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SPOILERS !

En 1990, Yves Robert réalise deux films, adaptation des deux premiers volets de la fameuse série des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol : La Gloire De Mon Père et Le Château De Ma Mère (les deux volets restants, Le Temps Des Secrets et Le Temps Des Amours, ce dernier sorti posthume après la mort de Pagnol, n'ont pas été adaptés au cinéma, mais l'ont été en TVfilm). Ces deux films, tournés simultanément, sont sortis en quelques semaines de temps, en 1990, et sont totalement indissociables. Ils sont, bien entendu, d'un niveau égal (et très réussis tous deux), et interprétés par les mêmes acteurs, à savoir Philippe Caubère, Nathalie Roussel, Didier Pain, Thérèse Liotard, Julien Ciamaca, Paul Crauchet, Joris Molinas, Victorien Delamare et Pierre Maguelon. Avec Jean-Pierre Darras dans le rôle du narrateur, à savoir, Pagnol lui-même.

LA GLOIRE DE MON PERE

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La Gloire De Mon Père, premier des deux films, est le plus drôle des deux volets. Egalement interprété, dans de petits rôles, par Michel Modo et Jean Rougerie, ce film met en effet la part belle à la tendresse et aux moments les plus légers du diptyque (pour les passages plus graves ou solennels, voir le second film). L'action se passe en 1900, année de naissance de Marcel Pagnol, à Aubagne, petit village provençal où son père, Joseph (Philipp Caubère, remarquable), est instituteur. La mère de Marcel est Augustine (Nathalie Roussel). On y découvre la petite enfance de Marcel, qui, dès ses cinq ans, apprend déjà à lire, et lit même de trop selon sa mère, qui a peur qu'il ne devienne trop intelligent et ne se rende malade.

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Marcel (dès qu'il a la douzaine d'années, il est joué par Julien Ciamaca) a par la suite un petit frère, Paul (Victorien Delamare), et fait la connaissance du mari de sa tante Rose (Thérèse Liotard), soeur de sa mère : Jules (Didier Pain), un homme roublard, sympathique et bourru en même temps, dont l'accent du midi est tel qu'il lui fait rouler les r comme des tonneaux sur le sol. Pour les vacances, Joseph, Augustine, Jules et Rose louent une petite maison, un mas, dans la garrigue et les collines de Provence, et toute la famille vient y passer les vacances d'été. Marcel et Paul y découvrent la vie dans la garrigue, entre cigales, romarin, lavande, soleil, roches...Marcel fait la connaissance de Lili des Bellons (Joris Molinas), un garçon de son âge, vivant dans le coin, avec qui il devient ami, et qui lui apprend comme faire des pièges, comment ne pas se perdre...

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Pendant ce temps, son père et Jules font la chasse, et un jour, malgré leur désaccord (disons plutôt qu'ils veulent bien qu'il vienne, mais se débrouillent pour partir sans le lui dire), Marcel demande à son père et son oncle de partir à la chasse avec eux. Il finit par les retrouver, et voit, d'en haut d'un mont, son père tuer, d'un coup de fusil, deux bartavelles (sublimes oiseaux, rares), de belle taille. Pour Marcel, qui désespérait de voir son père se démarquer de Jules, c'est un coup d'éclat héroïque, et Joseph Pagnol devient rapidement une célébrité dans le village. Pour Marcel, c'est vraiment le jour de gloire de son père !

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Les acteurs sont excellents (mention spéciale à Caubère, Pain et au jeune Julien Ciamaca, qui jouera dans les deux volets avant de cesser définitivement le cinéma, et c'étaient ses premiers films), la réalisation de Robert est sobre et élagante, elle met vraiment en valeur les paysages sublimes et naturels de la Provence. Bande-son (de Vladimir Cosma) qui, elle aussi, est parfaite, et rien que le fait d'entendre les cigales et de voir la garrigue donne furieusement envie de partir s'installer là-bas. Remarquable et fidèle adaptation du premier tome des Souvenirs d'enfance de Pagnol, La Gloire De Mon Père est une comédie touchante à voir en famille. La suite, sortie quelques semaines après, sera un peu plus grave, et tout aussi réussie.

