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SPOILERS !

Probablement un des films policiers français les plus cultes et mythiques avec Le Cercle Rouge. Réalisé en 1967 par Jean-Pierre Melville (qui réalisera Le Cercle Rouge trois ans plus tard), Le Samourai est un chef d'oeuvre de sobriété, magnifié par la prestation d'Alain Delon. Le film est un modèle absolu de film noir, l'histoire d'un tueur à gages monolithique (Delon ne parle pas beaucoup dans le film, et son visage reste pour le moins inexpressif - comme sur l'affiche - tout du long) et consciencieux, qui aura meille à partir avec la police et ses commanditaires.

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Jeff Costello (Alain Delon) est un tueur à gages. Chargé d'éliminer un propriétaire de night-club, il est 'repéré' par une pianiste de jazz (Cathy Rosier). Suite à l'assassinat, dans son bureau au dessus de la boite, du gérant, la police (le commissaire est joué par Francois Périer - un role de flic un peu pourri) arrete une foule de suspects correspondant au profil donné du tueur par les témoins. Parmi les suspects, qui passent à l'identification, Jeff. Au cours d'une longue nuit au poste (sa fiancée, Jane - Nathalie Delon - vient le voir pour tenter de le faire sortir plus vite) la plupart des témoins s'avèrent relativement incapables de mettre un visage sur la silhouette qu'ils avaient aperçue au night-club. La pianiste, elle, reconnait Jeff, mais ne dit rien, et meme, l'innocente devant le commissaire (qui voyait déjà Jeff en prison grace à lui).

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Jeff, à sa sortie de poste, aura un rendez-vous assez tendu avec ses commanditaires (qui envoient meme un homme chargé de l'éliminer, Jeff devenant un peu génant). La tentative de meurtre de Jeff rate, il est blessé, mais rien de grave. Jeff tentera de revoir la pianiste, pour savoir pourquoi ele l'a innocentée, alors qu'elle sait tout. Un soir, il se rend au night-club à nouveau, et alors qu'il sort son arme et la dirige vers la pianiste, il se fait abattre par des flics postés en civil, qui n'attendaient qu'une chose : que le tueur revienne sur le lieu du crime. En observant l'arme de Jeff, ils constatent qu'elle n'était pas chargée...Jeff s'est donc en quelque sorte donné la mort, une sorte de version moderne du seppuku traditionnel des samourais.

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Le film s'ouvre sur une citation du Bushido (code rituel d'honneur des samourais) : Il n'y à pas de plus profonde solitude que celle du samourai ; si ce n'est celle du tigre dans la jungle...peut-etre... Le personnage de Jeff est une sorte de samourai des temps modernes, un homme de main, un guerrier, qui remplacerait le katana par un revolver. Il vit seul, ne parle pour ainsi dire pas, est laconique, sur de lui, sérieux, consciencieux. Il se sacrifie, à la fin, à la fois par amour pour une jeune femme (Jane ? La pianiste ? Les deux ?), et peut-etre aussi pour briser le lien qu'il pourrait y avoir entre lui et ses commanditaires. Pour ne pas devenir un ronin moderne, dans le cas où il survivrait et balancerait ses commanditaires. Dans un autre sens, Melville était aussi fasciné par l'Orient : Le Cercle Rouge s'ouvre sur une citation de Bouddha. Parallèlement, des réalisateurs orientaux comme John Woo sont très admiratifs de Melville...et Tarantino aussi, ne l'oublions pas !

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Une vraie merveile d'horlogerie suisse que ce film, peu bavard (il faut attendre plus de 10 minutes pour que Delon ne prononce un mot), assez lent, mais totalement hypnotisant, envoutant. Sans aucun doute un des plus grandsfilms français des années 60, ainsi que le plus grand film noir de cette meme décennie (Le Cercle Rouge, encore plus beau, puissant et définitif, date de 1970, on n'est donc plus dans la meme décennie). A voir absolument, meme si on n'est pas un grand fanatique de Delon (personellement, à part une demi-douzaine de films, je ne suis pas fan du tout). Un film froid (la photographie est assez proche de celle du futur Cercle Rouge, tout aussi glacial), mais essentiel. Certains le trouveront sans doute un peu lent, mais il faut savoir entrer dans l'univers de Melville - le plus talentueux et exigeant des réalisateurs français de films noirs.