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SPOILERS...

Cet article aborde les deux films.

Marcel Pagnol était un immense écrivain, de romans et de pièces de théâtre. Un très très bon réalisateur, aussi, qui avait fait, en 1952, avec sa femme Jacqueline dans le rôle-titre, Manon Des Sources (un film qui anticipe un diptyque de roman s'appellant L'Eau Des Collines). Ces deux romans datent de 1963, ce qui signifie naturellement que c'est le film qui leur a servi de base. En 1986, Claude Berri adapte, en deux films, ce diptyque. Deux films sortis à peu près en même temps, et qui obtiendront un succès fabuleux : Jean De Florette et Manon Des Sources.

1) JEAN DE FLORETTE

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Ce premier film, sorti en fin août 1986, est interprété par Gérard Depardieu, Yves Montand, Daniel Auteuil, Elisabeth Depardieu, Margarita Lozano et, dans le rôle de Manon jeune enfant, Ernestine Mazurowna. Adapté du premier tome de L'Eau Des Collines, qui porte le même nom que le film, le film est doté d'un scénario de Claude Berri et Gérard Brach, et bénéficie d'une musique inoubliable de Jean-Claude Petit. La photographie de Bruno Nuytten (un spécialiste en la matière) rend totalement justice à la beauté des paysages de la Provence, lieu unique de l'action de ce diptyque, comme on s'en doute.

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L'action commence dans les années 20, en Provence, dans un petit village perdu en pleine garrigue. Ugolin (Daniel Auteuil, fantastique), un homme du cru, un peu niais, a un rêve : cultiver des oeillets et gagner énormément d'argent en le vendant. Son oncle, César Soubeyran (Yves Montand, impérial), surnommé, par tous, le Papet, un patriarche célibataire, est prêt à tout pour que son neveu adoré réussise, se marie, gagne sa vie, fasse passer le nom de Soubeyran à la postérité et le fasse prospérer, car Ugolin est le dernier du nom. Mais pour qu'Ugolin puisse faire pousser ses oeillets, il faut une source à proximité du champ de cultivation, condition sine qua non.

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Pour le Papet et Ugolin, la ferme des Romarins, située non loin, et qui possèderait une source inexploitée, conviendrait parfaitement, mais l'héritier de la ferme, dont le propriétaire précédent vient de décéder par accident (enfin, accident...quand on dit que le Papet est prêt à tout, ça veut tout dire : le propriétaire est tombé d'un arbre, à moitié poussé par le Papet, un accident, mais quand même), arrive. Cet héritier, bossu, s'appelle Jean Cadoret (Gérard Depardieu), il arrive avec sa femme Aimée (Elisabeth Depardieu, qui était la femme de Depardieu à l'époque) et leur fille manon (Ernestine Mazurowna). Il vient de la ville. Pour les gens du coin, autrement dit, il ne connaît rien à la vie campagnarde.

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L'ambition de Jean, qui se fera surnommer Jean de Florette, est de gagner sa vie en cultivant la terre, de devenir un paysan cultivateur comme le sont les gens du coin. Le Papet, qui se moque des efforts de Jean, pousse Ugolin à devenir ami avec lui, afin de le mettre en confiance, et de tout faire pour faire échouer Jean (et le pousser à partir, et, ainsi, récupérer la ferme des Romarins pour son profit personnel). Afin de récupérer la source miraculeuse pour les oeillets. Ils seront prêts à toutes les ignominies...

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Les acteurs sont excellents, à commencer par Daniel Auteuil, dont Ugolin fut le premier rôle sérieux et dramatique (il obtiendra le César du meilleur acteur, ô combien mérité, d'ailleurs), et Yves Montand, qui respire totalement la Provence dans le rôle du cynique et détestable Papet. Depardieu est excellent dans le rôle du bossu Jean Cadoret, il est même touchant, et les brimades et le mépris dont il est victime, de la part du Papet, d'Ugolin et des habitants un peu ostracistes (il n'est pas de chez eux, donc, il ne sera jamais de chez eux), le rend encore plus attachant et touchant. Magnificence de la musique et des décors, scénario imparable font de ce premier volet une totale réussite. La suite ? Sautez une ligne !

