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SPOILERS...

Si Scorcese n'avait pas obtenu la Palme d'Or avec Taxi Driver, c'est avec ce film qu'il aurait pu l'avoir. Non pas que le film ait eu une vraie chance d'obtenir la récompense suprème, mais il est, selon moi, largement plus ambitieux et réussi que Taxi Driver (malgré le fait que Taxi Driver soit un chef d'oeuvre absolu lui aussi, et que sa Palme d'Or est vraiment méritée). Réalisé par un Martin Scorcese en état de grace, interprété par un Robert De Niro qui tient ici un de ses cinq plus grands roles, Raging Bull est un summum de réalisation et d'émotions brutes, quasiment inégalable.

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Robert De Niro n'est pas le seul acteur de ce film à etre incroyable : Joe Pesci, pour son premier vrai role au cinéma, est lui aussi remarquable, extrèmement talentueux. Cathy Moriarty, elle, en plus d'etre ravissante, est également très talentueuse. Mais c'est vrai que De Niro écrase tous les autres acteurs, de par sa présence incroyable. Physiquement, c'est impressionnant, on a du mal à le reconnaitre ; l'acteur a été meme jusqu'à prendre volontairement 30 kilos pour avoir la carrure de La Motta période 'fin de règne'. Il aura du mal à perdre ces 30 kilos par la suite, et il en gardera quelques légères séquelles physiques (le cou, plus large qu'auparavant, quelques bourrelets...). De Niro, issu de l'Actor's Studio, ne voulait pas de prothèses pour grossir son personnage. Quand il tournera Les Incorruptibles en 1987, avec De Palma, il optera pour une prothèse, l'expérience Raging Bull ayant été assez difficilement digérable pour lui (il vécut la prise de ces 30 kilos comme un supplice, devant bouffer tout le temps, meme sans avoir faim, pour les obtenir - mais c'était son choix).

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Le film, filmé dans un noir et blanc sublime (excepté une séquence en couleurs, montrant la famille La Motta dans ses années de gloire), raconte une bonne partie de la vie du boxeur américain Jake La Motta (Robert De Niro). Natif du Bronx, un des quartiers les plus défavorisés de New York, Jake La Motta va devenir, progressivement, et avec le soutien de son frère Joey (Joe Pesci), qui le manage, un champion de boxe. Il affrontera les meilleurs (Marcel Cerdan, Sugar Ray Robinson), les vaincra souvent, se prendra des gnons tout aussi souvent (c'est le métier qui veut ça), se mariera à une charmante blonde, Vickie (Cathy Moriarty), aura une vie de reve, mais la chute sera, elle aussi, dure : problèmes fiscaux et judiciaires, liens apparentés avec le gangstérisme, problèmes divers, ennuis conjuguaux (La Motta ne tapait pas que sur le ring)...

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La fin de carrière du boxeur mythique des années 40-50 (ces années sont remarquablement abordées ici) sera une vraie descente aux enfers : dans les années 60, La Motta, grossi, presque obèse (De Niro, je le répète, impressionnant), deviendra un artiste de music-hall comme les autres, ayant des penchants pour l'alcool et la drogue. Fin de carrière dramatiquement médiocre pour un homme qui, pendant ses années de gloire, a tout eu, et meme plus. Il a brulé la vie par les deux bouts, en a profité, mais il faut bien payer, un jour où l'autre, et Jake La Motta a été servi. Meme l'adultère ne lui aura pas été épargné, et pas n'importe lequel, puisque sa femme l'a fait cocu en couchant avec Joey, son frère (scène remarquable et culte, où De Niro s'approche de Pesci en lui disant, d'un ton froid, you fucked my wife ?).

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Robert De Niro s'est, bien évidemment, entrainé à la boxe, pour ce film ; Jake La Motta lui-meme (le vrai, qui se rendra compte à quel point il avait été un homme odieux et violent lorsqu'il verra le film) l'a entrainé. Le film est l'adaptation du livre du meme nom que La Motta avait écrit, son autobiographie sans concessions. Graphiquement, le film est sublime, entre ces scènes de matches de boxe absolument saisissantes (le nez, aplati par le gant, le sang qui coule à flots, les visages massacrés...jamais la boxe n'aura été aussi bien montrée à l'écran) et ces intermèdes familiaux assez tendus pour la plupart, La Motta n'étant pas du tout un ange, mais plutot une sorte de taureau enragé...Porté par une musique sublime, le film est probablement un des plus grands chef d'oeuvres de l'histoire du cinéma américain. Si on me demande de choisir un film de Scorcese, c'est celui-ci que je prend.

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Martin Scorcese allait mal, au moment où De Niro est venu vers lui pour lui proposer de faire ce film. L'échec de New York, New York (avec De Niro et Liza Minelli), dans lequel il avait beaucoup misé, l'a miné, ainsi que la drogue, bien entendu, Scorcese ayant eu des ennuis avec la poudre. Il était dans un état assez faible quand il entreprit de faire Raging Bull, et, au final, faire ce film fut pour lui comme une étape décisive dans l'amélioration de son état. Scorcese, qui déteste la boxe mais a aimé faire ce film, a reprit, par la suite, du poil de la bete ; passé ses ennuis de drogue, qui ont prit fin avec ce film, il n'en a jamais plus eu de sa vie... Il faut voir Raging Bull, que vous aimiez ou non la boxe. Moi, personellement, je n'aime pas ce sport, du tout, mais j'adore ce film, qui la montre, à mon sens, avec le meilleur angle possible. Des films ayant pour thème la boxe, vous en avez de très bons, comme Rocky (le premier) ou, dans un sens, Million Dollar Baby. Mais il n'y en à qu'un seul qui représente aussi bien ce sport, c'est ce film de Scorcese.

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Interprétation inimaginablement bonne de De Niro, réalisation imparable, visuellement inoubliable, doté d'un scénario remarquable et totalement en raccord avec la véracité des faits, le film est un de ces jalons qui marquent la vie d'un cinéphile. A voir, à revoir, sans cesse...Pour les plus réfractaires, n'oubliez pas que c'est souvent au bout de plusieurs visions qu'on commence réellement à se rendre compte de la beauté d'un film ; Raging Bull ne fait pas exception : on ne l'apprécie vraiment dans sa totalité qu'après deux ou trois visionnages. Mais passé cette étape obligatoire, oh la vache, qu'est-ce que c'est bon !