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SPOILERS…

Je me retape pas mal de films d'horreur, en ce moment. De tous genres (gore, simplement horrifiques, psychologiques...), de toutes époques... Quand on se fait un petit cycle "films d'horreur", on en vient obligatoirement, tôt ou tard, à passer par la case Evil Dead. Une trilogie absolument grandiose dans son domaine. Une des plus particulières aussi, en celà que le deuxième opus est à la fois une suite et un remake déguisé du premier, et que le troisième opus est totalement différent des deux autres car il se passe au...Moyen-Âge, le héros ayant voyagé dans le temps, et ne comporte pour ainsi dire pas de gore. Mais c'est du premier opus que j'ai décidé de parler, ou plutôt de reparler, le film ayant déjà (comme les deux autres volets) été abordé ici il y à longtemps. Cete nouvelle chronique remplace l'ancienne. Evil Dead, donc, alias The Evil Dead en titre original, est un film totalement culte, sorti en 1981. Le film, très court (80 minutes qui passent comme un générique de série TV), est réalisé par Sam Raimi, dont c'est d'ailleurs le premier film. C'est aussi le premier film pour à peu près tout le monde ici, tous les acteurs, à commencer par le principal, Bruce Campbell, étaient amateurs, ainsi que la très réduite (37 personnes !) équipe de tournage. Le film a été tourné en 12 semaines (au lieu des 6 initialement prévues) dans le Tennessee et le Michigan et son succès commercial fera qu'il sera probablement rentabilisé plus vite que prévu. Le film a même reçu le Grand Prix du public du Festival du film fantastique de Paris, ainsi que le Saturn Award, en 1983, du meilleur film à petit budget. Outre Bruce Campbell qui joue le désormais cultissime Ash, les autres acteurs du film sont Ellen Sandweiss, Betsy Baker, Richard DeManincor et Theresa Tilly. En VO, la voix de l'esprit du Mal est celle de Sam Raimi lui-même. 

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Le film, fait pour moins de 40 000 dollars, tourné en relativement peu de temps, en décors naturels et avec des acteurs non-professionnels et réduits (ils ne sont que cinq), utilise à fond les manettes les codes du cinéma d'horreur, et rien que son pitch de départ semble avoir été utilisé un zillion de fois dans ce genre de films : une bande de potes (dont un frère et sa soeur, Ash et Cheryl, histoire dans rajouter dans le sentimentalisme de certaines scènes) partent en week-end entre eux, ayant loué une cabane paumée dans un coin reculé et difficile d'accès (faut voir le pont qu'ils doivent franchir, en voiture, au début du film, dans un état proche de l'Ohio comme l'aurait dit Adjani), au beau milieu d'une sombre forêt. La cabane n'est pas du genre cottage de luxe, loin de là, elle est crasseuse, rustique... Alors qu'ils s'y installent, dès le premier soir, d'un coup, ils aperçoivent la trappe de la cave s'ouvrir brutalement. Intrigués (surtout que, s'ouvrant par le haut, c'est quand même difficile que cela se fasse comme ça...), ils pensent que quelqu'un est dedans, et les deux hommes descendent, pour voir.

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Personne, mais un attirail étrange : un magnétophone à bande (bienvenue en 1981...), un vieux livre étrange, rempli de signes cabalistiques et de dessins terrifiants, et qui semble relié en cuir ou peau, et un sceptre orné d'une curieuse et terrifiante sculpture sur son pommeau (il y à aussi une affiche délabrée de La Colline A Des Yeux de Wes Craven au mur, hommage discret de Raimi). Ils remontent, et se mettent à écouter la bande, ensemble, tandis que quelqu'un feuillette le livre. Une voix, celle d'un homme distinguée racontant le résultat de ses fouilles dans un lieu plus ou moins déterminé, mais non situé aux USA, déboule. Apparemment, il supplie aux auditeurs de ne pas prononcer à haute voix les incantations présentes dans le livre. Ce qui sera cependant, on s'en doute, fait, et ça va réveiller des forces maléfiques présentes dans la forêt, qui vont attaquer et transformer en sortes de zombies (qui vont s'entretuer) à peu près tout le monde dans la cabane...

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Comme on le voit, un scénario d'une simplicité biblique (mais qui a dit que ça n'était pas efficace, la simplicité ? Ici, ça l'est carrément !) et peu original, et qui sera utilisé, usé et abusé, par bon nombre de films d'horreur par la suite. Le film sait instaurer une atmosphère glauque et flippante dès le début, et à ce titre, la scène de la cave est un parfait exemple : c'est d'abord Scott seul (joué par Richard DeManincor) qui descend, avec sa lampe torche. On assiste à une courte (mais qui semble très longue pour nos nerfs...) scène où on alterne des plns filmés de la salle (par-dessus les épaules des autres, en direction du trou du grenier) et de la cave (vue sur les visages anxieux des potes de Scott). Pas un bruit ne sourd (comme le chantait Bashung dans une de ses plus belles chansons) du trou de la cave, et à ce moment, on s'attend soit à ce que Scott ne déboule comme un diable sorti de sa boîte en faisant bouh ! pour foutre les jetons de sa race à ses ami(e)s, soit qu'il ait déjà été tué et que ça ne soit ce qui l'a tué qui ne déboule pour commencer les festivités. Rien de tout ça. Ash descend à son tour (les filles en font une descente d'organes tellement elles commençent à être pétrifiées de peur...et le spectateur aussi !) et retrouve un Scott occupé à regarder le curieux attirail que j'ai décrit plus haut, qu'ils remontent de la cave. Et là, les festivités commencent, un vrai opéra de la terreur comme fièrement indiqué sur l'affiche française du film.

