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Spoilers…

Pourquoi un tel titre (Aryan Papers) pour cet article ? Les plus calés reconnaîtront là le titre de projet d’un film que Stanley Kubrick devait réaliser, après Full Metal Jacket, mais qu’il dût abandonner à cause d’un film au sujet similaire réalisé par Spielberg. Oui, Kubrick devait faire un film sur la Solution Finale, sur le calvaire des Juifs durant la seconde guerre mondiale, sur ces salauds de nazis. Mais Spielberg avait prévu de faire La Liste De Schindler, et Kubrick, bon prince, ne voulant pas refaire le coup de Full Metal Jacket (sorti un an après un autre film sur le Vietnam, Platoon), abandonna. Sans rancune, car il confiera le projet A.I., inachevé, à Spielberg, pour qu’il le fasse ! Les deux hommes étaient amis. Parlons donc de Schindler’s List. 190 minutes merveilleuses et dures, noir & blanc sublime (excepté une intro et une conclusion en couleurs, et quelques rares touches colorisées de ci de là - la petite fille au manteau rouge, inoubliable vision), pour parler d’un sujet qui figure largement comme le plus tragique et difficile de toute l’histoire du XXème siècle (et même des derniers siècles), la Solution Finale.

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Interprété avec maestria par Liam Neeson, Ben Kingsley et Ralph Fiennes (dans un rôle de monstre absolu), le film est touchant, âpre, dur et réaliste. Sombre, aussi. C’est de loin le film le plus adulte de Spielberg, sorti environ un an (en 1994) après le triomphe commercial de Jurassic Park (dont l’auteur du roman, Michael Crichton, petit hommage, vient de mourir). L’action se passe en Allemagne, durant la seconde guerre mondiale. Oskar Schindler (Neeson, son meilleur rôle) est un industriel dans le vent, membre du parti nazi. Schindler profite de la guerre pour s’enrichir. Beaucoup de monde fit comme lui. Ca ne le rend ni meilleur ni pire qu’un autre, de ce point de vue là. Mais Schindler a également pris conscience très très rapidement du sort que Hitler comptait réserver aux Juifs. Et sa seule ambition, dès lors, sera d’en sauver le plus possible. Comment faire ? En les embauchant dans son usine, en les faisant travailler.

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Avec l’aide du comptable Itzha Stern (Ben Kingsley, mémorable, là aussi son plus grand rôle, oubliez Gandhi), Schindler va concevoir une liste de Juifs appelés à travailler pour lui. Ainsi, avec son appui, ils éviteront l’internement en camp de concentration/d’extermination. Malgré la présence du monstrueux Amon Goeth (Ralph Fiennes, terrifiant, dans un rôle ayant réellement existé), responsable du camp de concentration de Plaszow, et vrai boucher, qui mettra des bâtons dans les roues de Schindler afin d’obtenir (sic) sa part de Juifs à exterminer, Schindler parviendra à sauver plus de 1100 Juifs de la mort.

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La scène finale avec Schindler le montre en train de pleurer devant les Juifs qu’il a sauvé, trouvant qu’il aurait pu en sauver bien davantage, et ayant honte de n’en avoir sauvé qu’un millier. Ce qui, compte tenu des circonstances, a de toute façons fait de lui un Juste (la scène finale, colorisée, montre une procession de gens se rendre devant la tombe de Schindler, pour lui rendre hommage). Absolument bouleversant, ce film ne se décrit pas vraiment. Malgré sa longueur et son coté intimiste et âpre (190 minutes en noir & blanc, sur un sujet douloureux, il y en à que ça pourrait un peu rebuter), il est inoubliable et jamais longuet. De par l’excellence de la réalisation, de l’interprétation et du scénario, ce film est incontestablement un joyau absolu du cinéma. A voir, et à revoir. Les larmes aux yeux.