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Spoilers...

 

Il existe trois films sur le fameux gros singe King Kong (sans compter une suite épouvantable donnée à un de ces films, et à un film qui, sans être un remake, propose une variation sur le même thème ; je parle de King Kong II et de Kong : Skull Island). Donc en fait, non, il n'existe pas trois films, mais plus que trois films, au moins cinq, sur le sujet. Mais seulement trois films majeurs portant tous le même titre. On a d'abord eu, en 1933, le King Kong de Schoedsack et Cooper, classique absolu du cinéma (et du cinéma fantastique), un film magnifique avec Fay Wray, que j'encourage tout le monde à voir (le film, pas Fay Wray : elle n'est plus trop en état, étant morte il y à 14 ans). Il y à eu, en 2005, le King Kong de Peter Jackson (réalisateur dont je vais reparler bientôt via un "Un Oeil Sur...", au passage), qui situe son action dans les années 30 (comme le film original), avec Naomi Watts, Adrien Brody et Jack Black, un film sublime aux effets spéciaux à tomber dans un cratère en feu en hurlant qu'il fait froid, un film totalement réussi. Et entre les deux, en 1976, presque à mi-parcours chronologique entre les deux autres films, il y à eu le King Kong de John Guillermin, dont j'ai décidé de reparler aujourd'hui, vu que ça faisait longtemps (depuis 2009) que je ne l'avais pas fait. Mais comme je l'ai revu récemment, bah tiens, ça m'a donné envie. J'ai des envies bizarres, des fois. Non, je ne suis pas enceinte. Je suis un mec, déjà (oui, mais quand on voit Schwarzy dans Junior...bon, je m'égare). Je ne sais pas trop ce qui m'a donné envie de revoir le film. D'autant plus que je me suis revu le Jackson quelques jours plus tôt, et que ça faisait un peu double ration de poils de singe en une semaine, gare à l'overdose. 

 

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Je voulais juste savoir ce que je pensais de ce film maintenant, car ça faisait un sacré bail que je ne l'avais pas revu, le Guillermin. Pas depuis l'époque (2009) où je l'ai abordé ici, mais facile depuis 7 ou 8 ans. Mais bon, ce film, je l'ai vu pas mal de fois dans mon enfance/adolescence, je connais sa musique par coeur aussi (ayant le vinyle de la bande-son ; enfant, avant même d'avoir pu voir le film et même d'écouter le disque, les deux illustrations de la pochette - dont celle qui se trouve aussi sur l'affiche - me donnaient sérieusement envie de voir le film, tout en me faisant un petit peu peur), donc si, pendant quelques années, je l'ai mis de côté, c'est assez compréhensible. Ce n'est pas un grand film, de plus. Autant le dire tout de suite. Je le range dans les films sous-estimés, ç'en est un quelque part (mais pas commercialement : le film a été un des plus gros succès commerciaux de 1977 - il est sorti en fin d'année 1976, il a donc fait l'essentiel de sa carrière au box-office l'année suivante - derrière La Guerre Des Etoiles certes, mais il a vraiment super bien marché), mais voir ou revoir ce film en 2018 fera parfois piquer les yeux à certains, ou les faire sourire. Moi, j'ai souri quasiment tout du long des 135 minutes du film, et pas forcément aux passages légers, qui ne sont pas aussi nombreux que dans le Jackson (qui, entre la glissade sur le lac gelé, les gesticulations comiques de Naomi Watts essayant de divertir le singe, et la séquence de la crevasse, digne d'un Tex Avery avec son dinosaure qui se remue de gauche à droite pour essayer de choper Naomi, est plutôt divertissant). 

 

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Le King Kong de Guillermin, film interprété par Jessica Lange (dans son premier rôle au cinéma), Jeff Bridges, Charles Grodin et René Auberjonois, film produit par Dino De Laurentiis et écrit par Lorenzo Semple Jr, et dont la musique (immense) est signée John Barry, ce King Kong-là, dont les effets spéciaux sont signés du grand Carlo Rambaldi, a en effet pris un sacré coup dans la gueule. C'est le moins bon des trois films, clairement. Evidemment, il reste tout de même hautement divertissant, et loin d'être un nanar ou (pire) un navet. C'est juste un film daté d'un point de vue visuel, les effets spéciaux devaient rendre super bien à l'époque (mon père a vu le film en salles et avait adoré ; il aime toujours autant le film, tout en ayant reconnu qu'effectivement, il sent bon ses 42 ans d'existence), mais sont clairement, et c'est dommage vu le sujet du film, le point faible de cette version. Déjà, les expressions faciales de Kong sont, ici, très limitées (yeux écarquillés pour dire qu'il est amoureux de Jessica Lange ; yeux plissés pour dire qu'il est colère ; yeux presque fermés pour dire qu'il souffre...ou qu'il dort, aussi), et quand il regarde Jessica Lange avec cette expression de loup de Tex Avery, impossible de ne pas éclater d'un rire moqueur, ça fait si ridicule. Dans le Jackson, les expressions faciales sont d'un réalisme sublime (c'est, après tout, un acteur avec des capteurs sur la peau qui a joué le singe dans cette version, Andy Serkis). Ici, c'est un gros masque derrière lequel se cache un acteur (en réalité, un concepteur d'effets spéciaux, Rick Baker, non-crédité), ou bien une maquette pour des plans fixes, ou bien, pour des gros plans de membres, un bras articulé. Et on a souvent des superpositions d'images : quand, comme sur l'image ci-dessous, Kong tient Jessica Lange dans sa grosse pattounette et qu'il la lève à hauteur de ses yeux, la main est un bras articulé immense (et chiant comme la pluie à manipuler) tandis que Kong est un acteur sous sa tenue, et les deux films ont été superposés. On s'en rend compte via le contraste de l'image. Ca fait partie des effets ayant le moins bien vieilli. Entre ça et certains décors de jungle et de rocaille en carton-pâte tournés en studio avec le procédé de la 'nuit américaine' (scène de nuit tournée en studio), comme la séquence, photo ci-dessus, du tronc d'arbre, ça fait beaucoup de défauts au film...

