"Le Dormeur doit se réveiller"
SPOILERS !
Réputé inadaptable, le roman Dune de Frank Herbert (premier volet d'une saga de 7 tomes, tous des monuments de la littérature de SF) avait failli l'etre, adapté, en 1974, par Alejandro Jodorowsky. C'est Moebius et Giger (concepteur de la créature Alien) qui auraient conçu les décors et costumes. C'est Pink Floyd et Magma qui auraient conçu la bande-son. Des storyboards avaient déjà été conçus, mais le projet fut abandonné, et ne reverra jamais le jour (personellement, j'estime ce projet avorté comme étant une des tragédies de l'histoire du cinéma : le résultat final aurait pu etre grandiose).
En 1984 (dix ans après, donc), le roman est à nouveau l'objet d'une adaptation. Cette fois-ci, l'adaptation suit son cours, et sort. Le réalisateur, peu à l'aise avec ce film (qu'il a renié, quasiment) n'est autre que David Lynch. Le film, Dune, son troisième film, sera un échec, un désastre financier, mais il est aujourd'hui considéré à juste titre comme un des films les plus réussis et cultes de l'histoire de la science-fiction. Soyons clairs, cette adaptation n'est pas totalement fidèle au roman de Herbert. Mais par la force de son interprétation (la liste des acteurs est impressionnante), la majestuosité de ses décors, le talent de Lynch (qui a pourtant fait un film totalement en contraire avec son style), et la beauté de la bande-son (signée du groupe Toto, excepté un ou deux thèmes signés Brian Eno) en font un grand spectacle, qui souffre peut-etre de petites longueurs, mais n'en est pas moins inoubliable.
L'histoire est limite inracontable. Les fanatiques de la saga de Herbert (ou du film de Lynch, meme si les deux semblent incompatibles) risquent de m'en vouloir à mort, mais peu importe. Je vais sans doute survoler certains détails, certains personnages, mais l'essentiel sera, j'espère, là. L'action se passe en l'an 10191. La galaxie est dirigée par un empereur, Padisha Shaddam IV (José Ferrer). C'est la propre fille de l'empereur, Irulan (Virginia Madsen), que l'on ne voit pas dans le film (ou alors, rarement) qui narre le début du film, dans un prologue de toute beauté sublimé par la musique de Toto.
Il existe plusieurs grandes 'Familles', qui règnent chacune sur leurs planètes respectives. Ces 'Familles' sont en quelque sorte la Cour de l'empereur, l'aristocratie. Le clan Atreides, qui vit sur Caladan, et est géré par le Duc Léto Atreides (Jurgen Prochnow), et le clan Harkonnen, vivant sur Guedi Prime, dirigé par le Baron Vladimir Harkonnen (Kenneth McMillan). Ces deux clans sont ennemis. Ils s'affrontent, entre autres, pour la possession de l'Epice, une drogue, qu'ils exportent, qu'ils récoltent sur la planète Arrakis, une planète de sable, sur laquelle vivent les Fremens (peuple des sables, aux yeux entièement bleus à cause de l'Epice) et d'immenses vers de sables. Arrakis est aussi surnommée Dune. Le baron Harkonnen n'a pas de fils, mais deux neveux, Feyd Rautha (Sting, rare à l'écran, mais chaque apparition est parfaite) et Rabban. Ces deux hommes sont cruels.
Quant au duc Léto, il a un fils, Paul (Kyle MacLachlan, acteur fétiche de Lynch), né d'une union entre lui et sa compagne, Jessica (Francesca Annis), membre de l'ordre du Bene Gesserit (un ordre religieux matriarcal - donc, féminin - dirigé par la Révérende Mère - Sian Phillips). Jessica avait pour consigne de ne pas enfanter de garçon, mais par amour pour Léto, elle a gardé Paul au lieu d'avorter de lui. Paul est l'héritier du trone, et vit donc sous une protection très serrée, apprenant meme à se battre auprès du chef de la sécurité, Gurney Halleck (Patrick Stewart). Un jour, la Révérende Mère fait passer un test cruel à Paul, le test de la boite. Un test de résistance psychologique à la douleur. Paul réussit ce test, sous la stupeur de la Révérende Mère qui se demande, en elle, s'il ne serait pas l'Elu, le Kwisatz Haderach, un surhomme capable de voir l'avenir et de se déplacer par la pensée, sans se mouvoir.
Au cours d'une visite sur Arrakis avec Jessica et Paul, Léto meurt, victime d'un complot organisé par les Harkonnens et l'empereur (qui, sous ordre de la C.H.O.M. - confédération des commercants d'Epice, en gros - a ourdi ce complot pour renverser les Atreides). Seuls survivants, Paul et sa mère Jessica (qui est enceinte d'une fille, comme Paul, sous les effets de l'Epice, peut le voir) errent dans le désert, et arrivent dans une cité Fremen. Là, Paul, qui se fera renommer Uzul Moad'Dib, va fomenter sa vengeance, en prenant le controle des Fremens et en constituant une armée. Sa mère accouche d'Alia, une jeune fille qui bénéficiera très vite de pouvoirs divinatoires.
