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SPOILERS !

En tant qu'ultime film de Sam Peckinpah, Osterman Week-End ne peut décemment pas être comparé avec les merveilles que sont La Horde Sauvage, Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia, Pat Garrett & Billy The Kid ou Un Nommé Cable Hogue. Mais ça ne l'empêche pourtant pas d'être vraiment excellent. Porté par une interprétation éclatante de Rutger Hauer, Craig T. Nelson, Dennis Hopper, Burt Lancaster et John Hurt, le film est un fleuron incontestable du cinéma d'espionnage, de complot, de manipulation.

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En 1982 (année de conception du film, qui sortira en 1983), Peckinpah est malade, affaibli. Son précédent film, Le Convoi (1978), a foiré au box-office. C'est la fin de l'Age d'Or du cinéma américain. On lui impose la réalisation de l'adaptation du best-seller de Robert Ludlum (qui porte le même nom que le film), fameux auteur de roman d'espionnage - la série des "Jason Bourne", c'est lui. Peckinpah ne contrôle pas vraiment le tournage de ce film, il n'a pas le droit au droit de regard final sur le film (qui sortira amputé, atteignant la durée de 98 minutes, alors qu'un premier montage, lui, faisait 115 minutes). Il n'est plus que l'ombre du grand Sam.

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A vrai dire, seule la scène de poursuite automobile (qui ne dure que 5 misérables minutes) située dans les 20 premières minutes du film ressemble à ce que Peckinpah avait l'habitude de faire. Mais cette scène est ratée, mal foutue, et qui plus est, n'a rien à voir avec le scénario. Elle a été conçue uniquement pour ne pas frustrer les fans de Peckinpah, qui l'a pourtant torchée à la va-comme-je-te-pousse. En dehors de cette scène, le film est admirable.

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Le film aborde le thème de la conspiration politique. Un présentateur d'émission de TV très orientée sur les conspirations, John Tanner (Rutger Hauer) est contacté par un certain Lawrence Fassett, qui se dit du FBI (John Hurt). Fassett, qui travaille pour Maxwell Danforth, de la CIA (Burt Lancaster), annonce à Tanner que trois de ses amis, qu'il doit justement recevoir chez lui ce week-end (comme souvent), sont suspectés d'appartenir au réseau Oméga, un réseau d'espions à la solde du KGB. Fassett demande à Tanner d'aider la CIA à démasquer ces espions. Tanner, bien qu'un peu perplexe (mais une entrevue avec Danforth l'aide à bien saisir le problème), accepte, et des caméras sont installées dans la villa californienne de Tanner. Craignant pour la vie de sa femme Ali (Meg Foster) et de leur fils, Tanner lui demande de quitter la villa pour le week-end. Mais Ali sera enlevée, avec leur fils, peu de temps après qu'ils aient quitté la maison. Le ravisseur sera vite retrouvé par les hommes de Fassett, qui le mettent définitivement hors d'état de nuire (il s'agit, vous l'aurez pigé, de la scène de poursuite inutile et incompréhensible du film).

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Tanner reçoit donc ses amis Dick Tremayne (Dennis Hopper) et sa femme Virginia, Joseph Cardone (Chris Sarandon) et sa femme Bettie, et Bernard Osterman (Craig T. Nelson), célibataire (en hommage à Bernard Osterman, créateur de ces week-ends de réunions, ces week-ends sont baptisés Week-End Osterman). Très vite, Tanner va se sentir mal à l'aise, surtout que la situation lui échappe complètement (Fassett, dans l'ombre de sa caravane-studio planquée dans le parc de la villa de Tanner, manipule toutes les ficelles). Très vite aussi, les amis de Tanner, suspectés d'être des espions à la solde de l'U.R.S.S., vont se sentir menacés. La situation va vite devenir tout simplement intenable, jusqu'à ce que la violence ne déferle, dans un climax hallucinant...Sans oublier ce final, qui nous permet de se poser la question : mais qui manipule qui ? Je m'arrête là pour le résumé, ça serait idiot de ma part de vous révéler tout le reste.

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Voici donc un film vraiment réussi, riche en suspense, doté d'une distribution exemplaire (Hauer et Hurt sont excellents), et d'une belle musique un peu jazzy de Lalo Schiffrin. Le plan final (un siège de télévision vide) est une belle métaphore pour nous dire qu'avec ce film, Peckinpah tirait sa révérence. Tout le monde le savait à l'époque : ce serait son dernier film. D'abord, parce que le style de films qu'il faisait n'était plus à la mode en 1983. Ensuite, parce que son état de santé était vraiment à la ramasse. De ce fait, Peckinpah est mort en 1984...

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Pas le meilleur de Sam Peckinpah, donc, mais pas non plus son plus mauvais film (qui est incontestablement Le Convoi, avec Kris Kristofferson, en 1978). C'est un film rare, méconnu, presque oublié, un film totalement testamentaire de la part d'un réalisateur exemplaire et mythique. Il faut voir Osterman Week-End, il est certes radicalement différent des autres oeuvres du grand Sam (ici, la violence est plus froide, plus maitrisée ; il n'y à plus de pics de violence, mais une violence plutôt diffuse, latente, disséminée dans tout le métrage), mais n'est pas à oublier. Une édition DVD existe (enfin), inutile de vous dire que c'est une raison supplémentaire pour voir ce film !