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Spoilers !!

 

 

 

 

 

 

 

Avant de partir pour Hollywood, Paul Verhoeven a réalisé, dans sa Hollande de pays natal, une série de films subversifs et provocants. Sorti en 1983, Le Quatrième Homme (De Vierde Man) est son dernier film néerlandais. Par la suite, après une coproduction entre la Hollande, les USA et l’Espagne (La Chair Et Le Sang, Popaul partira s’installer aux USA. Le Quatrième Homme sera le dernier film qu’il tournera chez lui pendant un bon moment (il retournera un film en Hollande en 2006, Black Book). Interprété par Jeroen Krabbé (immense acteur néerlandais, vu déjà dans deux autres films de Popaul : Soldier Of Orange et Spetters) et Renée Soutendjik, le film semble avoir été, pour Verhoeven, une référence pour un autre de ses films, le très connu (et plutôt décevant) Basic Instinct. A ceci près que Jeroen Krabbé ne joue pas ici un flic, mais un écrivain. A la fois oppressant, étrange et hilarant (parfois les trois en même temps), le film, écrit par Gerard Soeteman, est un des meilleurs de Verhoeven, toutes périodes confondues.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Gerard Reve (Jeroen Krabbé) est un écrivain assez désaxé. Bisexuel (mais plus attiré par les hommes que par les femmes), d’un tempérament assez pessimiste, l’auteur, un jour, reçoit une invitation d’une association culturelle lui proposant de venir faire une conférence sur ses livres et son inspiration. Gerard accepte, et à cette conférence, il rencontre Christine Halsgald (Renée Soutendjik), la trésorière de l’association, et propriétaire d’un salon de beauté et de coiffure. La jeune femme, séduisante, le filme durant toute la conférence, pour garder un souvenir. Elle l’invite aussi à passer la nuit chez elle, Gerard n’étant absolument pas chaud pour passer la nuit dans une chambre d’hôtel, seul (il est encore moins chaud pour y passer la nuit car cet hôtel fut le lieu d’une vision morbide et terrifiante pour Gerard, qu’il a eu sur le trajet en train).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Gerard passe la nuit chez Christine, et même avec Christine. Et même sous Christine. Et même, dans Christine ! Pendant la nuit, il est encore une fois victime d’un cauchemar atroce, il se voit se faire castrer par Christine, armée d’une paire de ciseaux. Mais ce n’était qu’un cauchemar…Gerard, assez porté sur la religion catholique (ce qui ne se combine pas trop bien avec ses pulsions homosexuelles refoulées et son goût pour la morbidité), ne cesse de voir, dans ses visions (qui l’assaillent de jour comme de nuit), des références douteuses à la religion. Gerard décide de rester vivre avec Christine, et décide d’en savoir un peu plus sur elle. Il apprend qu’elle est veuve, que son mari est mort noyé. Il apprend aussi qu’elle a un autre amant, Hermann (Thom Hoffman), un bellâtre Allemand dont Gerard tombe raide dingue une fois qu’il a vu sa photo. Avec comme intention secrète de se taper Hermann, Gerard parvient à convaincre Christine d’aller le chercher afin qu’il passe une semaine chez elle et Gerard.

 

 

 

 

 

 

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Pendant l’absence de Christine, Gerard fouille dans la maison, et trouve trois bobines vidéo. Les visionnant, il se rend compte qu’il s’agit de vidéos personnelles de trois hommes ayant beaucoup compté dans la vie de Christine : la belle s’est mariée à trois reprises, et est triplement veuve…Se sentant menacé (et sentant Hermann tout aussi menacé que lui) de devenir le quatrième homme de Christine, et de ce fait, la quatrième victime, Gerard tente d’alerter Hermann une fois celui-ci arrivé. Hermann, alors qu’ils roulent tous deux en voiture, refuse de le croire, et est victime, faute d’attention, d’un accident qui le tue. Gerard, en état de choc, se dit que Christine vint de faire sa quatrième victime, et bascule dans la folie…

 

 

 

 

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S’il n’avait pas été réalisé par Paul Verhoeven, Le Quatrième Homme aurait pu être un film signé David Lynch. En effet, le film, mélange entre visions morbides et réalité (au point qu’il est très difficile, parfois, de démêler le faux du vrai), est totalement lynchien dans l’âme. Outre les détails que je n’ai pas précisés dans le résumé (allusions religieuses, visions, etc) le film est un cauchemar cinématographique, un labyrinthe.

 

 

 

On peut se demander si le personnage principal n’a pas raison (Christine est une ‘veuve noire’, elle tue ou fait tuer ses maris), ou tort (les trois précédents maris de Christine sont morts, tragique coïncidence, sans plus), ça n’enlève rien au fait que Gerard est sacrément dérangé, et que cette folie latente, dans un sens, lui a un peu sauvé la vie, à défaut de sauver sa raison.

 

 

 

 

 

 

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Jeroen Krabbé est remarquable (Renée Houtendjik aussi), et la réalisation est fantastique. A la fois hilarant et terrifiant, totalement subversif et malsain, Le Quatrième Homme est une plongée dans un cerveau malade, en plus d’être une histoire de femme fatale (multiples références aux araignées veuves noires dans le film) qui a fortement inspiré Verhoeven lui-même pour Basic Instinct. Rien que la coupe de cheveux de Renée Houtendjik et sa posture quand elle fait l’amour avec Krabbé fait furieusement penser à Sharon Stone ! Le Quatrième Homme est un vrai chef d’œuvre de cinéma déviant.