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SPOILERS…

Réalisé en 1979, Driller Killer est le second film d’Abel Ferrara (après un film érotique, Nine Lives Of A Wet Pussy). Réalisé avec peu de moyens, tourné à New York (ville de prédilection de Ferrara, vrai amoureux de New York comme le sont Woody Allen et Scorcese) dans les quartiers pauvres et mal famés (le Bronx), interprété par Ferrara lui-même sous le pseudonyme de Jimmy Laine, le film est un classique du cinéma gore underground. A défaut d’être un monument.

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D’autres acteurs sont dans le film, bien sûr, mais les citer ne servirait à rien : ils ne sont pas connus. Allez, quand même, citons les deus héroïnes Carolyn Marz et Bayby Day. Et, aussi, un groupe de punk-rock du nom de Roasters. Ces Roasters parsèment le film, on les voit (et on les entend) répéter dans un appartement non loin de celui du personnage principal. Leur musique apporte un appui supplémentaire au film, ça apporte une tension supplémentaire. Leur musique, cependant, n’est pas excellente. Elle est même totalement médiocre ! Sans doute est-ce volontaire…

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Reno Miller est un peintre désargenté vivant en colocation avec sa petite amie Carolyn (Carolyn Marz) et une jeune punkette (Bayby Day), dans un appartement miteux du Bronx. Il tente désespérément de mettre la touche finale à un tableau assez psychédélique, qu’il doit vendre sous peu à un propriétaire de galerie d’art ayant déjà fait appel à ses services par le passé. Reno est un homme assez impétueux (sans pour autant être violent), et il se remet mal de sa rencontre tardive avec son père, qu’il n’avait encore jamais vu, et dont il a découvert l’existence il y à peu. L’homme, un vrai clochard, l’a tellement répugné qu’il n’arrive pas à croire qu’il s’agit de son père…

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Alors qu’il commence à craquer à cause de son tableau qui n’avance pas, un groupe de punk-rock s’installe dans un appartement non loin du sien, et se met à répéter à longueur de temps. Cette musique, ajoutée au stress ambiant, finit par avoir raison de l’état de santé mental de Reno : il s’achète une perceuse sans fil, et se met à zigouiller tous les clodos du coin, avant de passer à d’autres cibles, prises au hasard des pérégrinations nocturnes…

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Très violent et gore, le film a été interdit dans plusieurs pays comme l’Angleterre. L’aspect général est très underground, fauché (le film a été fait avec trois fois rien), et aussi, expérimental. On trouve de nombreuses séquences ou plans assez étranges, des visions, des souvenirs, des images qui viennent s’interposer de ci de là, rendant le film plus intéressant qu’un banal film de serial killer.

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L’idée de la perceuse, assez graphique et sonore (le vrombissement de la perceuse est amplifié au maximum), est surtout là pour choquer, marquer les esprits. Voir le forêt de la perceuse pénétrer dans le crâne d’un SDF, pauvre victime d’un soir, est vraiment marquant. Sinon, le film parle moins d’un tueur fou que de la folie en elle-même, du malaise social, et de l’incompréhension que certains peintres reçoivent (le tableau de Reno, on le voit dans le film, ne plaira pas du tout au mécène). Driller Killer est un film culte, premier classique de Ferrara. Pour ma part, mon film préféré de lui, mais pas son meilleur quand même. C’est glauque, violent, gore, jamais drôle. Ferrara est excellent dans un rôle de déphasé, à un point tel que l’aspect volontairement documentaire du film rend mal à l’aise : on a vraiment l’impression que Ferrara est aussi dingue que Reno Miller. D’où la réussite de ce film.