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Sorti en août 2009, présenté avant ça au dernier Festival de Cannes (dans une version un peu différente de celle sortie en salles par la suite), Inglourious Basterds est à ce jour le dernier film de Quentin Tarantino. Longtemps attendu des fans (Tarantino parlait déjà de ce projet de film au moment de sortir les Kill Bill, et il a commencé à l'écrire pendant Pulp Fiction), le film est un mélange totalement fracassant entre film de guerre et comédie, interprété par un casting purement de folie : Brad Pitt, dans son premier Tarantino, Eli Roth, Chtistoph Waltz, Mélanie Laurent, Daniel Brühl, Michael Fassbender, Diane Kruger, Til Sweiger, Mike Myers, Julie Dreyfus, Jacky Ido, Rod Taylor, Denis Ménochet, Bo Svenson, Enzo G. Castellari (réalisateur italien de nanars, Tarantino a avoué se baser en partie sur un de ses films, dont le titre d'exploitation est le même que le sien), Cloris Leachman et Samuel L. Jackson à la voix-off, en VOST...

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Tarantino, au départ, comptait faire un remake de 12 Salopards de Robert Aldrich, mais au final, Inglourious Basterds n'a rien à voir avec ce film. C'est, en revanche, un remake léger d'un nanar italien de Castellari, The Inglorious Bastards (titre d'exploitation internationale du nanar), alias, en France, Une Poignée De Salopards, datant de 1978. Tarantino a fait jouer Castellari dans le film, dans un rôle de général nazi, un rôle court. Tarantino a aussi changé l'orthographe du titre de son film pour éviter l'amalgame : ainsi, on a deux 'o' dans Inglourious, et un 'e' à la place d'un second 'a' dans Basterds. Ces fautes sont donc volontaires, et accentuent le coté iconoclaste du film. Car le film est certes rempli d'action et de violence graphique (attention, parfois, c'est gore), il n'en demeure pas moins proche d'un cartoon de Tex Avery en ce qui concerne l'humour, l'ambiance débridée. Une comédie de guerre. Et c'est foutrement réussi sur les deux tableaux !

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L'histoire est, comme toujours chez QT, scindée en plusieurs parties. En fait, deux histoires, ici, se chevauchent, et les protagonistes de ces deux histoires ne se rencontrent pour ainsi dire jamais (aucune scène entre Mélanie Laurent et Brad Pitt, par exemple). Je vais raconter le film par le biais de ces deux histoires, l'une après l'autre, ça sera plus simple. Tout d'abord, le début du film se passe dans une ferme normande, pendant l'Occupation. Un fermier, Lapadite (Denis Ménochet), et ses filles, qui cache des Juifs sous le plancher de sa maison, reçoit la visite d'un colonel SS, Hans Landa (Christoph Waltz), surnommé le "Chasseur de Juifs" en raison de son implacable tempérament. Landa, d'un air faussement affable, discute avec Lapadite, et finit par découvrir que des Juifs se planquent sous le plancher. Il les fait abattre par ses hommes, mais une jeune femme, Shosanna (Mélanie Laurent) parvient à s'enfuir, et il la voit partir au loin, se disant qu'il la retrouvera bien un jour...

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Shosanna gagne Paris, où elle devient gérante d'une salle de cinéma (la manière dont elle devient gérante n'est pas montrée, juste rapidement évoquée ; traduction : c'est du cinéma, faut pas chercher à comprendre les petits détails sans importance), qui emploie un jeune homme Noir, Marcel (Jacky Ido), comme projectionniste. Elle rencontre, un jour, un jeune soldat allemand, Frederick Zoller (Daniel Brühl), grand amateur de cinéma, et ayant tourné dans un film de propagande mettant en scène ses vrais exploits de guerre (il a abattu plus de 300 soldats ennemis à lui tout seul, alors qu'il s'était retranché en haut d'un clocher en Italie), orchestré par Joseph Goebbels, le chef de la propagande nazie. Zoller se prend de sympathie pour Shosanna (alors sous une fausse identité) et de fil en aiguille, il attire l'attention de Goebbels sur le cinéma qu'elle gère, afin que Goebbels y organise l'avant-première du film de propagande (La Fierté De La Nation), ce qu'il finit par faire.

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Shosanna, qui a reconnu parmi les officiels chargés de vérifier la sécurité du cinéma un certain colonel Landa, est anéantie. Elle décide, avec Marcel, d'organiser un attentat visant à détruire le cinéma pendant l'avant-première (à laquelle assisteront Goebbels, plein de dignitaires nazis, et, surtout, Hitler en personne), afin de se venger de ce que les SS ont fait subir à sa famille, et afin de venger les Juifs des nazis. Le procédé de l'attentat ? Foutre le feu à des bobines de films, hautement inflammables...