 

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Scénaristiquement parlant, le film se démarque de l'original (et du second remake). L'action se passe dans les années 70, autrement dit, à l'époque de la sortie du film. On ne parle plus d'une équipe de tournage partie faire un film sur une mystérieuse île sauvage, mais d'un cargo appartenant à une compagnie pétrolière, Pétrox, parti en expédition aventureuse pour essayer de trouver un nouveau filon qui, logiquement, devrait se trouver quelque part, sur une île, dans l'Océan Indien, une île non répertoriée sur les cartes. C'est Fred Wilson (Charles Grodin), un des exécutifs de la Pétrox, qui est chargé de cette expédition. Il ne sait pas qu'au moment de l'embarquement, un certain Jack Prescott (Jeff Bridges, qui a déjà ici le look qu'il aura plus de 20 ans plus tard dans The Big Lebowski), paléontologue spécialiste des primates, a embarqué clandestinement. Il fait irruption en plein briefing, Wilson le prend pour un espion de Shell ou Esso (concurrents du fictif Pétrox) avant d'apprendre qu'il est sur le bateau pour une raison totalement étrangère au pétrole: selon Prescott, sur l'île mystérieuse (Skull Island), se trouverait un spécimen de singe gigantesque que Prescott entend bien étudier. Mais il leur révèle que le danger serait apparemment très important sur cette île, personne n'en serait jamais revenu. Peu de temps après, on découvre, errant en pleine mer, un canot de sauvetage avec, à bord, une jeune femme (Jessica Lange), unique rescapée du naufrage d'un yacht de luxe. Elle s'appelle Dwan (en VF, c'est Duène, ce qui est aussi idiot qu'incompréhensible) et devient la mascotte de l'équipage. Equipage qui arrive bientôt à Skull Island.

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Auberjonois, Lange, Bridges, Grodin : un certain look '70's

Wilson, Prescott, Dwan et des membres de l'équipage arpentent les environs(tandis que d'autres, sur la plage, font des carottages de sol pour trouver le gisement), finissent par découvrir une palissade gigantesque et circulaire. L'île serait habitée, car la palissade est en état parfait. Et on entend des tam-tams provenant de derrière. Ils pénètrent dans l'enceinte, discrètement, et assistent à une scène incroyable, des indigènes, dont certains vêtus de tenues rituelles étranges (dont un avec un masque de singe), dansent autour d'une des leurs, assise sur une sorte de travois que des indigènes portent en direction d'une immense double porte dans la palissade. Des mares de ce qui semble être du pétrole sont visibles un peu partout. Mais les indigènes aperçoivent Wilson et les autres et stoppent tout, essayant même, en aperçevant Dwan, de la faire échanger contre plusieurs de leurs femmes. Refus de Wilson qui, après avoir tiré en l'air pour les effrayer, s'en va avec ses compères, de retour sur le bateau. Dans la nuit, Dwan est enlevée par des indigènes en pirogue, et Prescott et Wilson partent à nouveau pour Skull Island pour la chercher. Ils ne savent pas que Dwan a été choisie comme victime pour un sacrifice humain, elle est remise à Kong, un singe gigantesque que les indigènes craignent et vénèrent comme un dieu, et qui, alors que Dwan a été attachée à un poteau en-dehors de la palissade, arrive et la prend dans sa main avant de repartir dans la jungle. Tandis qu'elle apprend à connaître ce monstre qui semble ne pas avoir envie de la tuer (un singe est herbivore, en tout cas un gorille, et Kong est un GROS gorille) et semble même vraiment s'attacher à elle malgré des moments de fureur, Prescott et Wilson partent à sa recherche. Pour Wilson, qui a auparavant appris de son second (René Auberjonois, un des acteurs fétiches de Robert Altman) qu'il n'y à pas vraiment de gisement exploitable sur l'île, cette traque serait aussi pour lui l'occasion, s'il pouvait capturer le singe vivant, de le ramener aux USA pour en faire une attraction de foire doublée d'une publicité pour Pétrox (du genre 'mettez un gorille géant dans votre moteur')... 

