1226330204_le_sacrifice_0

SPOILERS…

Sorti en 1986, Le Sacrifice (Offret) est l’ultime film du réalisateur soviétique Andreï Tarkovski. Tourné en suédois (langue maternelle de l’acteur principal, Erland Josephson, mais aussi de pas mal d’autres acteurs du film), coproduction franco-suédoise, le film est un monument absolu (mais Tarkovski n’a rien raté de sa filmographie) à l’ambiance totalement bergmanienne. Ce film aurait pu être réalisé par Ingmar Bergman (et même Aki Kaurismakï, célèbre réalisateur finlandais).

1226330232_cvv

Raconter ce film est difficile, en partie parce que l’histoire tient en quelques courtes lignes, et en partie parce qu’il y à énormément de digressions philosophiques et/ou métaphysiques dans le film (en particulier la première demi-heure). Ce qui pourra rebuter certains, en particulier les plus jeunes et les amateurs de cinéma hollywoodien pop-corn et écervelé. Disons juste que ce film parle d’un homme qui, à l’approche de la vieillesse, n’arrive plus à comprendre le monde dans lequel il vit.

1226330262_ggg

Alors que la menace d’une troisième guerre mondiale (qui pourrait bien sonner le glas du monde entier, armes nucléaires oblige – le film se passe en 1985) pointe son nez, l’homme, Alexandre (Erland Josephson) prend totalement conscience de la probable fin de l’existence du monde, et prie Dieu (au cours d’une scène magnifique et sobre) de sauver le monde, de sauver ses amis, sa famille. Si jamais Dieu lui accordait cette merveilleuse faveur qui est d’empêcher la catastrophe nucléaire (jamais explicitement abordée dans le film) de se produire, Alexandre ferait absolument tout pour le remercier, quitte à se sacrifier lui-même, à brûler sa maison et partir loin, très loin, sans jamais revenir ni revoir les siens. Exil volontaire.

1226330287_capture

Alexandre va même voir sa bonne, Maria (Gudrun S. Gisladottir), réputée sorcière, afin qu’elle empêche le monde de s’effondrer. Au lendemain de sa nuit avec la bonne, il se rend compte que l’électricité, alors rompue par on ne sait quoi (ce qui rendait tout le monde paniqué, croyant la catastrophe sur le point de se produire), est rétablie. Sentant sa prière exaucée, il incendie sa maison une fois seul, et s’en va. Mais les siens le voient s’en aller, et le retiennent. Une ambulance vient alors l’emmener. Alexandre a perdu la raison…

1226330346_sqs

Casting impeccable (Erland Josephson, Susan Fleetwood, Valérie Mairesse – mais oui, Valérie Mairesse ! - , Allan Edwall,Gudrun S. Gisladottir), réalisation parfaite. Certes très très lent (et même trop lent, déjà le petit défaut de Stalker), Offret est un magnifique film spirituel. Alexandre devient-il fou, ou bien sa prière a-t-elle été réellement réalisée ? Et s’il est fou, est-ce l’annonce d’une éventuelle guerre mondiale qui l’a rendu ainsi, ou l’était-il avant (il fait de longs monologues existentialistes, parlant à son petit enfant momentanément muet suite à une opération de la gorge) ?

1226330383_xx

Mélangeant couleur et noir & blanc (quoi qu’il y ait très peu de noir & blanc, les scènes et noir & blanc semblant être des visions prophétiques d’un monde ravagé par une catastrophe nucléaire), Le Sacrifice, du long de ses 142 minutes, est un sommet touchant et complexe, un film qui ne plaira pas à tout le monde. Mais les amateurs de vrai cinéma sauront y trouver ce qu’ils recherchent : de l’émotion pure. Dernier film de Tarkovski, mort d’un cancer en 1986 (le film a obtenu un prix à Cannes, c’est le fils du réalisateur qui alla le chercher) et enterré en France, à Ste-Geneviève-des-Bois. Le réalisateur est mort, d’ailleurs, à Paris.

Savoir ce que film fut son dernier rend probablement Le Sacrifice encore plus beau, avec sa photographie sensible signée du chef opérateur attitré de Bergman, Sven Nykvist. En tout cas, Le Sacrifice restera à jamais le testament de Tarkovski, comme la dédicace finale (pour son fils) le prouve. Je ne sais pas vraiment si Tarkovski savait, en tournant ce film, qu’il allait y passer bientôt, mais je ne serais pas étonné que ça soit le cas. Un film difficile, mais vraiment grandiose.