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Pendant ce temps  (on passe à la second histoire), un commando de soldats américains de religion juive est organisé, dirigé par le lieutenant Aldo "The Apache" Raine (Brad Pitt). Ce commando, qui contient entre autres le sergent Donny "L'Ours Juif" Donowitz (Eli Roth) et un soldat allemand totalement psychopathe ayant tourné casaque vers les Alliés, Hugo Stiglitz (Til Schweiger), est chargé de tuer le maximum de soldats allemands et de nazis. Parachuté en France, le commando, auto-proclamé les Bâtards (Basterds), va semer la terreur parmi les nazis. Chacun des Bâtards doit, aussi, scalper chacune de leurs victimes, car dans leur contrat, il est stipulé qu'ils soivent chacun remettre 100 scalps au lieutenant Raine, qui participe aussi à la mission...

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De fil en aiguille, les Bâtards vont faire équipe avec l'actrice allemande Bridget von Hammersmark (Diane Kruger), agent double acquise aux Alliés. Bridget va les mettre sur un coup fumant : une avant-première de film de propagande, à laquelle Hitler, Goebbels et plein de nazis important vont assister, doit avoir lieu bientôt dans un petit cinéma parisien. L'occasion rêvée de tuer tout ce beau monde d'un coup... Inglourious Basterds est, vous le voyez, un film difficile à raconter d'une manière linéaire, même en abordant les deux histoires séparément. La fin du film est totalement jubilatoire (Hitler, Goebbels, j'en passe, se font tuer par balles par certains Bâtards embusqués dans le cinéma, grand moment de violence cartoonesque et gore). Tarantino réécrit l'Histoire, ici, en faisant se finir la guerre bien avant sa fin véritable, et de la manière la plus brutale qui soit : en assassinant les nazis, et Hitler, dans un attentat, par une bande de soldats américains allumés (dont la quasi totalité périssent aussi dans le film).

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Si le personnage de Shosanna est superbe, il est aussi un peu secondaire à coté des Bâtards, qui n'apparaissent pourtant pas souvent à l'écran (en tout et pour tout, 25 minutes d'apparition des Bâtards, sur les 2h25 du film). Chacune des scènes avec les Bâtards est immense, ceci dit. Dialogues ciselés (On est comme qui dirait dans l'extermination de nazis, et c'est un secteur qui connaît un vrai boom, en ce moment), interprétation jubilatoire (Mélanie Laurent, Brad Pitt, Eli Roth, Christoph Waltz - ce dernier, terrifiant en colonel SS, mérite vraiment son Prix d'interprétation cannois), réalisation parfaite, multiples références cinéphiliques et culturelles, total sens de la dérision et du comique, action et suspense non négligés...seul un passage est un peu lourd : quand Bridget et certains Bâtards, déguisés en Allemands, discutent, avec un vrai Allemand, dans une taverne. Une scène dialoguée pas mal, mais trop longue. De même, la fin du personnage de Shosanna (qui se fait tuer par Zoller, qu'elle tue aussi, avant même d'avoir pu mettre son plan à exécution), laisse un petit goût de cendres : elle ne pourra pas venger sa famille elle-même. De plus, Landa, à la fin, survit (mais en sortira-t-il indemne ? Ah ah !), ce qui accentue le coté 'gâchis' de l'histoire de Shosanna : son bourreau lui survit. Mais ce petit reproche à faire au film n'est rien à coté du plaisir total qu'on a à le regarder.

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Inglourious Basterds commence comme un western spaghetti (scène d'intro, dans la ferme normande), se poursuit comme un film de guerre, avec des accès de violence gore qui le font passer dans le registre de la comédie (violence cartoonesque : la première scène gore avec Eli Roth, réalisateur de Hostel, et réalisateur aussi du petit film de propagande vu dans le film de Tarantino, au passage). C'est un chef d'oeuvre purement jubilatoire, qui démonte un à un les carcans du film de guerre, et rend aussi, et surtout, un vibrant hommage au cinéma, d'une manière générale. Car tout ramène au cinéma, ici : le lieu de l'action finale, la fonction qu'occupe Shosanna une fois à Paris, la profession de l'agent double Bridget von Hammersmark, et le fait que c'est au cours d'une avant-première que tout se joue à la fin (le sort de la guerre). Tarantino s'est fait plaisir (Cat People (Putting Out Fire) de David Bowie, pendant une scène de maquillage de Shosanna : ça ne devrait pas fonctionner, et pourtant, si), et nous fait plaisir. Un de ses plus grands films, derrière les Kill Bill, et devant Pulp Fiction (selon moi). Et la dernière réplique du film, dite par Brad Pitt, et reproduite en titre d'article ici, est par ailleurs aussi osée que justifiée (même si, dans le film, elle fait allusion à tout autre chose).