 

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L'intrigue est sensiblement la même, mis à part l'époque et la situation de départ (pour chercher du pétrole plutôt que pour faire un film, et l'héroïne est ici une naufragée plutôt qu'une actrice embarquée à New York avec le reste de l'équipage), sans oublier le final où Kong escalade le World Trade Center plutôt que l'Empire State Building. Il paraît d'ailleurs qu'à la sortie du film, des employés travaillant dans ce fameux gratte-ciel manifestèrent, en tenue de singe, pour protester contre le fait que, dans le film, leur immeuble avait été négligé au profit des tours jumelles (après le tragique attentat du 9/11, le visionnage du film est toujours un peu étrange, comme le souvenir d'une époque définitivement révolue) ! Au passage, l'affiche du film montre Kong un pied sur une des tours et l'autre pied sur la seconde tour, tenant Dwan en main, et ce qui semble une rame de métro aérien dans l'autre. Inutile de préciser que cette illustration d'affiche, réussie au passage, est pure imagination ; dans le film, si Kong détruit une rame de métro aérien et s'il grimpe sur le WTC, il n'apparaît jamais tel quel, c'est beaucoup moins spectaculaire. Déjà, la scène du métro aérien est plutôt embarrassante, on dirait un mec en tenue de singe qui renverse un train électrique. Je ne suis sûrement pas loin de la vérité des faits en disant ça, d'ailleurs... Et quand Kong grimpe le WTC, il a Dwan avec lui, mais seulement elle, et il passe en effet d'une tour à l'autre en sautant, mais reste sinon bien sagement les deux pieds sur la même tour. Au passage (le retour), s'il grimpe sur ces tours, c'est parce qu'elles lui rappellent deux montagnes de son île (de même que l'Empire State Building, dans les autres films, lui rappellent UNE montagne de son île). 

 

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Si niveau effets spéciaux, le film a pris un coup dans l'aile gauche, la réalisation de Guillermin (La Tour Infernale, Mort Sur Le Nil, Le Pont De Remagen, Le Crépuscule Des Aigles, autant de films vraiment bons) est solide, et l'interprétation, bien que parfois caricaturale (Grodin en businessman aux dents longues et au comportement alternant entre le parfait connard et le mec un peu brave mais pas trop), est bonne. Le scénario est un peu moyen, mais après tout, c'est juste une histoire de gens sur une île avec un gros singe qu'ils vont tenter de ramener vivant aux USA et qui va, là-bas, foutre sa merde. La mort de Kong, à la fin, n'est pas aussi émouvante que dans les deux autres films (en 1933, quand le film original est sorti, les gens pleuraient à la mort du singe, qui n'est pas foncièrement méchant, juste intrus malgré lui dans un environnement qui n'est pas le sien et qui ravage tout parce qu'il ne peut pas faire autrement), mais c'est bien un des rares moments où, sur la tronche du singe, on sent quelque chose d'humain. A noter que le final (les battements de coeur allant en ralentissant, puis fin) a été repris dans le Godzilla de Emmerich en 1998.

 

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Mais Kong n'est pas mort à la fin de cette version 1976. 10 ans plus tard, le même Guillermin allait réaliser, sur un scénario de Ronald Shusett et Steven Pressfield, King Kong II, avec Linda Hamilton et Brian Kerwin, dans lequel Kong est sauvé in extremis par une opération cardiaque, et qui, à la fin du film, retrouve l'amour en la présence d'une madame Kong, un singe géant femelle découverte dans une jungle vers Bornéo. Je vous JURE que je n'invente rien ! Inutile de préciser que le succès commercial et critique du film a été proche de la bulle, on parle  d'un navet intersidéral (même pas un nanar), un film inutile, qu'il aurait mieux fallu ne jamais faire. Franchement, quand un mec, à Hollywood, a proposé l'idée de faire un King Kong II, comment a-t-on pu lui donner le feu vert ? C'est Dino De Laurentiis qui, déjà producteur du premier volet, a produit cette suite immonde et ridicule, que je me devais de citer ici, mais n'espérez pas que j'en parle plus en longueur dans un autre article... Pour en revenir au film de 1976 en guise de conclusion, ce n'est pas un grand film, mais pas une merde non plus, c'est un honnête divertissement qui a pris un sacré coup de vieux mais qui, à l'époque, fit sensation (et cartonna, je le rappelle, même si le film a aussi essuyé des critiques), et reste, malgré des défauts, très très regardable. Bien sûr, c'est la moins bonne des trois versions de King Kong, mais ça reste un de mes films préférés des années 70, un gros coup de coeur personnel. Mention spéciale à la bande-son, de John Barry, qui est remarquable. Notamment le thème principal, angoissant au possible, une des meilleures musiques d'introduction (et de générique) que je connaisse, parfaitement en raccord avec le film. Le genre de musique qui donne des frissons (pourtant, quand elle apparaît, l'action n'a pas démarré) et qui donne férocement envie de voir le reste du film. Un des points forts de cette version 1976 selon moi, c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.