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SPOILERS !

Réalisé en 2004 par un ancien flic devenu acteur et réalisateur (Olivier Marchal), 36 Quai Des Orfèvres est incontestablement un des trois ou quatre meilleurs polars français de ces 30 dernières années, avec L.627 de Tavernier (bientôt sur le blog), La Balance de Bob Swaim et Le Cercle Rouge de Melville (oui, je sais, ça fait plus de 30 ans pour celui-là). Avec son casting imparable (Daniel Auteuil, Gérard Depardieu, André Dussollier, Roschdy Zem, Valéria Golino, Francis Renaud, Mylène Demongeot, Daniel Duval, Olivier Marchal…Vincent Moscato (ex-rugbyman) et Guy Lecluyse (Bienvenue Chez Les Ch’tis) aussi, dans des rôles parfaits et inhabituels de flics), sa réalisation efficace et son scénario qui aligne les grands moments et sans aucune faille, ce film est véritablement un monument.

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Par bien des aspects, on peut penser à des films comme Heat de Michael Mann en regardant ce film (Marchal a avoué avoir été inspiré par Heat, la scène de fusillade elle-même y fait sauvagement penser). Bien sûr, vous me direz, Heat reste THE modèle du genre, et ne peut être surpassé. En effet. Mais 36 (qui devrait, je pense, être remaké aux USA, idée à la fois ridicule et glorifiante pour le film) est une sorte de Heat français, mélangé à La Guerre Des Polices de Robin Davis (en plus réussi, ce qui n’est pas difficile, que La Guerre Des Polices). La réalisation de Marchal fait quand même une grosse partie du succès de ce film. Franchement, avec un tâcheron aux commandes, on aurait pu obtenir de 36 une sorte de version cinéma d’un épisode de Commissaire Moulin ou de Navarro (ou, pire, de Julie Lescault). C’était le risque à courir, les polars urbains français ressemblent un peu tous à des TVfilms ambitieux. Heureusement, pas celui-ci.

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Léo Vrinks (Daniel Auteuil, tout en douleur retenue) et Denis Klein (Gérard Depardieu, sobre et magistral) sont deux commissaires dirigeant chacun un service de la Police Nationale. Vrinks dirige la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention) et Klein dirige la BRB (Brigade de Répression du Banditisme). Le directeur de la Police Nationale, Mancini (André Dussollier, parfait, mais c’est un pléonasme), annonce son départ du poste de ‘Grand Patron’, et annonce aussi qu’il nommera à sa place celui des deux ‘patrons’ qui parviendra le premier à coincer un gang de braqueurs de fourgons, qui sévit depuis plusieurs mois dans les environs de Paris. Mancini, dans une discussion privée avec Vrinks, lui annoncera qu’il préfèrerait largement que son remplaçant soit Vrinks plutôt que Klein.

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Un soir, Vrinks est contacté par Silien (Roschdy Zem), un criminel sorti de prison pour permission, et qui le recontacte pour lui demander de l’aider. Vrinks, bien que réticent, accepte, vu que SIlien lui a promis de lui donner des tuyaux sur le gang des braqueurs en échange. Mais Vrinks se rend compte que le service que Silien lui demande (lui servir de chauffeur pour une nuit) est un piège : Silien abat un homme dans sa voiture, sous les yeux de Vrinks (complice malgré lui), en règlement de comptes… Vrinks, hanté par ce drame auquel il risque fort d’être impliqué, parvient cependant à trouver le gang des braqueurs, et organise une opération. Au cours de cette opération d’attaque contre les braqueurs repérés à laquelle participent la BRI et la BRB, un des hommes (et amis) de Vrinks, Eddy Valence (Daniel Duval), qui allait être mis à la retraite, est abattu par le chef des braqueurs, à cause d’une faute de Klein, qui s’est empressé d’attaquer sans attendre les directives.

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Alors que Vrinks tente de faire tomber Klein pour bavure, il est rattrapé par l’affaire Silien, et envoyé en prison pour complicité de meurtre. Pendant son séjour, Klein devient le patron du 36 (Mancini, atterré, ne peut rien faire). Pendant le séjour en prison de Vrinks (qui durera 7 ans), la femme de Vrinks, Camille (Valeria Golino) est contactée par Silien pour l’aider à faire sortir son mari de taule. Klein, tout-puissant, apprenant que ce contact a été fait, tente d’abattre Silien, mais ce dernier meurt avec Camille dans un accident d’auto provoqué par Klein. Ce dernier a beau avoir des remords, ils ne l’empêcheront pas de prospérer en tant que chef du 36. Jusqu’à la libération de Vrinks, assoiffé de vengeance…

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Ambiance froide (comme l’affiche le montre, la photographie du film est froide, bleutée, glaçée), implacable, pour un thriller urbain qui aligne les bons points, sans faute. Si le début ressemble à un film sur la guerre des polices, la seconde partie du film (dès l’incarcération de Vrinks) est totalement dans la style ‘descente aux enfers’. La scène d’intro du film montre un homme, dans une cellule, pleurer. On revoit cette scène immédiatement après la scène de la mort de Camille : c’est Vrinks, pleurant la mort de sa femme et sa haine contre Klein. Commencer un film par une scène aussi riche en spoilers (même si on reconnaît pas forcément Auteuil au début, on ne voit pas le visage) est assez original et risqué. Olivier Marchal a réussi à surprendre son spectateur dès le début.

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Totalement parfait, donc, de l’interprétation au scénario réaliste. Un des polars les plus réalistes qui soient (la scène d’attaque du fourgon est incroyable), un film poignant, sombre, très dur sans toutefois regorger de violence (il y en à, bien sûr), et qui donne vraiment beaucoup d’espoir dans la production cinématographique hexagonale. Hélas, ce polar de 2004 n’a pas été suivi d’autres merveilles du genre, exception faite du dernier Marchal, MR-73, presque aussi parfait que 36.