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SPOILERS...

En 2007, le photographe Anton Corbijn (aussi réalisateur de clips) réalise Control, film basé sur la vie et la mort de Ian Curtis, chanteur du groupe de rock (affilié à la cold-wave) anglais Joy Division. Le film est interprété par Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara, Joe Anderson, James Pearson, Harry Treadaway et Toby Kebbell. Le film est en noir & blanc, photographie glaciale comme la musique de Joy Division (que l'on ne peut imaginer autrement que monochrome, à l'instar des pochettes des deux albums du groupe, Unknown Pleasures et Closer, 1979 et 1980). La musique de Joy Division rythme d'ailleurs le film, comme celle de New Order, groupe fondé après le suicide de Ian Curtis, par les autres membres de Joy Division.

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Car Ian Curtis s'est suicidé, tout le monde (du moins, ceux qui s'intéressent au rock ou ont vu le film) le sait. Il s'est pendu dans sa cuisine, en 1980, le 18 mai, un peu après avoir fini l'enregistrement de Closer, le deuxième et dernier album du groupe. Mal dans sa peau, incompris de ses trois complices de Joy Division (le guitariste Bernard Albrecht, plus tard renommé Sumner - James Pearson - , le bassiste Peter Hook - Joe Anderson - et le batteur Stephen Morris - Harry Treadaway), introverti à l'extrême, rongé par la déprime, Curtis, frêle personnage évoluant dans une Manchester industrielle, était aussi et surtout épileptique. Les spots lumineux des concerts provoquaient des crises, le faisant entrer en transe sur scène. Le public ignorait le mal qui le rongeait, ses complices du groupe, eux, pensaient surtout plus à faire la fête et à jouer qu'à lui, Curtis était plus méprisé de ses collègues que vraiment aimé.

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Une anecdote est vraie, un jour, Curtis entrera dans une crise qui le propulsera la tête dans un lavabo (hors concert, donc), et ses amis du groupe se foutront de sa gueule. Ils avoueront par la suite avoir été complètement débiles à l'époque, ne sachant pas ce que Curtis subissait, vivait. S'ils avaient su, ça n'aurait sans doute rien changé, car une telle déprime, un tel mal-être, ne pouvait hélas s'achever que par le suicide. Et le mythe Curtis de naître... Il se pendra, donc, chez lui, après une ultime écoute de l'album The Idiot d'Iggy Pop, dont on voit le visuel, ainsi que celui du Transformer de Lou Reed, sur la photo ci-dessous, issue du film évidemment...

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Interprété de manière bluffante par Sam Riley (qui vit Ian Curtis durant les 2 heures du film), et les autres acteurs sont également parfaits, Control est un film sombre et incroyable qui nous raconte la vie pas joyeuse d'un chanteur mythique, à la voix inoubliable (tendue à à l'extrême, grave, d'outre-tombe), au physique frêle, dont le mal-être transpirait par tous les pores de sa peau. C'est bien simple, à voir le film de Corbijn (immense fan de Joy Division, par ailleurs), on a vraiment l'impression de vivre les derniers instants de Curtis, et non pas d'en voir une adaptation. L'effet est saisissant, assez malsain parfois, amplifié par la musique pas follement gaie du groupe (Shadowplay, Decades, Love Will Tear Us Apart, Disorder, j'en passe...). Un grand film !