2) MANON DES SOURCES

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Sorti en novembre 1986, ce deuxième et dernier volet de L'Eau Des Collines est toujours réalisé par le regretté Claude Berri, et interprété par Yves Montand et Daniel Auteuil. On y trouve aussi, dans le rôle-titre, Emmanuelle Béart, dont ce sera le premier grand rôle (après des petits rôles sans prétention), Hippolyte Girardot, Elisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Ticky Holgado et Yvonne Gamy. Toujours mis en musique par Jean-Claude Petit et mis en images par Bruno Nuytten, le film possède un scénario adapté remarquable signé par, on ne change pas une équipe qui gagne, Berri et Gérard Brach. Emmanuelle Béart obtiendra le César de la meilleure actrice en second rôle, et le César du meilleur acteur d'Auteuil concerne les deux films.

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Ugolin prospère sur la terre ayant appartenu à Jean de Florette, décédé brutalement dans un accident de dynamite qui a bien arrangé les choses. Grâce à la source, il peut cultiver ses oeillets et les vendre, au grand plaisir de son oncle le Papet, qui l'a tant aidé à s'en sortir. Mais les deux hommes, qui avaient bouché les source de Jean pour le faire partir, avaient été surpris par Manon, enfant (ils ne savent pas qu'elle les a vus), après la mort de son père. Elle les a vus en train de déboucher la source, après la mort de Jean Cadoret, afin d'en profiter enfin. Manon, bien qu'enfant, en pleurera de rage. Bien des années plus tard, elle vit dans les collines (Emmanuelle Béart, à partir de ce moment), et est devenue bergère, à moitié sauvageonne. Ugolin la verra même se baigner, nue, et en tombera raide dingue amoureux.

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Mais Manon, connaissant le rôle criminel d'Ugolin (et du Papet, qui désire plus que tout qu'Ugolin se marie, pour faire perdurer le nom de Soubeyran dont il est le dernier en date et vivant), se refuse à lui. De toute façon, Manon aime Bernard Olivier (Hippolyte Girardot), le jeune instituteur du village, qui l'aime aussi. Un jour, elle surprend une conversation entre deux villageois, et apprend que tout le monde savait, au village, pour la source, et que personne n'avait révélé son existence à son père, afin de le faire partir plus vite. Folle de vengeance, elle va alors boucher toutes les sources d'eau potable alimentant le village. Le village commence à penser à une malédiction du défunt Jean, et accusent rapidement Ugolin et le Papet d'être la cause de leurs malheurs avec leurs manigances pour récupérer la ferme des Romarins...

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Manon Des Sources est un deuxième volet tout aussi réussi (et même plus réussi encore, en fait !) que Jean De Florette. Daniel Auteuil et Yves Montand sont tout aussi grandioses ici que dans le premier film (naturellement, Berri a tourné les deux dans la foulée), et Emmanuelle Béart tient ici un de ses plus grands rôles, elle est resplendissante dans le rôle de la jeune bergère Manon, avide de vengeance. Les autres acteurs sont également très bons, y compris les rôles très secondaires. Dans l'ensemble, ce diptyque adapte à merveille les deux romans de Pagnol, qui avaient été faits en prolongement du film Manon Des Sources de 1952 (un film en deux parties, assez long et franchement magnifique).

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Bref, Jean De Florette et Manon Des Sources sont deux drames intenses, remarquablement interprétés et écrits, sobrement réalisés, qui font indéniablement partie des meilleurs films de Claude Berri, et même des meilleurs films français de ces 30 dernières années. De vrais petits chef d'oeuvres qui fleurent bon la Provence et offrent une histoire aussi tragique que sinistre. A voir absolument, et à revoir !