1226413935_2517vb

SPOILERS !

Voici une série de films réalisés entre 1971 et 1974 par le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini. Ils forment ce que l’on appelle maintenant la Trilogie de la Vie, et sont tous interdits aux moins de 16 ans. Cependant, il s’agit de comédies, et de films à sketches. Certes, ces comédies sont paillardes, libertaires. Ce sont des comédies érotiques, et les seuls films érotiques (mais non pornographiques, aucune scène porno ne se trouve dans ces films) qui seront abordés sur mon blog. Parce que s’il s’agit de films érotiques, ils s’agit surtout d’œuvres d’art, visuellement superbes, et passionnantes.

LE DECAMERON (1971)

1226413700_le_decameron_0

Voici donc le premier film de cette trilogie, Le Décaméron, réalisé en 1971. C’est l’adaptation d’un recueil de contes écrit par un italien du nom de Boccace (Boccacio). Le recueil date du XIVème siècle. Le principe est simple : pendant une épidémie de peste, à Florence, dix jeunes gens (des deux sexes) se réfugient dans une villa pour éviter la contagion. Pendant dix jours, ces dix personnes vont, à leur tout, raconter une histoire par jour. Soit, au total, cent histoires. Pasolini a choisi de raconter dix des cent contes du livre, les dix plus belles histoires selon lui. Le film est interprété en quasi-totalité par des acteurs non professionnels choisis dans les rues de Naples (car les lieux des histoires ont changé, dans le film, c’est vers Naples plutôt que Florence), par Pasolini et son grand ami Ninetto Davoli. Mais le film est aussi interprété par, justement, Ninetto Davoli, Franco Citti, et Pasolini lui-même (le peintre Giotto). La musique est signée du grand, de l’immense Ennio Morricone, et la photographie, de Tonino Delli Colli.

1226413759_bb

Paillardes, osées, légères, amorales, les histoires du Décaméron sont de vrais fabliaux du Moyen-Âge. Les voici, pas spécialement dans l’ordre du film, mais en totalité :

- Un jeune homme, Andreuccio (Ninetto Davoli), apprend qu’il a une sœur. Alors qu’il dort chez elle après avoir fêté dignement leur parenté récemment découverte, il est pris de l’envie d’aller au petit coin. Il tombe dans la fosse (pleine de merde), parvient à sortir, mais se retrouve enfermé dehors. Son argent et ses vêtements sont restés dans la maison de sa soit-disant sœur (car on comprend qu’elle lui a fait croire cela afin de le voler).

- Ce même Andreuccio rencontre, alors qu’il erre dans Naples, à moitié nu et couvert de merde, deux brigands qui lui proposent un marché : les aider à voler la tombe d’un cardinal récemment décédé. Mais les deux hommes, après avoir fait entrer Andreuccio dans la tombe, le laissent dedans. Andreuccio parviendra à s’enfuir grâce à l’aide impromptue d’une autre horde de voleurs…

- Une jeune femme infidèle, Péronella (Angela Luce), fait nettoyer une immense jarre par son mari pendant qu’elle se tape son amant.

1226414003_ds

- Un jeune homme se fait embaucher dans un couvent comme jardinier, en se faisant passer pour un sourd-muet, ayant appris que les nonnes de ce couvent avaient le feu au cul et profiteraient de son présumé handicap pour se donner toutes à lui en secret. Et en effet !

- Un prêtre affirme pouvoir changer une femme en jument, beau prétexte pour la mater et la chevaucher !

- Deux jeunes amoureux surpris nus sur un balcon par les parents de la jeune fille.

1226413736_j

- Un menteur invétéré et criminel notoire, Ciapelletto (Franco Citti) parvient, avant de mourir, à se faire passer pour un homme pieux, et le prêtre lui donnant les derniers sacrements y croit tellement fort qu’il le canonise direct !

- Deux hommes aimant la bonne chère ont peur de la mort. Ils se promettent que le premier à mourir reviendra pour raconter l’au-delà à son ami. L’un des deux meurt, et vient rassurer le survivant sur l’enfer, auquel il n’a pas eu droit. Rassuré, le survivant va pouvoir se taper sa maîtresse sans remords !

- Une jeune femme se tape son commis. Les trois frères de la jeune femme, écoeurés de tant de déshonneur, tuent le commis. La jeune femme, discrètement, va déterrer le corps de son amant pour récupérer sa tête, qu’elle enterre dans un pot de basilic, afin de l’avoir en permanence près d’elle.

