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SPOILERS !

Je n'irai pas par quatre chemins : meme si vous avez l'habitude de regarder des films de malades, l'expérience Desperate Living sera un énorme choc, un point de non-retour absolument tétanisant. Avec ce film de 1977, John Waters, le 'pape du mauvais gout', signe sa plus grande oeuvre. C'est à dire, son film le plus choquant, déviant, subversif. Une oeuvre trash tour à tour hilarante et virulente, hors du commun. Le film, qui est interdit aux moins de 16 ans (et c'est largement le minimum, croyez-moi), n'est pas spécialement gore ou dégueulasse. Il ne contient pas de scènes dégoutantes comme la fameuse dégustation de merde de caniche de Pink Flamingos (bientot sur ce blog, avis aux amateurs et aux fans !). C'est dans son propos qu'il est vraiment décalé et trash.

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L'histoire est complètement dingue : une jeune femme, Peggy Gravel, en proie à de multiples crises de névroses (la jeune femme, jouée par Mink Stole, est apparemment complètement secouée), pète les plombs. Elle agresse son mari, qui tentait de la calmer, et demande de l'aide à sa femme de ménage, Grizelda (Jean Hill, une Black de 400 livres !!), qui ne trouve rien de mieux à foutre que de s'asseoir sur le visage du mari, le tuant rapidement. Les deux femmes, paniquées, s'enfuient.

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En chemin, elles croisent la route d'un policier motard complètement pervers, habillé en bas résilles sous son pantalon, et qui les forcent à retirer leurs culottes et à l'embrasser goulument, avant de les laisser partir, leur indiquant le chemin pour se rendre à Mortville. Mortville st un repaire de tarés en tous genres. Criminels, clochards, vermine, drogués, cinglés s'y regroupent, dans un taudis inimaginablement crasseux (un bidonville de Calcutta ressemble au Hilton à coté), et tous sont gouvernés par la reine Carlotta (Edith Massey, la vulgarité faite femme), une femme immense, énorme, conne et cruelle, qui en fait voir de toutes les couleurs aux habitants, ainsi qu'à sa fille, Coo-Coo.

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Peggy et Grizelda sont hébergés par Mole (Susan Lowe) et Muffy (Liz Renay, sex-symbol par excellence), un couple de lesbiennes hystériques et craignos - Mole, d'ailleurs, est totalement androgyne, et a le visage bien pustuleux. Dans ce repaire de malades, Peggy et Grizelda vont vite découvrir ce que c'est que la misère, la déviance et la vie au beau milieu de tarés...Au fur et à mesure, Peggy deviendra de plus en plus vicieuse et cynique, arrivant meme à se lier avec Carlotta, devenant son éminence grise lorsque celle-ci, lassée de Mortville, se décidera à vouloir inoculer la rage sur sa fille et la larguer dans la population, pour anéantir tous ses 'sujets'...Heureusement, Mole et Muffy veillent !

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John Waters n'y va pas avec la main morte du dos de la cuillère (!), ce film (qui fut classé X aux USA, on s'en doute) est un vrai catalogue de perversions et de scènes trash. Choisissez, entre la lesbienne gagnant à la loterie et décidant de se faire greffer un pénis, avant de le couper et de le jeter au chien, se rendant compte que sa copine ne voulait pas de mecs...Ou encore une grosse Noire écrasant le visage d'un homme en s'asseyant dessus...Un combat de catch ahurissant, dans lequel un des candidats perd un oeil, rapidement piétiné par l'adversaire...Un chien écrasé par une voiture...Une femme grillée à point et dévorée...Un repas à base de rat...Des scènes de sexe lesbiennes...Une femme dont le visage est enfoui dans un grand bol de patée pour chiens, et qui en meurt...

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Waters fait aussi de Mortville le repaire de fascistes grand crin. Les murs du chateau (lequel chateau fait vraiment carton-pate vu de l'extérieur) sont ornés de tableaux représentant Adolf Hitler, Charles Manson ou Idi Amin Dada, rien que ça ! La reine Carlotta se fait trimbaler en chariot tellement elle est énorme, elle se tape tous ses gardes du corps (assez bien pourvus)...Voir Desperate Living pour la première fois est un moment inoubliable. Le film est court, seulement 1h28, mais chaque seconde reste à jamais gravée dans votre tete.

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Les acteurs (actrices, plutot, Waters parlant souvent de ce film comme d'un 'conté de fées lesbien') sont tous absolument hystériques, ils braillents plus qu'ils ne parlent. Ils surjouent souvent (Mink Stole au début du film, pétage de durite mémorable : dites-vous souvent vous venez de me faire perdre 30 secondes de ma vie, espèce de salope, je vous hais, vous et toute votre famille ! à quelqu'un qui vous appelle au téléphone par erreur ?), mais ils sont tous (et toutes) absolument jouissifs. Le film est à la fois malsain (et comment ! Difficile de survivre à toute cette débauche d'idées dingues, farfelues et déviantes, balancées en si peu de temps) et jubilatoire. A voir, mais uniquement si vous avez le coeur bien accroché, et si vous n'etes pas trop sérieux. Un film réservé à un public averti ! Desperate Living est de loin le meilleur film de John Waters, son plus barge, son plus subversif...Un monument underground.