1226076965_2006412204044_6695646

Spoilers…

Voici un film historique, qui a marqué l’histoire du cinéma, et l’histoire tout court. Sorti en 1971 aux USA (mais seulement visible en France depuis 1997, date de sa première diffusion sur Arte), Sweet Sweetback Baadasssss Song est un film réalisé, écrit et interprété par Melvin Van Peebles. C’est le premier film d’un courant cinématographique bien particulier, fait par et pour les Noirs, la Blaxploitation. Tourné à l’arrache, joué par des acteurs amateurs (le fils de Melvin, Mario, joue le rôle de Sweetback enfant, dans la première scène - une scène assez osée, vu l'âge que devait avoir Mario), hautement politisé, le film dénonce le racisme tout en étant un road-movie pur et dur. Melvin Van Peebles (également auteur de la très funky musique, avec le groupe Earth, Wind & Fire aussi) y incarne Sweetback, un acteur de maison close (il baise tous les soirs avec des putes, devant les clients, dans un numéro porno), ayant grandi dans Harlem, et ayant appris la dure loi de ce quartier/ghetto.

1226077001_x

Un soir, deux flics blancs et racistes (ce qui, dans ce film, va totalement l’un avec l’autre…) embarquent Sweetback et l’agressent sans raison, juste pour se défouler. Sweetback parvient à les tabasser très violemment, et à s’enfuir, indemne. A partir de ce moment, les flics vont se lancer à sa recherche, et il va se mettre à fuir, à courir, droit devant lui. La traque va le faire traverser tous les USA, à pied, en autostop, en train, afin d’échapper à la police. Sweetback devra vivre à la dure dans le désert, manger ce qu’il trouvera (lézards…), ne pas hésiter à massacrer des flics et une meute de chiens lancés à ses trousses, s’il veut rester en vie et libre. La cavale le mènera jusqu’au Mexique ; une fois la frontière franchie, il sera sorti d’affaires.

1226077127_rr

Violent, cru, âpre, Sweet Sweetback Baadasssss Song est un film tellement politisé en faveur de la cause Black (Black Panthers, etc, même si les Black Panthers ne sont absolument pas cités dans le film) qu’il en devient anormal pour un spectateur lambda. Pour l’époque, et pour les USA, c’était une vraie bombe (seulement deux salles de cinéma acceptèrent de le sortir, mais le film devint un tel succès que d’autres suivirent ensuite), un manifeste.

1226077066_vvvvvvvvvv

La musique, totalement groovy et funky (et très bonne), rythme l’ensemble du film. La qualité visuelle n’est pas top, idem pour le son. Le film a été tourné vite fait, avec une équipe réduite, dans des conditions pas toujours idéales (les scènes nocturnes ou trop vives sont vraiment pas top), l’image est sale. Ca fait limite amateur. Un peu comme Mean Streets de Scorcese ou Easy Rider de Hopper. Comme dans l’exemple de ces deux films, il faut voir plus loin que la qualité variable de l’image, du son, et des acteurs (Melvin Van Peebles est quasi muet, et quasi inexpressif). On ne peut pas ne pas voir l’énergie revendicatrice de ce film, qui montre à quel point les relations entre Blacks et Blancs allaient mal à l’époque (et encore aujourd’hui, il y à des endroits aux USA où ça peut vite dégénérer).

1226077093_w

Certes, ce film ne fait rien pour améliorer les conditions entre Noirs et Blancs. Tous les Blancs du film sont racistes, salauds, des ordures. Sweetback est montré comme le héros. Celui qui arrive à résister aux Blancs. D’autres films seront faitssur ce principe, mais aucun n’arrivera à être aussi revendicatif et jusquauboutiste que Sweet Sweetback Baadasssss Song. Ce premier film de Blaxploitation reste le meilleur du courant, malgré la réussite de Superfly, Shaft : Les Nuits Rouges De Harlem et Truck Turner. Que l’on soit d’une couleur ou d’une autre, il faut voir ce film. C’est un vrai, un authentique choc culturel. Et un authentique film culte, un 'Midnight Movie' par excellence !