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SPOILERS...

Encore une fois, ce blog est totalement dans l'actualité, car ce film vient tout juste (20 octobre dernier) de sortir. Les Petits Mouchoirs est le troisième film de Guillaume Canet, qui a aussi signé à lui tout seul le scénario, et n'apparaît pas dans le film (il devait, à la base, jouer le rôle tenu par Laurent Lafitte, ceci dit). Le film est interprété par François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, Valérie Bonneton, Pascale Arbillot, Joël Dupuch, Anne Marivin, Louise Monot, Hocine Merabet, Maxim Nucci et, dans de tout petits rôles, Mathieu Chédid, Edouard Montoute et Bixente Lizarazu (très très infime rôle, pour Lizarazu). Sans oublier Jean Dujardin, of course !

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Les Petits Mouchoirs, c'est un film de potes, faits par une bande de potes (Canet les connaît tous depuis plusieurs années, certains même depuis un sacré long bail : Dujardin et lui étaient en CE1 ensemble !), et parlant d'une bande de potes. Un film que Canet estime comme son plus important à ce jour (et il a raison), comme le film qui, même s'il fera par la suite plusieurs films, restera son plus important. En gros, le réalisateur, qui nous avait déjà bluffés en 2006 avec le multi-césarisé Ne Le Dis A Personne (le meilleur thriller français, probablement), est on ne peut plus fier de son film, et croyez-moi, il a de très bonnes raisons de l'être ! Le film est à la fois drôle et triste. Une vraie comédie dramatique, donc. Quand il est drôle, il est hilarant ; quand il est triste, il est vraiment au point de vous faire piquer les yeux (ou de vous faire chialer, tout dépend de votre sensibilité). En tout cas, il ne force jamais le trait, ni dans un sens, ni dans l'autre.

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L'histoire ? OK. Au petit matin, à la sortie d'un night-club, à Paris, Ludo (Jean Dujardin), complètement rétamé à la drogue, se fracasse, en scooter, contre un camion. Direct l'hôpital, dans un état grave, défiguré, dans le coaltar, et ses ami(e)s de toujours qui viennent le voir. Il y à Max (François Cluzet), qui tient un restaurant, et sa femme Véronique (Valérie Bonneton, femme de Cluzet dans la vie aussi) ; il y à Marie (Marion Cotillard), jeune ethnologue paumée, bisexuelle ; il y à Eric (Gilles Lellouche), dragueur impénitent et compagnon de beuveries ; sa fiancée Léa (Louise Monot) ; il y à Vincent (Benôit Magimel), kinésithérapeuthe, et sa femme Isabelle (Pascal Arbillot) ; et il y à Antoine (Laurent Lafitte), qui désespère de ne pas revoir son ex, Juliette (Anne Marivin), qui l'a plaqué.

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Tous sont sous le choc en voyant Ludo dans cet état. Tous devaient, comme chaque année, partir en vacances, ensemble, vers Arcachon et Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans la maison de Max et Véro. Sachant pertinemment qu'ils ne peuvent rien faire à Paris (Ludo est en soins intensifs, pas de visites, et dans un état de coaltar total, dans le flou), ils décident, quand même, de partir, quitte à partir moins longtemps (seulement deux semaines au lieu d'un mois). Avant le départ, Vincent, un soir, fait une révélation difficile à Max : il est tombé, en quelque sorte, amoureux de lui, tout en sachant pertinemment qu'il n'est pas devenu gay. Il ne sait pas pourquoi, mais Max l'attire. Max, évidemment, prend plutôt mal cet aveu qui rend Vincent un peu honteux et vraiment gêné.

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Tous arrivent ensuite sur le lieu des vacances, où ils retrouvent Jean-Louis (Joël Dubuch), cultivateur d'huîtres et ami d'enfance de Max, un peu leur point de repère sur place. Ils retrouvent aussi Nassim (Hocine Mérabet), fana de sport, qui les emmène faire de longs joggings. Malgré la culpabilité de se retrouver tous là alors que Ludo est à l'hosto, dans un état assez grave, le petit groupe tente de savourer. Mais il y à des contrariétés, certaines assez tendues (Antoine, dont ils fêtent l'anniversaire à cette période, les fait tous chier avec ses SMS à envoyer à Juliette ; la pensée de Ludo les tanne, les rend moroses), d'autres franchement drôles (Max, stressé à mort, ne cesse de pourchasser des fouines qui ont élu domicile dans les fondations ; il n'arrête pas, non plus, de voir dans le moindre regard ou geste de Vincent des allusions gênantes à son aveu d'avant le départ, et il ne lui parle plus à cause de ça)...

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Ce film est franchement grandiose. Hilarant, avec des dialogues souvent bien foutus (Si tu vas dire bonsoir aux enfants, prends un Lexomil avant d'y aller), ses gags tordants (l'allusion à Shining quand Cluzet fracasse la salle de bains à la recherche de fouines ; Cluzet et Magimel coincés sur le bateau pris dans la vase), le film sait aussi être grave, voire même déchirant : le monologue de Dubuch, qui dit ses quatre vérités au groupe, est remarquable, et la fin est totalement à vous retourner les tripes. Sans parler de ce passage où Lellouche, assez bravache et dingo dans le reste du film, se déchire à hurler son amour pour Louise Monot et sa détresse affective, de nuit, devant son appartement au-dessus d'un café, comme un homme blessé, en larmes.

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Voici un film destiné à devenir culte, un film qui, malgré sa longueur étonnante pour un film de ce genre (2h30), n'est jamais ennuyeux. Mieux, on n'a pas envie que le film s'arrête ! Les Petits Mouchoirs est sobrement réalisé, rempli de grands moments, et interprété à la perfection. Quatre acteurs, surtout, portent vraiment le film : Cluzet, Lellouche, Magimel et Cotillard. Le premier est hilarant, le deuxième et le troisième sont touchants, la dernière, fragile et forte en même temps. Les autres acteurs assurent, mais ces quatre-là sont vraiment les porteurs du film. Quant à Dujardin, il est peu présent à l'écran, mais sa présence est dans tout le film (Canet a d'ailleurs choisi cet acteur devenu très populaire pour rendre le personnage de Ludo attachant, qu'on ait envie de s'intéresser encore plus à lui, qu'on n'oublie pas l'existence de l'ami hospitalisé en regardant les autres à Arcachon). Drôle et tragique en même temps, ce film est un triomphe, tout simplement !