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SPOILERS…

Réalisé en 1969, L’Etau est un des films les plus inhabituels d’Alfred Hitchcock. Adaptation d’un roman de Leon Uris du nom de Topaz (qui est également le titre original du film, au passage, un titre énigmatique que je préfère largement à son titre français), ce film est du genre ‘espionnage’, contrairement aux autres films de Hitchcock, qui sont des films de suspense. Généralement, on qualifie la période 1954-1964 comme étant l’Âge d’Or pour Alfred Hitchcock, période durant laquelle il fit Psychose, La Mort Aux Trousses, Sueurs Froides… De même, on considère qu’à partir de Pas De Printemps Pour Marnie, la carrière de ce grand réalisateur a commencé à marquer un net déclin. Pour beaucoup, les films les moins réussis de Hitchcock sont Le Rideau Déchiré (autre film scandaleusement sous-estimé qui sera abordé un de ces jours ici) de 1965, Complot De Famille (son dernier film) de 1976, et surtout L’Etau (en 1972, Hitchcock réalise un monument, Frenzy).

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Si je suis d’accord pour qualifier Complot De Famille de film médiocre, je ne suis absolument pas d’accord en ce qui concerne L’Etau. C’est effectivement un film au scénario un peu trop complexe. De plus, c’est un film d’espionnage pur, dans lequel le suspense hitchcockien n’a que peu de place (un comble pour les fans de la première heure). Enfin, il dure 120 minutes, mais la version intégrale dure 20 minutes de plus environ, et allez savoir pourquoi, n’est pas disponible chez nous. Bref, c’est un film remonté, et ça se sent. Pour finir, trois fins différentes ont été faites (elles sont toutes les trois sur le DVD), aucune n’a plu au moment des screen-tests. C’est la seconde qui fut choisie. Mais ce film est cependant excellent dans son genre. Interprété par Frederick Stafford, John Forsythe, Dany Robin, Michel Subor, Karin Dor, John Vernon, Michel Piccoli, Claude Jade et Philippe Noiret (rien que ça !), Topaz se passe en 1962, à peu près au moment de la très célèbre crise de Cuba. En fait, il aborde grosso modo l’affaire des missiles russes de Cuba.

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Le début du film se passe à Copenhague, au Danemark, et montre un diplomate soviétique, Boris Kusenov (Per-Axel Arosenius) et sa famille (une femme, une fille) passer à l’Ouest, avec le concours des services secrets américains, et surtout de l’agent secret Michael Nordstrom (John Forsythe). Ce Kusenov détient des informations de la plus haute importance concernant des missiles soviétiques en base à Cuba, susceptibles de servir à attaquer les USA.

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Mais Kusenov apprend aussi à Nordstrom que des failles existent dans les services secrets français. En effet, il existe un réseau de contre-espionnage dont font partie des responsables et agents français, un réseau du nom de Topaz (Opale, en VF). Nordstrom offre ces informations à André Devereaux (Frederick Stafford), un agent secret français en poste à Washington, et un de ses amis, de plus. Devereaux accepte d’aider la CIA à en savoir plus sur ces missiles cubains, et parvient, grâce à une taupe située à Cuba (Juanita de Cordoba – Karin Dor –, une veuve d’un héros de la révolution cubaine, et accessoirement sa maîtresse) à découvrir que des missiles se trouvent effectivement sur place à Cuba. De retour à Washington, Deveraux apprend, de ses supérieurs, qu’il est obligé de retourner à Paris pour leur dire pourquoi il est parti sans autorisation à Cuba, et pour qui il a donc travaillé là-bas. Devereaux, ayant auparavant appris que le réseau Topaz était probablement dirigé par un certain Colombine, et secondé par un membre de l’OTAN, Henri Jarré (Philippe Noiret), va tout faire pour démasquer les dirigeants de Topaz…

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C’est assez amusant de voir Philippe Noiret et Michel Piccoli (qui n’apparaissent qu’au bout de 90 minutes de film) converser, entre eux (et avec d’autres acteurs), dans la langue de Shakespeare. En effet, ça s’entend parfaitement, les deux acteurs n’ont pas été doublés, ce qui rajoute au charme du film et au talent de ces deux acteurs (ils parlent très bien anglais, avec un petit accent français très naturel). En revanche, je trouve Frederick Stafford morne, plat, sans expression, creux. C’est bien le défaut de film, cet acteur, il ne fait passer aucune expression, aucun charisme. Plat comme un électroencéphalogramme de moule. Mais on compense cette tare par les autres acteurs, franchement bons, et un scénario certes complexe, mais finalement très bien écrit, et passionnant (enfin, je l’ai trouvé passionnant).

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Ce n’est pas le meilleur film de Hitchcock. Certes. Ce n’est pas non plus une merde. Personnellement, même si je considèrerai toujours La Mort Aux Trousses, Sueurs Froides, Psychose, L’Homme Qui En Savait Trop et Frenzy comme les meilleurs absolu du Maître du suspense, je ne peux m’empêcher d’éprouver une tendresse et un amour particuliers pour ce film mal-aimé, sous-estimé, rarissime (il passe vraiment rarement à la TV, je n’ai même pas souvenance de l’avoir vu à la TV, je l’ai découvert en DVD) et incompris à sa sortie.

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Pour moi, Topaz est un Hitchcock excellent, à découvrir (ou redécouvrir) de toute urgence. Comment faire pour vraiment apprécier le film ? Oublier, l’espace des 2 heures qu’il dure, que son réalisateur est Alfred Hitchcock. Et franchement, si vous parvenez à faire abstraction des autres films d’Hitchcock, vous arriverez à voir un excellent film dans Topaz ! Dernière chose : savez-vous pourquoi Noiret apparaît avec une béquille dans le film ? Parce qu’il s’était cassé une jambe avant le tournage, et, donc, ne pouvait se déplacer normalement !