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SPOILERS !

Fernando Arrabal n'est décidément pas un cinéaste comme les autres. J'avais déjà abordé ici son premier film, datant de 1971, Viva La Muerte, un choc visuel et idéologique profondément violent et saisissant. Avec son second film, réaisé en 1973, J'Irai Comme Un Cheval Fou, Arrabal va encore plus loin, mais cette fois, avec nettement plus d'humour. Enfin, de l'humour, Viva La Muerte n'en avait pas vraiment, alors... Le film, français, est interprété par Emmanuelle Riva (Hiroshima Mon Amour), George Shannon et Hachemi Marzouk. Il est totalement psychédélique et surréaliste, dans la plus pure tradition du surréalisme Panique crée par Arrabal, Topor et Jodorowsky. Le film est à la fois très drole et visuellement choquant.

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Un homme, Adan (George Shannon) est recherché pour le meurtre de sa propre mère. Il quitte la ville de Paris, et se réfugie dans le désert africain, au Maghreb. Là, il rencontre Marvel (Hachemi Marzouk), un petit homme assez étrange, une sorte d'ermite vivant avec ses chèvres, un homme au physique peu engageant au premier abord, et qui semble assez mystique. Les deux hommes se lient d'amitié, puis carrément d'amour, meme s'ils ne se contenteront que de l'amour platonique, ils ne passeront pas à l'acte. Au bout d'un certain laps de temps, Adan retourne à la civilisation, et emmène Marvel avec lui, pour lui faire découvrir la civilisation, le vrai monde. Mais la découverte du monde civilisé ne se fera pas sans mal pour le petit etre au physique ingrat...

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Le film est dur. Lors de sa sortie, il n'échappera pas aux foudres de la censure, malgré tout le talent d'Arrabal pour faire de ce film un chef d'oeuvre. On pourra lire, sur une affiche, La commission de contrôle a le devoir d’avertir le public que les thèmes de ce film sont symbolisés ou illustrés par des séquences de pornographie, de scatologie, d’atrocités physiques et mentales, autrement dit une assez longue mesure de prévention pour dissuader les plus jeunes et fragiles (et prudes) d'aller voir ce film.

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Mais, au juste, qu'est-ce qui fait que ce film mérite, dans un sens, cette mesure de prévention ? Oh, rien de moins que quelques scènes assez choquantes, telle cette scène de cannibalisme gore et ultra réaliste, cette séquence où un homme étreint un squelette sanguinolent et se couche dessus en l'embrassant, cette séquence scatologique où un homme fait pénétrer une tige de fleur dans l'anus d'une jeune femme, avant de sucer avidement la tige de fleur, ressortie...marron (excusez si j'ai été écoeurant)...Ou bien encore une scène de castration, un enfant fusillé, une éjaculation faciale, des mutilations, des squelettes pendus au réverbères et au-dessus du périphérique parisien, ainsi qu'un parenticide...Bien sur, tout ceci est fictif, truqué, ce n'est pas un snuff ! Vous le voyez, rien de bien méchant, cet Arrabal sait vivre.

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J'Irai Comme Un Cheval Fou est un film de malade, très dur, impressionnant, imprévisible, décalé, écoeurant et envoutant à la fois. Un chef d'oeuvre tout à tour poétique et trivial, doux et amer, cinglé et sensé. La scène où un homme, après avoir mangé le corps de son ami, étreint ses restes sanguinolents et squelettiques en pleurant est à la fois dégueulasse, révulsante, et émouvante. Pour avoir réussi à faire passer à la fois du dégout et de la compassion dans l'esprit du spectateur, Fernando Arrabal mérite réellement la terme de génie total. Ce film est à voir, mais pour spectateurs avertis, et meme plus qu'avertis.