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SPOILERS...

Première adaptation d'un roman de Stephen King (qui est, en plus, son premier roman publié), Carrie Au Bal Du Diable est un des meilleurs films de Brian DePalma. Le film joue à fond la carte du malaise lycéen, du malaise ressenti par les laiderons, les incompris, les mal-aimés. Il s'agit, en même temps, d'un film fantastique et d'épouvante, surfant aussi sur un sujet surnaturel : la télékinésie. Interprété par Sissy Spacek (révélée par ce film, elle avait déjà joué, entre autres, dans le Badlands de Terrence Malick deux ans plus tôt), Nancy Allen (actrice fétiche de DePalma, qui fut son époux), Piper Laurie, Amy Irving, William Katt et un jeune inconnu du nom de John Travolta, le film, qui date de 1976, est un classique du genre, rempli de scènes cultissimes (dont la fin, terrifiante).

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Carrie White (Sissy Spacek) vit avec sa mère, Margaret White (Piper Laurie), une fanatique religieuse à moitié folle, dans une maison décrépie, sur un terrain vague. Carrie, élevée à la dure (vous ne pouvez pas savoir à quel point), est rejetée de ses camarades de classe, sans cesse brimée, on se moque d'elle et on la déteste. Un jour, après un cours de sport, elle a une très désagréable surprise : ses règles. Voyant le sang menstruel couler de son sexe, elle prend peur, s'affole, et ses camarades ne voient rien d'autre à faire que de se foutre d'elle en la bombardant de tampons (mets-y un bouchon !). Apparemment, Carrie ignorait tout des cycles menstruels. Une fois chez elle, elle se fait frapper par sa mère, qui l'enferme dans le placard en guise de pénitence : pour Margaret White, le sang, c'est le péché, et la femme (en général) est source de péchés, depuis Eve... Il s'avère aussi et surtout que Carrie est douée d'un pouvoir étrange : elle peut déplacer les objets par distance. Elle est douée de télékinésie. Ce don, découvert par sa mère, passera, pour Margaret White, pour être l'oeuvre du Diable...

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Alors que ses camarades se font engueuler et coller par la prof de sport (une heure de sport forcé par jour pendant une semaine, tout manquement équivaut à une suppression du bal de fin d'année prévu à la fin de la semaine), une des camarades de Carrie, Susan Snell (Amy Irving), a une idée pour se faire pardonner : elle demande à son petit ami, Tommy Ross (William Katt), qui accepte, de sortir avec Carrie pour le bal de fin d'année. Carrie accepte la demande de Tommy, mais après plusieurs refus. Lorsqu'elle en parle à sa mère, une violente crise démarre. Mais Carrie tient bon.

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Parallèlement, Chris Hargensen (Nancy Allen), qui hait Carrie, a une idée diabolique. Avec l'aide de son petit ami Billy Nolan (John Travolta), une teigne, elle décide de jouer une vacherie à Carrie : faire en sorte que Carrie et Tommy soient élus roi et reine du bal, et que, une fois sur le podium, Carrie se prenne le contenu d'un seau de sang de porc sur elle. Alors que les préparatifs du bal se font, en pleine nuit, Billy et Chris installent le seau, relié à une corde, située sous l'estrade.

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Le bal arrive, et Carrie, d'abord peureuse et méfiante (Ils se moqueront tous de toi !, lui avait hurlé sa mère avant qu'elle ne s'en aille), se détend. Tommy, lui, semble vraiment heureux d'avoir invité Carrie. Le vote arrive, et suite à une magouille orchestrée par Chris et ses ami(e)s, Tommy et Carrie sont élus. Chris, sous l'estrade, tire sur la corde, et le seau se déverse sur Carrie, abasourdie. D'abord hébétée, l'assistance éclate de rire. Mais le seau tombe sur Tommy, l'assommant (et le tuant aussi, probablement), et Carrie, utilisant ses pouvoirs, enferme le public dans le gymnase où à lieu la soirée, pour se venger d'une manière tout aussi cruelle (personne ou presque ne s'en sortira vivant) qu'involontaire : c'est sa fureur de l'instant qui parle.

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Carrie sort du gymnase en feu, tout en refermant les portes, et croise, sur son chemin, la voiture de Chris et Billy (qui avaient pris le temps de s'enfuir après la chute du seau). D'un regard de Carrie, la voiture fait plusieurs tonneaux et explose. Carrie rentre chez elle, se lave, rejoint sa mère. Sa mère, elle, ne la considère plus comme sa fille, mais comme le diable, et tente de la tuer. Mais Carrie parviendra, sans vraiment le vouloir (comme pour le gymnase) à tuer sa mère, avant de faire détruire la maison sur elle...

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Quelques temps plus tard, on apprend que Susan Snell a réussi à s'en sortir. On la voit, endormie, dans son lit, entourée de sa mère, qui se préoccupe de son état de santé (physiquement, elle va bien). On assite à un cauchemar de Susan : elle se rend sur le terrain vague où vivaient Carrie et sa mère, et sur lequel se trouve une tombe grossière. Sur la croix (faite d'un panneau 'à vendre') se trouve la mention Carrie White brûle en Enfer. Susan dépose un bouquet de fleurs sur la tombe, et une main ensanglantée, celle de Carrie, surgit de la terre rocailleuse pour aggripper le bras de Susan, qui se réveille en pleine hystérie...mais ce n'était qu'un cauchemar, qu'elle risque surement de faire souvent les jours à venir... Cette scène finale est tout simplement inoubliable tant elle est effrayante. La musique, sublime et douce, de Pino Donaggio, ne laisse absolument rien prévoir de cette conclusion terrifiante. Le reste du film est également grandiose, même si peu effrayant (excepté la scène du bal).

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Le quotidien d'un lycée banal d'une petite ville américaine banale y est très bien dépeint. On y retrouve le bellâtre (Tommy), la bande de pouffiasses (Chris et ses copines, dont Norma), l'intello, la brute teigneuse (Billy Nolan - même s'il est nettement plus teigneux dans le livre que dans le film), la lycéenne promue à un bel avenir (Susan)...et le vilain petit canard, Carrie. La réalisation de Brian DePalma est exemplaire : sens du suspense incroyable (la scène du seau, rythmée par une musique tout aussi remarquable que stressante), usage du split-screen comme très souvent (et ici remarquablement bien utilisé, sans abus), sens du rythme, multiples allusions (la manière dont meurt Margaret White est éloquente : même posture que la statuette de Saint Sébastien dans le placard de sa maison, criblée de flèches/couteaux)...

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Aujourd'hui encore, on peut dire de Carrie Au Bal Du Diable qu'il est un des plus grands films de Brian DePalma, son plus grand film fantastique avec Phantom Of The Paradise. Le film (une des plus grandes adaptations de Stephen King) obiendra le Grand Prix à Avoriaz, en 1977, et révèlera Travolta (qui deviendra une star en 1977 gràce au disco) et Sissy Spacek. Voici donc un chef d'oeuvre du genre, un classique angoissant, oppressant, dont la conclusion (les 20 dernières minutes) vous pétrifieront de terreur. Un film aussi qui met l'accent sur les 'college freaks', les mal-aimés du système scolaire, les souffre-douleurs qui, en regardant ce film, se mettent dans la peau de Carrie et exorcisent sans doute un petit peu leur malaise. Quoi qu'il en soit, un film magistral, rondement mené. A voir absolument.