- Giotto (Pasolini), un peintre itinérant, reçoit comme commande de faire une fresque dans une église.

1226414113_nnn

Comme vous pouvez le constater, les thèmes principaux sont donc bien le sexe, l’amoralité, la tromperie, et l’amour, qu’il soit autorisé ou pas. Tous ces contes sont magnifiques, très bien réalisés, aucune lassitude ne vient durant le visionnage de ce film magnifique. Pasolini n’hésite pas à montrer des corps nus, féminins ou masculins (et on dénombre quelques plans de sexes masculins, mais très courts et sages), mais on ne trouve pas de la nudité en permanence dans le film. Il est cependant interdit aux moins de 16 ans, ce qui est normal, car s'il ne s’agit pas du film le plus osé au monde, ça reste un film érotique. Très drôle, picaresque, ce premier volet de la Trilogie de la Vie est probablement le meilleur. Ma préférence va cependant au second volet, dont vous saurez plus en vous rendant quelques lignes plus bas !

LES CONTES DE CANTERBURY (1972)

1226503871_les_contes_de_canterbury_0

Ce second volet de la Trilogie de la Vie est l’adaptation d’un recueil de contes écrit au XIVème siècle par l’anglais Geoffrey Chaucer (Pasolini, dans le film, tient justement le rôle de Chaucer), et prend comme base le pèlerinage, vers Canterbury (haut lieu religieux anglais), d’une troupe de gens très différents, dont pas mal de notables. Sur la route, ces personnes vont tour à tour se raconter des histoires, c’est même à celui qui racontera la plus belle histoire. Le film, paillard et léger, délicieusement amoral, contient moins de contes que Le Décaméron ou que le troisième film, Les Mille Et Une Nuits (c’est aussi le cas du livre de Chaucer, épais, mais contenant moins de contes que les deux autres livres adaptés). Mais toutes les histoires, parfois assez difficile à cerner, sont remarquables. En tout, huit contes se trouvent dans le film (l’ordre ci-dessous n’est pas celui du film).

1226503973_v

- Un riche et vieux seigneur (Hugh Griffith) décide de se marier avec la belle Mai (Joséphine Chaplin). Mais la belle, profitera de la vieillesse et de la cécité (passagère) de son mari pour le tromper avec plus jeune que lui…

- Un abruti incapable de conserver le moindre petit boulot, Perkin (Ninetto Davoli) passe son temps à voler de la nourriture et à faire des farces d’un goût douteux. Jusqu’au jour où, surpris dans le lit d’un couple, il est condamné au pilori.

1226504030_n

- Deux étudiants se vengent d’un meunier qui les a dupés. Hébergés chez lui, ils profitent de la nuit et du sommeil lourd du meunier pour se taper sa femme et sa fille.

- Un régisseur ne lésinant pas sur les extorsions diverses rencontre un homme avec lequel il devient ami. L’homme (Franco Citti) se dit être le Diable en personne, et il le lui prouvera !

1226503943_w

- Un jeune homme courtise la femme d’un ami. Il profitera de la bêtise crasse de son ami pour le berner et se taper sa femme. Mais un autre homme la courtise aussi, et se voir rejeté par elle au profit de l’autre lui donnera des idées pas très catholiques pour se venger (coup de tison dans le cul)…

- Trois jeunes hommes décident de rencontrer la Mort afin de la vaincre. Un vieillard leur indique que la Mort se cache sous un arbre. Sous l’arbre, ils trouvent un trésor, et s’entretuent pour l’avoir.

1226503909_a

- Un curé cupide reçoit la visite d’un ange qui lui ordonne de le suivre, afin de visiter l’Enfer. Là, il aperçoit, entre autres, Satan faisant sortir des moines de son anus…

- Une bourgeoise (Laura Betti) épuise tous ses maris, un à un, en leur faisant l’amour trop souvent. Amassant une vraie fortune, elle se fait cependant tuer par son cinquième mari, qui n’est pas vraiment fanatique de la tringle…

1226504057_ff

Encore une fois, c’est trivial, amoral, drôle et coquin (plus de nudité ici que dans Le Décaméron, ambiance plus libertaire). Si deux ou trois contes peuvent sembler un petit peu longuets (celui avec Ninetto Davoli, qui rend hommage à Charlie Chaplin, est amusant, mais entendre Davoli chanter à tue-tête laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa laaaaaaaaaaaaaaaaaa comme un demeuré est assez soûlant, il faut le reconnaître), l’ensemble est magnifique. Aussi réussi que le premier film, malgré des contes plus difficiles à cerner, car plus longs. Cependant, ce second volet de la Trilogie de la Vie est de loin mon petit préféré des trois. Deux ans plus tard, Pasolini achèvera sa trilogie avec un ultime film un petit peu moins grandiose, mais tout aussi beau visuellement parlant. Pour en savoir plus, sautez une ou deux lignes !

