévastée, d'un jeune homme (et sa famille ; Macha Méril joue sa mère) vivant dans le ghetto de Varsovie, subissant d'abord les cruelles brimades des Nazis qui surveillent le ghetto, puis les camps de la mort. Il s'en sort, j'ai envie de dire in extremis (il s'évade), s'engage dans l'Armée Rouge, refait sa vie, difficilement, en survivant. Après la guerre, il partira vivre, en 1947, à New York, chez sa grand-mère (Helen Hughes), puis, encore après, rencontrera sa future femme (jouée par Brigitte Fossey), Dina ; le début du film montre Michael York (Martin Gray, donc) rentrer chez lui, couvert de suie et de sang, totalement dévasté, en larmes, tremblant, et on se demande ce qui s'est passé. On le sait ensuite : l'incendie du Var, dans lequel sa femme et ses enfants sont morts. Gray, survivant de l'enfer, pour la seconde fois de sa vie... C'est le résumé de ce film marquant de Robert Enrico, interprété par un Michael York impérial, aussi bien dans le rôle de Gray adulte que dans celui de son père (c'est surtout dans ce rôle-là qu'on le voit, Jacques Penot, qui interprète Gray jeune adulte, tient quasiment le rôle principal, en fait, c'est avec le visage de Penot qu'on voit le plus souvent Martin Gray). Un film terrible, terrifiant parfois (je le redis, des scènes d'une dureté, d'une crudité incroyables), et qui n'a été fait que pour une seule chose : témoigner. Dommage qu'il ne passe pas souvent (euphémisme !) à la télévision, mais sans doute les trop dures scènes des camps sont un frein pour une diffusion en prime-time. Après tout, quand Nuit Et Brouillard est rediffusé, principalement sur Arte, c'est généralement sur les coups de 22h30, pour ne pas trop choquer le bourgeois (hum...), et il est à l'heure actuelle retiré des films proposés au visionnage dans les collèges, car trop dur (hum aussi...). Faudrait pas oublier que, pour dur qu'est Au Nom De Tous Les Miens, la réalité l'est un milliard de fois (au moins) pire...