 

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Malgré le budget rikiki, le film est d'une efficacité redoutable. On sursaute à plusieurs moments, notamment dans la toute dernière scène du film. J'ai prévenu en haut d'article qu'il y aurait des spoilers, et je pense aussi que toute personne amateur de cinéma d'horreur a vu ce film au moins une fois dans sa vie, Evil Dead étant vraiment célèbre et culte, et donc, vous savez qu'Ash (Bruce Campbell) est le héros de la trilogie et que, donc, il est en vie à la fin du premier volet (et du second). Donc à la fin, on voit Ash, ensanglanté, au lendemain matin de sa nuit de folie, en train de mettre ses affaires dans le coffre de la voiture pour enfin s'en aller, anéanti, exténué et seul, de ce lieu de cauchemar. Avant ça, la caméra filme la cabane, de l'autre côté, s'approchant de plus en plus vite, franchissant la porte ouverte, traversant à toute berzingue la grande salle, passe par l'autre porte et file droit vers Ash qui, d'un  coup, se retourne et hurle de terreur, la caméra fonçant vers lui, et...générique de fin. On trouvera rarement plus efficace en guise de conclusion, et si vous voulez savoir ce qui se passe après, filez regarder Evil Dead 2, une suite monumentale, meilleure que l'originale (une des rares suites de films à être meilleures que l'original avec Le Parrain 2, Les Valeurs De La Famille Addams, Hellboy II : Les Légions D'Or Maudites et The Dark Knight (et Batman - Le Défi aussi).

 

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Cet effet de caméra final (un coup de génie de Sam Raimi, qui a expérimenté pas mal dans ses premiers films) en rajoute dans le côté cartoonesque du film. Entre le rythme trépidant (je le rappelle, le film dure 1h20, et les dix premières minutes ne servent qu'à exposer le contexte, tout se passe dont en une bonne heure de film), le jeu d'acteur de Bruce Campbell dont les expressions faciales et regards font penser à un toon en folie et la surenchère dans la violence et l'action au fur et à mesure que le film avance, on a l'impression de regarder une version gore, et avec acteurs, d'un Bip-Bip et le Coyote, avec Ash dans le rôle du Coyote et les zombies (et anciennement ses amis) dans celui de très vicieux roadrunners. Le second volet poussera encore plus loin dans ce registre, Evil Dead 2 étant un des films d'horreur les plus drôles (ou une des comédies les plus flippantes et gore) du cinéma. Evil Dead premier du nom est lui aussi drôle (quand Ash se retrouve vraiment seul contre les zombies et prend clairement les choses en main, quand il se fait asperger de sang et autres matières innommables, commençant à ne plus ressembler à rien), mais il fait plus peur qu'il ne fait rire. Quand on voit la trappe de la cave (enchaînée après que la première victime devenue zombie y ait été foutue et qu'on l'ait verrouillée) se soulever et laisser apercevoir le visage zombifié et flippant de la fille, c'est d'un glauque...

 

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Et je n'ai pas encore parlé des effets gore. Pour le contexte (peu de budget, tournage rapide de 3 mois et amateurisme quasi-complet, sans parler de l'époque), c'est juste admirable, et en 2017, 36 ans après la sortie du film, les effets spéciaux restent franchement jouissifs. Zombie qui se putréfie en accéléré (on sent l'image par image du type animation en pâte à modeler, passée en accéléré), démembrement, giclures de sang et de pus, maquillages démentiels, ce film de 1981 fait avec trois fois rien reste totalement génial dans ses effets alors que d'autres films de la même époque, ayant coûté plus cher, passent moins bien la rampe que lui désormais. Evil Dead, film gore comico-horrifique, est indéniablement un immense classique du genre, et un des meilleurs premiers films jamais réalisés avec Eraserhead de Lynch et Reservoir Dogs de Tarantino pour ne citer que ces deux exemples. Un film culte s'il en est, qu'il est toujours bon de revoir de temps en temps, si possible la lumière éteinte. Personnellement, j'ai vu ce film pour la première fois d'une manière très tardive, en 2003, pour les 20 ans (ils ne savent pas compter, dans l'industrie cinématographique, le film datant de 1981...) de la première sortie. Bref, je l'ai vu en salles, oui oui. J'ai eu l'honneur (comme tant d'autres, aussi bien en 2003 qu'à la sortie initiale du film) de le voir en salles, mieux : de le découvrir en salles. Je ne suis pas du genre impressionnable, Shining ou L'Exorciste ne m'ont jamais foutu les jetons (pour moi, le film le plus flippant est La Maison Du Diable de Robert Wise pour son côté "angoisse à tout va sans rien montrer au spectateur", ou bien Salo Ou Les 120 Journées De Sodome de Pasolini parce que ce qu'il montre est, pour l'espèce humaine, terrifiant), mais pour le coup, j'ai sursauté à plusieurs reprises. Et ça l'avait fait lors de mon deuxième visionnage, en DVD, du film. Preuve s'il en est que quand on parle de cinéma d'horreur, il est impossible de ne pas citer Evil Dead !