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SPOILERS !

En 1975, Jean-Pierre Mocky (le plus anticonformiste et dingue de nos réalisateurs) est dans son Age d'Or, avec des films aussi réussis que les polars Un Linceul N'A Pas De Poches ou L'Albatros dans sa musette. Avec le film que je vais aborder ici, L'Ibis Rouge, il ne délaisse pas le polar, mais le traite dans le registre de la comédie. Il s'agit d'une adaptation d'un roman de Frederick Brown (déjà auteur de The Screaming Mimi, qui donnera L'Oiseau Au Plumage De Cristal de Dario Argento en 1969), qui figure parmi les plus grands films de ce cinéaste hautement inégal (à partir des années 90, il n'a fait que du médiocre, malheureusement pour lui).

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Très court (il dure à peine 80 minutes - ne les atteint meme pas, en fait - , et non pas 90 minutes comme indiqué sur le site), le film aligne un trio d'acteurs épatant, tous prénommés Michel : Michel Simon, dont ce sera le dernier role (mort peu de temps après), Michel Serrault (récurrent chez Mocky) et Michel Galabru. Coté acteurs, Jean LePoulain, Evelyne Buyle, et de nombreuses 'trognes mockiennes' complètent allègrement la distribution d'un film totalement débridé, loufoque, et assez macabre. Bref, du pur Mocky de la belle époque !

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Avec son affiche magnifique et surréaliste signée du grand et regretté Roland Topor (un des maitres du surréalisme Panique), et sa musique assez décalée signée Eric DeMarsan, L'Ibis Rouge raconte une histoire de serial killer. Jérémie (Michel Serrault) est un modeste employé de l'administration, qui, à ses heures perdues, assassine des femmes, chez elles, en les étranglant avec une écharpe sur laquelle est brodée un ibis rouge. Parallèlement à ça, on suit les aventures d'un démarcheur à domicile spécialisé dans les liqueurs, Raymond (Michel Galabru), qui finit un jour par croiser la route de Jérémie (le porte-à-porte : un jour, il rencontre le tueur à l'écharpe sur un palier d'immeuble). Ce Raymond a une femme, Evelyne (Evelyne Buyle), qui travaille dans le restaurant d'un certain Margos (Jean LePoulain) ; Raymond a d'énormes soucis financiers : une dette de jeu non règlée risque de lui couter la vie, il fera alors tout son possible pour trouver l'argent nécéssaire afin de la règler...

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Re-parallèlement à ça, un clochard vivant près du canal Saint-Martin (lieu de l'action de la majeure partie du film), un dénommé Zizi (Michel Simon) clame haut et fort qu'il est l'étrangleur à l'écharpe (ce qui entrainera une arrestation policière - rappelons que Zizi n'y est pour rien dans les meurtres, il fait ça uniquement pour faire chier)...Raymond, suite à de multiples mésaventures, sera arreté, suspecté d'etre le tueur (le vrai tueur, Jérémie, court toujours, en dépit de sa malchance chronique - le pauvre, il fait parfois peine à voir !), et sera enfermé dans la meme cellule que Zizi. Zizi lui demandant pourquoi il est là, Raymond lui dit que la police le suspecte d'etre le tueur. Ce à quoi Zizi s'énerve, et hurle qu'il est le tueur (il doit etre un peu félé). Pour le prouver, il s'empresse d'étrangler Raymond...

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Très drole, malgré un anticonformisme totalement mockyien qui peut déranger certains (un gros 'jemenfoutisme', un délire assez spécial), L'Ibis Rouge est une comédie macabre et grinçante, qui se termine donc assez mal, puisque on assite au meurtre d'un innocent par un vieil homme s'accusant de crimes dont il est innocent (mais finissant quand meme coupable de meurtre, ce qui risque de le faire définitivement accuser des autres crimes) tandis que le vrai coupable court toujours... Assez rare à la télévision, cette petite comédie est un joyau d'une noirceur totale, un film à (re)découvrir de toute urgence, en particulier si vous aimez les films décalés et un peu barges. Certaines séquences, comme celle où Jérémie assassine une femme chez elle et enquille les catastrophes (il se cloute meme la main sur une machine à coudre Singer d'époque, aiiiiie, que ça fait mal !) sont purement et simplement excellentes ! Avec Litan (abordé dès le début de mon blog), il s'agit de loin du meilleur Mocky. Et compte tenu de son imposante et très inégale filmographie, ça en fait donc un film essentiel !!