Paul, qui découvrira l'amour auprès d'une jeune Fremen nommée Chani (Sean Young), va devenir de plus en plus puissant. Ses yeux virent entièrement au bleu, rapport à l'Epice. Il est devenu un vrai Fremen. Un jour, il demandera à boire l'Eau de la Vie, un poison extrèmement dangereux capable d'accroitre les dons de divination et de cognition, mais capable aussi de tuer. Il survivra, et deviendra le Kwisatz Haderach. C'est au cours d'un ultime combat qu'il afrontera les Harkonnens. Après avoir éliminé le Baron et détruit le complot en le mettant à jour, il affrontera, en un duel singulier, le dernier représentant des Harkonnens, Feyd Rautha. Ce dernier mort, Paul peut enfin règner, il est l'Elu, le Maitre Suprème. Le Dormeur s'est enfin réveillé.
Inclassable film, qu'on a du mal (beaucoup de mal) à comprendre quand on le regarde pour la première fois. Mais une fois qu'on commence à assimiler le film (lire le roman pour aider la comprenette serait une erreur, tant le film ne respecte pas entièrement le livre, largement plus ardu), on ne peut qu'etre plein d'admiration pour le boulot effectué par Lynch. Casting imparable (MacLachlan, Sting, Prochnow, Annis, Ferrer, mais aussi Brad Dourif, Max Von Sydow, Silvana Mangano, tous les acteurs sont impeccables !), musique renversante, scénario très bien ficelé, effets spéciaux qui, pour certains, ont vieilli, mais restent sublimes...Dune est un vrai chef d'oeuvre. Un film mal aimé, sous-estimé, échec lors de sa sortie, mais devenu culte avec le temps.
Certaines scènes de ce film (la montée sur le ver géant des sables, le duel Paul/Feyd, l'intro, le test de la boite) restent parmi les meilleures de l'histoire de la SF. Et si on peut vraiment regretter que Jodorowsky n'ait pas pu mettre en boite son adaptation du roman (parmi les acteurs qu'il souhaitait, Mick Jagger, Orson Welles, et meme Salvador Dali dans le role du Baron Harkonnen - et Dali n'était pas contre, mais en étant payé une fortune !), celle-ci n'en est pas moins unique en son genre. Un des plus beaux films de Lynch, meme si ce dernier l'a plus ou moins renié.
A noter, l'édition DVD collector, contenant 3 disques, propose, sur le second disque, la télévisée du film, durant 3 heures. Elle n'est disponible qu'en VOST, propose plusieurs scènes en plus, mais n'est pourtant pas du tout réussie par rapport au film de 135 minutes initial. En effet, dans cette version director's cut se trouve un beau défaut, qui fout en l'air le film : une voix-off énervante et omniprésente. A part ça, l'acquisition du DVD de ce film est tout bonnement indispensable. Impossible d'espérer aller au Paradis si vous ne l'avez pas !
Commentaires sur "Le Dormeur doit se réveiller"
- complètement d'accord avec bazarboy!

j'ai acheté l'ultimate édition et vraiment trop decu,
par contre pour les fans de dune, il existe une autre version,
le budget est moins gros par rapport au film de Lynch mais la version est beaucoup plus longue, beaucoup plus compréhensible et relativement bien réalisée. La version est certes plus récente (2001) et est suivi en 2003 "des enfants de dune".
Le film pèche un peu au niveau des effets spéciaux, notamment pour les décors de fond. Cela dit, il est vraiment bien.
Je ne sais pas si on le trouve dans les grands magasins, pour ma part j'ai dû le commander sur amazon!
Avis aux amateurs du genre. - Non, vraiment, nonDune est un film surestimé.

Mal foutu, incompréhensible pour qui n'a pas lu le livre de Herbert et ne connait pas l'univers de la saga, bardé d'effets spéciaux extrêmement datés (même pour l'époque : les incrustations font peine à voir comparativement à celles d'autres films de SF antérieurs, Star Wars, Blade Runner, bien mieux maîtrisées; par ailleurs, le Navigateur, conçu par Carlo Rambaldi, est une des créations mécaniques les plus ratées des films de SF des années 80), le film pêche par un manque flagrant de rythme, de cohérence et reste extrêmement pompeux (la voix off, les pensées de Paul, l'inexpressivité des personnages, tout cela laisse le spectateur sur le bord du chemin sans l'embarquer. L'action se déroule devant nos yeux avec un manque global d'unité, les motivations des factions en présence restant floues, celles des personnages creuses. L'on se bat, l'on chevauche des vers géants. C'est bien, mais c'est peu. Même le combat entre Paul et Feyd-Rautha suscite l'ennui tant l'on ne comprend guère l'enjeu lié à cette confrontation.
Au final, Dune est un film raté, pompeux, pénible et qui a très mal vieilli. Un échec commercial compréhensible à l'époque et, avec le recul, même maintenant. Un classique? Non, certainement pas. Le film reste emblématique des années 80 par son style visuel, clinquant mais sans réelle profondeur et est à ce jour une référence uniquement de par son statut de seule adaptation du roman d'Herbert au cinéma. Après, si on aime Sting en string, on peut s'attarder. Sinon, passez votre chemin.

























