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SPOILERS !

On ne peut décemment se qualifier de cinéphile tant qu'on n'a pas vu au moins un film de Ingmar Bergman. Ce cinéaste suédois, mort le 31 juillet 2007 (le meme jour que Michel Serrault, la veille de la mort de Michelangelo Antonioni) à un age canonique de 92 ans, a fait une carrière de 60 ans (son premier film date de 1946), et dans sa longue filmographie, un nombre impressionnant de monuments. Parmi ses plus beaux films, Persona se pose là pour etre son plus grand, son plus réussi. Ce film, datant de 1966, est très court (85 minutes). Il est interprété par un duo d'actrices de grand talent, Liv Ullmann et Bibi Andersson. Filmé dans un noir et blanc sublime, le film bénéficie d'une photographie (due à Sven Nikvist, chef op' attitré bergmanien par excellence) de toute beauté.

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Par ce film, Ingmar Bergman a toujours avoué avoir été sauvé. Selon lui, s'il n'avait pas trouvé en lui la force de faire ce film, il aurait été considéré (par lui-meme, bien entendu, surtout) comme un homme fini. On sait que Bergman revenait de maladie, peu de temps avant de tourner Persona. Après, je ne suis pas très calé dans la biographie de ce génie, donc vous m'excuserez de ne pas trop fouiller... Quoi qu'il en soit, le film est profondément intellectuel et psychanalytique. L'histoire est la suivante : Elisabeth Vogler (Liv Ullmann), une actrice de théatre, est soudainement frappée de mutisme en pleine représentation de la pièce Electre. Hospitalisée, ne pouvant (ou ne voulant ?) pas prononcer un mot, elle est confiée aux bons soins d'une jeune infimière, Alma (Bibi Andersson). Les deux femmes s'installent dans une villa située sur l'ile de Faro, afin que la guérison et la convalescence d'Elisabeth se passe au mieux.

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Les deux femmes vont apprendre à se connaitre. Alma ne cesse de parler, pour pousser Elisabeth à briser son autisme (ce qui rate, excepté des sourires de la malade - mais aucun mot). Alma se confie à Elisabeth, lui raconte ses failles (un avortement, consécutif à une orgie improvisée sur une plage), et finit par découvrir, en lisant les correspondances d'Elisabeth, le secret de sa patiente : une grossesse non désirée, un enfant qu'Elisabeth ne voulait pas, mais dont l'avortement avait raté. L'enfant vit (est-ce celui de la scène d'intro du film, assez psychédélique ?), adore sa mère, mais cet amour est à sens unique, car Elisabeth le hait. Les deux femmes vont s'affronter, psychologiquement parlant. Alma, persuadée que Elisabeth simule, la force à parler. Elisabeth, ne voulant (ou ne pouvant ?) pas obéir, ne parvient, indirectement, qu'à rendre Alma à moitié folle. Ce qui devait arriver arrive à la fin : les deux femmes ne font quasiment plus qu'une, Alma finit par croire qu'elle est Elisabeth...

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Alors, bien entendu, on peut gloser des heures sur les motivations psychologiques et psychanalytiques du film. N'espérez pas de moi que je vous brode sur ce sujet, je pense que je me ramasserai...Dans le doute, référez-vous aux Cahiers Du Cinéma qui ont du, j'en suis sur, déjà parler en longueur de ce film par le passé. Tout au plus puis-je faire cette remarque : par ce film, Bergman a voulu mettre en parallèle le persona (masque social) et l'alma (le subconscient)...Que le personnage de l'infirmière s'appelle Alma n'est donc pas du tout un hasard. Le film est rempli d'allusions à la thérapie jungienne. C'est un chef d'oeuvre absolu signé Bergman, selon moi, son plus grand film avec Cris Et Chuchotements, La Source, Le Septième Sceau et Les Fraises Sauvages. Et si je devais faire une liste de ces cinq films en les classant par ordre de préférence, c'est Persona, sans hésiter, qui hériterait de la première position.

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Actrices au diapason et tout bonnement prodigieuses, image sublime, réalisation impeccable, sujet ambitieux et traité d'une manière très épurée, dépouillée, naturaliste...Un film très (trop ?) intellectuel, qui ne plaira pas aux amateurs de cinéma pop-corn, mais qui plaira, je pense, aux amateurs de vrai cinéma. Pas le film idéal pour démarrer dans Bergman (préférez Sonate D'Automne ou Scènes De La Vie Conjuguale), mais un vrai cinéphile qui se respecte doit, un jour ou l'autre, croiser la route des 85 minutes de Persona.