LE%20CLAN%20DES%20IRREDUCTIBLES

Ken Kesey, vous connaissez ? Ecrivain américain né en 1935 et mort en 2001, il a écrit deux romans ayant tous deux été adaptés au cinéma, deux romans majeurs : Vol Au-Dessus D'Un Nid De Coucou et Et Quelquefois J'Ai Comme Une Grande Idée (ce roman de 800 pages date de 1964, mais il faudra attendre 2013 pour que la France puisse enfin l'avoir en traduit), et a, en 1964, organisé une grande traversée des USA, en bus, avec une troupe de joyeux lurons pré-hippies menés par Jack Cassidy (ami de Jack Kerouac) et baptisés les Merry Pranksters, troupe qui accumulait les expériences spirituelles au LSD et était suivie par le (alors jeune) journaliste et futur écrivain Tom Wolfe, qui tirera le livre Acid Test de cette expérience. Au sujet de son deuxième roman (celui de 800 pages), Kesey en dira qu'il s'agit de son meilleur, et qu'il pouvait se permettre d'arrêter d'écrire après ça. Je reconnais sans problème qu'il a entièrement raison, Et Quelquefois J'Ai Comme Une Grande Idée, Sometimes A Great Notion en VO (le titre vient des paroles d'un vieux blues de Leadbelly qui est cité en exergue), est effectivement son meilleur roman (mais Vol Au-Dessus D'Un Nid De Coucou est selon moi tout aussi grandiose que l'adaptation qui en sera faite en 1975 par Milos Forman). Ca sera, des deux, le premier adapté au cinéma, en 1970, dans un film dont le titre original est le même que pour le roman, mais dont le titre français sera Le Clan Des Irréductibles. Ce film.

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Produit par John Foreman et Paul Newman, le film est réalisé par, justement, Paul Newman, qui, aussi, et c'est nettement peu original, interprète le rôle principal, aux côtés d'Henry Fonda, Lee Remick, Richard Jaeckel, Michael Sarrazin et Cliff Potts. A la base, le film (scénarisé par John Gay d'après le roman, donc, de Kesey) devait s'appeler Never Give A Inch, titre (à la grammaire erronée, ça devrait être "Never give an inch") qui peut se traduire par comment j'ai appelé mon article, et qui se réfère à la devise du clan d'irréductibles dont parle le film. Le film, sorti le 31 décembre 1970, était pressenti pour être réalisé par Sam Peckinpah, qui se disait intéressé par le roman de Kesey, mais au final, c'est Newman qui a obtenu le poste (qu'il s'est, en quelque sorte, approprié suite au départ du premier réalisateur engagé, Richard A. Colla, et au refus poli de George Roy Hill, à qui Newman proposera de remplacer Colla), et ce fut, après Rachel, Rachel en 1968, son second film en tant que réalisateur. Le film peut être vu comme une sorte de version américaine des Grandes Gueules de Robert Enrico (film de 1965, avec Lino Ventura et Bourvil, adapté du roman Le Haut-Fer de José Giovanni, de 1962), sans que l'une ou l'autre de ces oeuvres ne soit un plagiat de l'autre : le roman de Kesey date de 1964, celui de Giovanni de 1962, j'imagine mal Kesey lire du Giovanni ni avoir eu connaissance de l'existence de cet auteur ; et les films adaptent les romans respectifs de Kesey ou Giovanni), dans les deux cas, l'action se passe dans le milieu des bûcherons forestiers.

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L'action se passe dans l'Oregon, à Wakonda. La famille Stamper, dirigée par le patriarche Henry Sr (Henry Fonda), fait partie des 'clans' de bûcherons le plus actifs et respectés de ce coin très rural et forestier des Etats-Unis. Au moment où démarre l'action, l'Oregon est frappé par une annonce de grève générale lancée par le syndicat local des bûcherons, afin de protester contre un conglomérat de sociétés qui menace leur activité. Quasiment tous les bûcherons du coin décident de suivre la grève, mais les Stamper, qui ne sont pas syndiqués, décident de ne rien faire. Ils sont cependant urgés, par le syndicat, de se rallier à eux, de se mettre à gueuler avec la meute, mais le clan de la famille Stamper (dont le principal maître-bûcheron est Henry Jr, alias Hank, joué par Newman) décide de mettre en pratique leur devise, ne jamais rien céder, ne pas lâcher. Alors que le fils cadet de la famille, Leland (Michael Sarrazin), revient à Wakonda après en être parti il y à longtemps suite à des divergences d'opinion - et il est plus intellectuel que manuel -, la menace syndicale devient de plus en plus prenante, oppressante, sur le clan Stamper, qui décide, coûte que coûte, vaille que vaille, de continuer de travailler sans se soucier de la grève générale pourtant bien suivie. Bien qu'étant totalement différent du reste de sa famille, bien que revenant à un moment assez délicat et sans avoir été convié, Leland, assez porté sur la boisson et cachant, comme les autres, un lourd secret de famille, décide de porter assistance aux siens contre les autres bûcherons locaux...

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Sobrement réalisé, Le Clan Des Irréductibles (qui existe en DVD, même si ce DVD n'est pas très facile à se procurer à bon prix désormais) n'est pas un film très connu, même si, à sa sortie, il sera dans l'ensemble très bien accueilli par la presse. Paul Newman n'en était qu'à sa deuxième réalisation, mais ladite réalisation est solide, et les acteurs sont, tous, extraordinaires (il faut dire aussi qu'Henry Fonda, Newman, Michael Sarrazin, Richard Jaeckel, c'est pas de la gnognotte, comme on dit). Le scénario adapte plutôt bien le très épais roman de Ken Kesey, qui fait quand même 800 pages en grand format je le rappelle, et la photographie et la musique (Richard Moore pour la première, et Henry Mancini pour la seconde) sont remarquables. Quand j'ai parlé du fait que Le Clan Des Irréductibles pouvait faire penser aux Grandes Gueules d'Enrico (autre grand film), il faut savoir, si vous ne connaissez pas encore ce film, que le film d'Enrico parle d'un homme (Bourvil) débarquant dans les Vosges afin de reprendre une ancienne scierie, et qui engage des anciens prisonniers (dont Lino Ventura) en guise de main d'oeuvre, afin de leur donner une seconde chance ; ce qui n'est pas apprécié des autres bûcherons du coin, qui vont progressivement se liguer contre eux. Entre les deux films, une histoire d'hommes forts, bûcherons, dans un coin reculé, boisé, sauvage, et une histoire d'affrontement entre 'clans', voilà de quoi lier, quelque part, les deux films, qui, mis à part ça, je l'ai dit et le redis ici, sont des adaptations de deux romans distincts qui ne s'inspirent pas l'un l'autre.

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Peu souvent (très rarement, même !) diffusé à la TV, Sometimes A Great Notion est un petit chef d'oeuvre, un film aujourd'hui sans doute un peu oublié (ce qui explique la catégorie dans laquelle je l'ai, sur le blog, rangé) mais qu'il faut à tout prix voir. Si vous aimez les histoires fortes, solides, avec des grandes gueules (sans jeu de mots !), de beaux paysages, des secrets de famille bien cachés mais ne demandant qu'à ressurgir, et de grands acteurs, alors ce film, qu'on aurait imaginé plus long au regard du nombre de pages du roman (il dure 115 minutes), est fait pour vous. Un excellentissime moment de bon cinéma à l'ancienne, et je suis content que ce film existe en DVD car s'il avait fallu attendre une diffusion TV (hors-satellite), je n'aurais, à l'heure actuelle, toujours pas eu l'honneur de l'avoir vu et revu. Sublime film, quoi !