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Sorti récemment (fin août 2009), Un Prophète est un putain de monument. Oui, je ne vois vraiment pas comment définir autrement ce film de Jacques Audiard (fils de Michel, qui peut vraiment être fier, de là où il est maintenant, de son fils), son dernier à ce jour, son sommet absolu. Jacques Audiard s'améliore de film en film : Sur Mes Lèvres était superbe, De Battre Mon Coeur S'Est Arrêté est magnifique...et Un Prophète. Interprété par Tahar Rahim (premier rôle, un choc, une révélation) et Niels Arestrup (immense), le film s'impose directement comme un des plus grands films carcéraux jamais faits, à mettre en concurrence directe avec Le Trou de Jean Becker (jusque là, le seul film carcéral français vraiment excellent) et tous ces films anglophones comme Les Evadés, L'Evadé D'Alcatraz, Le Prisonnier D'Alcatraz, Brubaker, Luke La Main Froide...

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Le film a été tourné dans une prison en dur, mais construite spécialement pour le film. Un décor hautement réaliste (des vues extérieures de certaines vraies prisons ont été cependant ajoutés), qui pourrait vraiment servir de prison tant il est solide et crédible. Le film est interprété, outre par Rahim et Arestrup, par des acteurs aussi excellents que peu connus (Adel Bencherif, Gilles Cohen, Antoine Basler, Reda Kateb...). D'une durée de 150 minutes, une durée inhabituelle pour une production française (mais jamais l'ennui ne s'installe), Un Prophète a obtenu le Grand Prix du Jury au dernier festival de Cannes, at aurait vraiment du obtenir la Palme d'Or.

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Malik El Djebena (Tahar Rahim) est un jeune délinquant quasiment analphabète, condamné à 6 ans de prison (on ignore son crime, sans doute une agression armée contre un flic, agression n'ayant cependant pas entraîné la mort, car sa peine aurait été nettement plus lourde). Dès son entrée, Malik est pris à partie par un clan de détenus, d'origine corse, des mafieux dirigés par un certain César Luciani (Niels Arestrup). Luciani impose plus ou moins à Malik d'assassiner un certain Reyeb, un détenu pouvant impliquer Luciani dans diverses emmerdes judiciaires. Malik, contraint d'accepter en échange d'une protection de la part de Luciani, assassine donc Reyeb, un soir, dans sa cellule, après plusieurs contacts avec lui pour l'amadouer.

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Malik, après ce meurtre sauvage et 'effacé' (des liens entre Luciani et certains matons font que le meurtre est impuni (Malik, cependant, ne cessera de voir lui apparaître le fantôme de Reyeb, comme une séquelle de cette expérience traumatisante), Luciani est une sorte de patron officieux pour la taule), devient le protégé, mais aussi et surtout le larbin de Luciani. Au contact de Luciani, Malik apprend à parler le patois corse, il apprend à écouter, à se taire, et chacune de ses permissions est consacrée à rendre des services à Luciani (servir d'intermédiaire avec un autre chef de clan, aller chercher de la marchandise...). Malik va aussi, de son coté, lancer une affaire de trafic de came et monter, avec l'aide d'un gitan (Reda Kateb) et de quelques amis maghrébins comme lui, un réseau d'influence. Malik, considéré comme Arabe par les Corses, et comme Corse par les Arabes, se retrouve le cul entre deux chaises...

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Choc absolu, le film est porté à bout de bras par ce duo d'acteurs immense, Tahar Rahim et Niels Arestrup. Le premier s'impose directement comme un grand acteur français dès ce premier vrai rôle. Il crêve littéralement l'écran. Niels Arestrup, lui, est impressionnant (et même terrifiant par moments) en parrain corse influent et tyrannique, père spirituel de Malik, qui vit un vrai parcours initiatique en prison et en sortira (s'il en sort...j'ai vu le film, mais si vous ne l'avez pas vu, je ne révèlerai pas la fin, donc je laisse le doute) totalement changé.

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Un Prophète contient des scènes d'une dureté impressionnantes : le meurtre de Reyeb, graphiquement insoutenable (grosses giclées de sang), ou une tuerie dans une voiture. Réaliste, émouvant et dur, tendu au possible, le film semble avoir été tourné dans une vraie prison, avec de vrais taulards (de fait, certains figurants sont d'anciens taulards). Incroyablement puissant, il se passe en quasi-totalité en prison, et une puissante sentation d'insécurité, de claustrophobie, d'oppression surgit à chaque scène se passant en-dehors de la prison. Histoire de dire que Malik n'est en sécurité que dans cet univers clos, glauque et dangereux. Un Prophète est un vrai monument.