LES MILLE ET UNE NUITS (1974)

1226588321_a0002640

Ce troisième (et donc ultime) volet de la Trilogie de la Vie s’inspire, bien entendu, du fameux recueil de contes écrit en langue arabe Les Milles Et Une Nuits, dont l’auteur est à ce jour encore inconnu. Ce recueil ne porte pas ce nom pour rien, car il possède réellement 1001 contes (ce qui fait que jamais l’édition intégrale du livre ne pourra tenir en un seul tome, même en deux tomes – cette édition intégrale existe cependant, bien sûr, mais je n’ai lu de ce recueil qu’une sélection de 50 contes en tout). Une quinzaine de contes ont été sélectionnés par Pasolini pour son film. On retrouve Ninetto Davoli et Franco Citti (un démon) dans le casting de ce film. On y trouve aussi Inès Pellegrini, Franco Merli, Tessa Bouche, mais l’essentiel du casting est, comme pour les deux autres films (et comme à l’habitude de Pasolini), constitué d’amateurs pris dans les rues.

1226588351_h

Certains contes sont plus longs que d’autres. Le conte mettant en scène Ninetto Davoli est le plus long, il parle d’un jeune Arabe du nom d’Aziz (Davoli), devant se marier avec sa cousine Aziza (Tessa Bouche), mais tombant amoureux d’une jeune femme énigmatique, Boudour. Cette jeune femme le rend tellement fou amoureux qu’Aziza se résigne et aide Aziz à la séduire. Aziz va tomber dans un jeu amoureux d’une grande complexité, qui va le mener, peu à peu, au désespoir.

1226588486_z

Dans l’ensemble, ce film est différent des deux autres volets, en cela qu’il n’est pas une suite de saynètes érotico-comiques, mais plutôt un film linéaire. Le début du film montre un jeune homme, Noureddine, acheter une jeune et jolie esclave, Zoumourroud. Les deux jeunes gens tombent amoureux, mais Zoumouroud est vite enlevée par un homme mystérieux. Nourreddine va se lancer à sa recherche. Zoumourroud, elle, parvient à s’enfuir, et arrive dans une cité dont le roi vient de mourir. Etant habillée en tenue masculine, les habitants la prennent pour un homme et la nomme roi de la cité. Zoumourroud décide de ne rien dire de sa condition féminine. Un jour, l’homme l’ayant enlevée arrive en ville. Elle le fait arrêter et tuer.

1226588377_bbbbb

Nourreddine, lui, poursuit sa route pour rechercher son amoureuse. Il rencontre plusieurs jeunes femmes séduisantes, qui lui racontent l’histoire d’Aziz (laquelle contient aussi une histoire à propos de deux jeunes hommes). Nourreddine part, et arrive dans une cité, la cité dirigée par Zoumourroud. Zoumourroud reconnaît Nourreddine, et les deux amoureux se retrouvent… Entre ces différentes péripéties qui arrivent aux deux amoureux, quelques histoires se tissent, se déroulent. Il est assez difficile de raconter Les Mille Et Une Nuits, car, contrairement au Décaméron et aux Contes De Canterbury, le film suit une ligne narrative complexe (un personnage raconte une histoire à propos d’un autre personnage, qui, lui-même, se fait raconter une histoire par un ou deux autres personnages dans son histoire – prenez un Doliprane, ça va passer).

1226588517_qqq

Le film est un tout petit peu moins fort que les deux autres, mais visuellement, rien à dire, il est magnifique. Les décors sont somptueux, les acteurs, professionnels ou non, sont exceptionnels, le scénario est magnifique. C’est juste le changement de style narratif, comparé aux eux premiers films, qui rend Les Mille Et Une Nuits moins grandiose. Mais tout est relatif, car le film est cependant magnifique. Il a obtenu un prix au festival de Cannes, en 1974.

1226588461_ss

En résumé, voici une trilogie parfaitement magnifique, une succession de films à la fois érotiques, comiques, poétiques et picaresques. Un œuvre phare du cinéma de Pier Paolo Pasolini, une trilogie qui célèbre les forces de la vie, de l’amour, de la joie, et qui se doit d’être vue à tout prix ! Incontournable.