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Spoilers !

Sorti en 1976, Le Casanova De Fellini (oui, c’est bien le titre officiel) est un des meilleurs films de Federico Fellini, et indéniablement son diamant noir. D’une profonde noirceur, le film, interprété par un Donald Sutherland impérial (et avec aussi, entre autres, Daniel Emilfork, Tina Aumont et Dudley Sutton), bénéficiant d’une musique de Nino Rota qui figure largement parmi les plus importantes du compositeur, est un sommet dans l’évocation du XVIIIème siècle. C’est également un film éminemment putride et désespéré, montrant le sexe comme un vrai cauchemar, menant à la décrépitude, à la débauche la plus totale, tant physique que morale. Les personnages de ce film font penser à ceux d’un précédent film fellinien, Fellini Satyricon. Ou bien encore à ceux des Damnés de Visconti. Deux films issus de la même année 1969, au passage.

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Le film s’inspire des mémoires de Giacomo Casanova, le vrai Casanova (qui, donc, a réellement existé), un séducteur libertin roi de la débauche. Donald Sutherland, dans le rôle-titre, est tout simplement dans son plus grand rôle. Il insuffle de la fragilité au personnage, et son look est totalement blafard, comme un mort en sursis. Fellini a voulu faire de ce film (qui était le film dont il était le plus fier) une version au négatif de Casanova, personnage qu’il jugeait égoïste, puéril, amoral. Il a parfaitement réussi sa mission : le film se regarde comme un cauchemar d’une noirceur totale, totalement en opposé avec le style fellinien habituel. Le film aurait pu être signé Pasolini ou Visconti. Le film raconte, d’une manière libre, une partie de la vie de Casanova, qui va de son évasion de la prison des Plombs (située à Venise) à sa mort de vieillesse à Dux (en Allemagne). Mais le film offre aussi des flash-backs de soirées vénitiennes, qui forment un beau contraste avec le reste du film, mais n’en sont pas moins troubles.

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Les autres acteurs, surtout Daniel Emilfork (acteur à la tronche inoubliable, surtout connu pour son rôle de savant fou dans La Cité Des Enfants Perdus de Jeunet & Caro, mort en 2006), sont excellents. Le film, visuellement, est incroyable, un festival fellinien d’une grande beauté (décors, costumes, tout est parfait), bien que très sombre. On sent presque une odeur de pourriture planer dans le film. Pour sa vision implacable d’un siècle en pleine décrépitude, Le Casanova De Fellini se doit d’être vu. Il y à d’autres raisons de le voir, bien entendu, mais si vous ne deviez choisir qu’une seule raison de le voir, cette vision apocalyptique de la Venise libertine de Casanova en est déjà une très éloquente. Monumental ! P.S. : j’aime beaucoup l’affiche, assez second degré..