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SPOILERS…

Jean-Luc Godard, cinéaste helvète, parangon d’un cinéma intelligent (intello, plutôt), réalisa, en 1963, ce film, sans doute son meilleur absolu, j’ai nommé Le Mépris (à prononcer avec une extrême lassitude dans la voix, comme Godard dans le générique). Je dis ‘le meilleur absolu de Godard’, mais en même temps, à part trois ou quatre films (Pierrot Le Fou, Week-End, Le Mépris, La Chinoise et éventuellement A Bout De Souffle) je ne suis pas du tout du tout fan de Godard. Je trouve, à ces exceptions citées près, son cinéma chiant comme la pluie de novembre (Axl Rose dixit). Le Mépris, qui offre le mérite d’être le seul film encore regardable de Brigitte ‘j’aime les phoques’ Bardot, est aussi interprété par Michel Piccoli, Jack Palance et Fritz Lang, excusez du peu. Certes, le film est redoutablement intello, mais il est, en partie grace à la musique magnifique de Georges Delerue, un vrai, un authentique monument du cinéma. Et pas seulement français. Et toc.

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J’ai parlé du générique. Il est cultissime, même si on ne peut plus le regarder sans rigoler un bon coup devant l’énormité du truc. Imaginez une rue déserte, et la voix-off de Godard, lancinante, lente, limite emmerdée, disant Le Mépris... Un film de Jean-Luc Godaâârd…Avec Brigitte Bâârdot…Michel Piccoli…Fritz Lââng…Jack Palââânce…Tout le générique est vocal, François Truffaut fera de même en 1966 avec son adaptation de Fahrenheit 451.

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Le film parle d’un couple (Paul, le mari, Piccoli, bosse dans le cinéma – le cinémââ, comme dirait Godard – et la femme, Bardot, passe son temps à se regarder dans une glace et à demander à son homme Et mes seins, tu les aimes, mes seins ? Et mes pieds ? Et les jambes ?), en pleine crise sentimentale, conjuguale. En effet, Camille (Bardot) se fait draguer par un producteur, Jeremy Prokosch (Jack Palance, apparemment obsédé par la nudité féminine, au vu des regards qu’il lance de temps à autre). Prokosch veut produire un film de Fritz Lang (joué par lui-même), sur le thème de L’Odyssée d’Homère (pas Simpson, l’autre). C’est Paul qui serait chargé d’écrire le script. Des rushes, filmés, sont d’ailleurs montrés (la scène de visionnage des rushes est une des plus belles et célèbres du film). Prokosch, draguant Camille, va complètement bousculer la vie pépère du petit couple. Très vite, Camille va complètement se mettre à mépriser Paul…

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Vous l’aurez compris, on est ici plutôt éloigné de Transformers ! Très bien réalisé et interprété, adapté d’un roman d’Alberto Moravia, Le Mépris est un chef d’œuvre absolu du cinéma que les plus jeunes n’hésitent pas de qualifier de ‘chiant’. Un vrai film de cinéphiles, un film de Festival de Cannes, un film de ciné-club, un film qui semble avoir été inventé pour être diffusé sur Arte, un film lent, introspectif, à plusieurs niveaux (le film parle de cinéma, tout en étant un film de cinéma, on est donc dans une histoire de film dans le film – prenez une aspirine, ça va passer)…

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Oui, un chef d’œuvre, et je pèse mes mots : 3, 40 kg. Un film indispensable à tout amateur de vrai cinéma. De la musique à la photographie, en passant par les dialogues (le plus culte est reproduit en titre d’article), tout est sublime ici. Et contrairement à ce que les photos peuvent le prouver, non, le film ne se passe pas que dans une salle de bains ! Je n’aime pas Godard ( pardon, Godââârd), mais j’adore Le Mépris. Je ne suis pas le seul dans ce cas, qui est loin d’être désespéré. Il serait désespéré si j’adorerais le film King Lear du même Godard et si je détestais Le Mépris. Ouf, je vais donc bien !