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SPOILERS !!

Voici un des plus grands films réalisés par Claude Chabrol. Les Fantomes Du Chapelier date de 1982, est interprété par Michel Serrault, Charles Aznavour, Aurore Clément, Monique Chaumette et François Cluzet, et est l'adaptation d'un roman éponyme de Georges Simenon (créateur du personnage de Maigret, meme si cette histoire ne le met pas en scène). Le film se passe dans les années 60 (le simple fait de voir une affiche de cinéma représentant le film Ben-Hur de William Wyler prouve que le film se situe au pire en 1959, année de sortie du péplum précité), en Bretagne, dans une petite ville bien tranquille, probablement Paimpol ou Concarneau, ou dans les environs. Je l'ai su, mais je ne me rappelle plus !

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Le film raconte une histoire qui tient tout autant du policier que de la farce sinistre. Léon Labbé (le regretté Michel Serrault dans un de ses meilleurs roles) est chapelier, et vit avec sa femme et une bonne. Sa femme (Monique Chaumette) est selon toute vraisemblance malade, et vit recluse dans leur chambre. En face de son magasin se trouve la boutique d'un tailleur d'origine arménienne installé depuis peu (enfin, déjà un ou deux ans) en ville, Kachoudas (Charles Aznavour), un petit homme d'apparence fragile et timide. Chaque soir, Labbé sort, se promener, et va au café, jouer à la belote avec ses amis (tous des notables, comme lui - Chabrol n'abandonnera jamais le milieu petit-bourgeois). Kachoudas, plus ou moins discrètement, le suit jusqu'au café, et ça, tous les soirs.

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La ville est en émoi, plusieurs femmes ont été retrouvées, étranglées. Des femmes d'age moyen, ou mur. Kachoudas, qui suit de plus en plus Labbé, commence à le soupçonner d'etre l'étrangleur. Labbé, découvrant rapidement les soupçons de Kachoudas, ne fera rien pour le dissuader de croire cela, et il s'avère justement que le petit tailleur chétif a raison : Labbé est bel et bien le tueur. Labbé, sournoisement, se confie de plus en plus à Kachoudas (qu'il méprise, en meme temps), sachant bien que personne en ville ne croirait le tailleur si celui-ci déciderait de tout révéler...Heureusement pour Labbé, une pneumonie foudroyante enverra Kachoudas ad patres.

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Parallèlement, on découvre le second secret de Labbé (que Kachoudas ne saura jamais, car celui-ci est d'ordre privé) : la femme de Labbé est morte, depuis plusieurs mois, assassinée par celui-ci. Elle était vraiment malade, et le harcelait sans cesse, perdant un peu la boule. Labbé (dans un flash-back assez dur) l'étrangle, l'enterre dans sa cave, et installe un mannequin dans un fauteuil, près de la fenetre, afin de faire croire à tous que sa femme est vivante. Le problème, c'est que Labbé, dans sa tete (qui ne tourne pas rond du tout) finira vraiment par se persuader que sa femme est encore vivante. Il parle au mannequin, apporte de la nourriture pour 'elle' tous les soirs, continue d'en parler avec ses amis...le clash mental, chez Labbé, se fait lentement, mais surement : il pète définitivement les plombs.

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Labbé tue, donc, mais pas n'importe qui : les vieilles (ou moyennement vieilles) femmes qu'il occis ont toutes un lien avec sa femme : ce sont des mais d'enfance de sa femme morte, qui doivent etre invitées pour le futur repas d'anniversaire de sa femme. Ne voulant pas que toute la ville apprenne que sa femme est morte, et que son corps a disparu (enterré), il décide de tuer, un à une, les futures invitées. A la dernière tuée, fini. Mais des pulsions subsistent. Ayant un peu le béguin pour une femme, Berthe (Aurore Clément), il s'invitera chez elle, pour la nuit. Au petit matin, les domestiques de Berthe la trouveront morte, étranglée, étendue sur le lit, à coté de Labbé, paisiblement endormi...

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Glaçant, ce film est vraiment excellent, et c'est du à l'interprétation exemplaire de Serrault. Tour à tour drole et terrifiant, il livre ici sa meilleure prestation, ou une de ses meilleures. Un role de fou, littéralement, qui angoisse totalement. Aznavour est lui aussi excellent, meme si un peu en retrait, dans un role de petit tailleur juif et arménien assez timide et souffre-douleur (et meme, c'est un peu de sa faute, s'il tombe malade à en mourir : il n'avait qu'à pas suivre Labbé la nuit, il n'avait qu'à l'ignorer !). Dans l'ensemble, Les Fantomes Du Chapelier est incontestablement un des 5 plus grands films de Chabrol avec Le Boucher, Que La Bete Meure, Masques et Les Biches. Un summum de suspense à la française, peuplé de seconds roles excellents (François Cluzet en journaliste curieux, Mario David en commissaire bourru), et porté par une musique très réussie - exceptée la chanson de Jairo, haissable... Un excellent film, un de mes récents coups de coeurs. Le film fut rediffusé en hommage à Serrault, histoire de vous dire à quel point il compte dans la filmographie de ce grand artiste...