LE CHATEAU DE MA MERE

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Toujours réalisé par Yves Robert, Le Château De Ma Mère est donc le deuxième volet de l'adaptation des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol. J'ai dit plus haut que les deux autres volets n'avaient pas été adaptés (sauf en TVfilm), mais en fait, une partie de ce deuxième et dernier volet cinématographique adapte Le Temps Des Secrets (tome 3) : toute la partie concernant la relation platonique entre Marcel et Isabelle, jeune fille de son âge dont il est tombé amoureux transi. Le film est toujours narré par Jean-Pierre Darras, et on y trouve les mêmes acteurs. Avec, en plus, Georges Wilson, Jean Rochefort, Jean Carmet, Philippe Uchan, Patrick Préjean et Ticky Holgado. Musique de Vladimir Cosma, différente, mais tout aussi belle que pour le premier volet. Elle est, en revanche, plus lancinante et mélancolique, comme ce film en général, nettement moins léger que La Gloire De Mon Père.

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Marcel entre au lycée (à l'époque, le lycée incluait aussi le collège), et les responsabilités commencent donc vraiment, il joue son avenir. Il n'a cependant qu'une hâte : que les vacances d'été arrivent, pour qu'il retrouve ses cigales, ses collines, ses garrigues (car il estime cet endroit comme vraiment le sien, tant il en est amoureux). C'est alors que ses parents ont une idée de génie : passer aussi les vacances d'hiver là-bas.

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A leur arrivée à mi-chemin, Marcel et ses parents (son oncle Jules et sa tante Rose utilisent une voiture personnelle, tandis que Marcel, son petit frère et ses parents, eux, prennent une charrette, puis leurs jambes) retrouvent un ancien élève de Joseph, Bouzigue (Philippe Uchan), qui est devenu garde du canal. Ce dernier, pour leur faciliter la vie en apprenant le chemin qu'ils se tapent à pied (et qui est aussi long que fatigant, surtout pour une femme et des enfants, et sous le soleil), leur offre une clé qui ouvre les portails des chemins du canal, à travers des domaines de châtelains.

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Joseph refuse dans un premier temps, mais Bouzigue insiste, et leur fait même le chemin, afin qu'ils puissent constater qu'en passant à travers les domaines et le canal, le chemin à parcourir est largement plus court. Le chemin se passe sans anicroches, ce qui pousse, au final, Joseph à accepter la clé, tout en annonçant à sa famille qu'ils ne passeront pas toujours par là (car les domaines sont privés, ils n'ont pas le droit de les traverser). Un jour, alors qu'ils passent via un domaine (un beau château), ils font la connaissance du châtelain (Georges Wilson), qui ne les engueule pas (mais Joseph se sent très gêné), et, au contraire, offre des roses à Augustine et les permet de passer par la par la suite, aussi souvent qu'ils en ont envie.

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Pendant ses vacances, Marcel retrouve son ami Lili des Bellons, et fait la connaissance d'Isabelle (Julie Timmerman), fille d'un hobereau et poète un peu raté et fantaisiste, Loïs de Montmajour (Jean Rochefort), qui a une belle maison dans les collines. Isabelle, qui se la joue très snob (alors qu'en fait, ses parents sont des parvenus), va avilir Marcel, tombé raide dingue d'elle, et elle va jouer là-dessus en en faisant son chevalier servant, une expérience bien amère pour le jeune garçon, et qui risquera de couper certains ponts avec ses amis (Lili le voit moins, constatant que Marcel est devenu bien con, par amour pour elle). Mais ce ne sera qu'une passade, et la vie reprend son cours, pas toujours très joyeuse...

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Le Château De Ma Mère, assez mélancolique, est une comédie dramatique là où le premier volet n'était qu'une comédie aux accents lyriques (la magie de la Provence faisant tout). Acteurs remarquables, à commencer par Caubère, Pain, le jeune Ciamaca encore une fois, mais aussi Jean Carmet, inquiétant en gardien buté et alcoolo, et Jean Rochefort, amusant et pathétique en même temps dans le rôle du parvenu qui se la joue grand seigneur poète amateur d'absinthe.

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Probablement le plus beau des deux volets, ce film, qui s'achève sur une note bien triste (on assiste à la mort de la mère de Marcel, on apprend que, pendant la première guerre mondiale qui éclatera peu après, son ami Lili périra au front) met la part belle aux émotions. On rit, parfois, mais le plus souvent, l'ambiance est grave, mûre, adulte. Dans l'ensemble, ces deux films sont absolument magnifiques, interprétés par de grands acteurs, très bien écrits et réalisés, et on ne s'en lasse pas !