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SPOILERS...

Après le départ de Sean Connery en 1967, après la sortie du cinquième film de la saga 007 (On Ne Vit Que Deux Fois, très réussi), les producteurs Saltzman et Broccoli se mirent en quete d'un nouvel acteur pour jouer le célèbre agent secret britannique. Ils hésitèrent un temps avec Roger Moore, mais c'est l'Australien George Lazenby qui remportera le role tant convoité (Moore l'obtiendra plus tard, comme chacun sait). Lazenby ne jouera que dans un seul film de la saga, le sixième, celui-ci donc : Au Service Secret De Sa Majesté. D'une durée inhabituellement longue (2h20, contre un petit peu moins de 2 heures pour les autres films - seul le dernier en date, Casino Royale, sera aussi long), le film sera un échec total au box-office international. Lazenby, un temps envisagé pour continuer dans au moins un film de la saga (le suivant, Les Diamants Sont Eternels) jettera l'éponge, et c'est Connery qui, le temps de ces Diamants, reprendra le role, avant de laisser place à Moore.

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Beaucoup de fans de James Bond l'affirment : ce sixième film est un des plus grands de la saga. Meme si (et là aussi, pas mal de fans l'affirment) Lazenby a presque autant de charisme qu'une huitre fermée. Ici, il est bon de glisser une anecdote assez marrante : Lazenby, pendant le tournage, avait, apparemment, la grosse tete (l'ivresse du role, l'ivresse de l'altitude ?), et emmerdait tout le monde. A commencer par la James Bond Girl de service, Diana Rigg (la série Chapeau Melon Et Bottes De Cuir), qui aura pour habitude de toujours manger de l'ail avant chaque scène de baiser...Ambiance, ambiance ! On voit ces scènes langoureuses d'une manière un peu différentes, en sachant ça ! On grimace pour Lazenby, la gueule pleine de relents d'ail !

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La musique est signée John Barry, forcément. Aucune chanson pendant le générique (qui est lui aussi original, puisqu'il propose des visuels des précédents films), mais un thème prodigieux, qui fait du score de ce film le meilleur de toute la saga. Une chanson, cependant, vient pointer le bout de son nez dans les vingt premières minutes, We Have All The Time In The World, par le grand Louis Armstrong. L'histoire est très bonne : Bond (George Lazenby) sauve de la noyade une jeune femme, qui s'avère etre Tracy Draco (Diana Rigg), la fille du chef de gang corse Marc-Ange Draco (Gabriele Ferzetti). Bond se voit offrir par Draco une mission assez spéciale : rendre son sourire et sa joie de vivre à Tracy, dépensière et suicidaire. Bond va, donc, passer pas mal de temps avec elle, et le courant finit par très bien passer...

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Parallèlement, Bond est à la recherche de Ernst Stavro Blofeld (Telly Savalas, meme si on ne le voit pour la première fois qu'à partir d'une heure de film environ), le redoutable chef du S.P.E.C.T.R.E., organisation criminelle internationale. Blofeld, ayant échappé une première fois des mains de Bond (On Ne Vit Que Deux Fois), est retranché dans un immense manoir/laboratoire, une clinique, perchée en haut des Alpes Suisses. Il se fait passer pour le comte de Bleuchan. Apprenant qu'un certain comte de Bleuchan, dirigeant un centre médicalisé privé spécialisé dans les allergies et situé en Suisse autrichienne, veut que l'on étudie son dossier de généalogie, afin de prouver qu'il est bien un comte de la famille Bleuchan, Bond se rend à cette clinique, en se faisant passer pour un éminent héraldiste (spécialiste de généalogie), Sir Hillary (voir Lazenby en kilt dire 'je ressens comme une raideur', entouré de jolies jeunes filles, est un grand moment). Une fois sur place, il apprendra vite de Bleuchan/Blofeld, qui ne tardera pas à le reconnaitre, que Blofeld menace de répandre sur la Terre un virus capable d'anéantir toute stérilité végétale, animale et humaine...Bond fera tout (et il sera en cela aidé par les hommes de Draco) pour l'en empecher...

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Voici donc un James Bond radicalement différent des autres. D'abord, le héros est ici un peu fragilisé, humanisé (Bond ne rechigne pas à mater un magazine Playboy). Il vit, aussi, une vraie histoire d'amour, et non pas une bluette vaguement amoureuse comme pour les autres films. Il y à peu de gadgets, et peu de scènes d'action, mais les scènes d'action sont excellentes (les deux poursuites en ski et bobsleigh sont les meilleurs de la saga, en plus d'etre les premières sur ce support : la neige). Le méchant, Blofeld, est magistralement interprété par Telly Savalas (un de ses meilleurs roles, au chauve de Kojak ?). Diana Rigg est très séduisante, seul Lazenby peut, à la rigueur, décevoir.

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La fin du film est, elle aussi, totalement différente des autres films. En supposant que si vous etes en train de lire ceci, c'est que soit vous avez déjà vu le film, soit vous n'avez aucune objection à en connaitre la fin, je la révèle ici : Bond se marie, avec Tracy Draco. Sur la route, alors qu'ils font une pause en amoureux, une voiture passe près d'eux. Dans cette voiture, Blofeld, assez amoché (la scène de l'affrontement final ne l'a pas tué, mais l'a bien abimé au niveau cervical), et ses hommes de main. Un de ses hommes de main (en fait, la grosse autrichienne !) tire, et tue Tracy. Bond, veuf le jour meme de son mariage, prend Tracy dans ses bras, et dit 'nous avons tout le temps devant nous (We have all the time in the world, comme la chanson du début)...

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Une fin comme celle-ci, dramatique et profondément anti-bondienne, a du surprendre en 1969, et est une des raisons de l'échec du film. Pas vraiment d'action, un film assez long, un acteur moyennement charismatique qui, en plus, avait l'air de se la péter en coulisses, Au Service Secret De Sa Majesté avait tout pour devenir un ratage, qui aurait été le premier de la saga. Et bien non, bien au contraire, on a ici le meilleur de la série avec le dernier en date, Casino Royale (lui aussi très décalé par rapport aux dogmes de la saga bondienne), un épisode largement méconnu et un peu méprisé, mais les vrais fans savent bien qu'il s'agit d'un vrai chef d'oeuvre du genre. A voir et à revoir.