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Spoilers !!

Septième film de Stanley Kubrick, réalisé en 1964, Docteur Folamour est probablement une des 5 plus grandes comédies jamais réalisées. Sous son titre original à rallonge (Dr Strangelove, Or How I Learn To Stop Worrying And Love The Bomb) se cache un film à la fois hilarant et angoissant, abordant un sujet terrible et limite tabou (en tout cas, tabou à l’époque, deux ans après la crise des missiles de Cuba), et qui, généralement, ne devrait absolument pas prêter à la rigolade : la guerre nucléaire.

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Réalisé en pleine Guerre Froide, dans une période qui n’était pas spécialement celle de la détente entre les USA et l’URSS, Docteur Folamour est interprété par Peter Sellers, George C. Scott, Sterling Hayden, Slim Pickens, Keenan Wynn, John Bull. Peter Sellers interprète trois rôles : le capitaine de la RAF Mandrake, le président des USA Murkin, et le fameux Docteur Folamour, ancien nazi en fauteuil roulant reconverti en conseiller politique pour les USA. Etant grand fan de Kubrick, j’adore ce film, mais je ne le classe cependant pas dans le top 5 de ses films. Pour être honnête, je le classe en sixième position sur les 13 films que le Maître a réalisé ; ce qui ne m’empêche pas d’adorer littéralement ce film. Je suis mort de rire à chaque visionnage. Ce film n’est pas le plus grand chef d’œuvre de Kubrick, mais il n’empêche, c’est tout de même un authentique chef d’œuvre.

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Le général Ripper (Sterling Hayden), devenu apparemment complètement malade, décide de lancer une attaque aérienne contre l’URSS. Il envoie à ses avions un code militaire bien spécifique indiquant une attaque nucléaire aérienne. Ses hommes, dont Kong (Slim Pickens, dans un rôle initialement destiné à Sellers – qui aurait donc joué quatre rôles ; il n’a pas eu ce rôle car il faisait mal l’accent texan), obéissent, et coupent tout contact excepté pour Ripper.

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Alertés, les autres généraux de l’Etat-Major, et le Président Murkin (Sellers) se réunissent en Salle de Guerre pour analyser la situation. Le général Buck Turgidson (George C. Scott, hilarant) explique patiemment à Murkin que rien n’est plus possible. On ne peut plus avoir les avions de Ripper (bien sagement installé dans sa base) pour leur ordonner de faire demi-tour, et quand les Russes seront attaqués, ils déclencheront la Grosse Bombe, qui réduira la Terre en miettes radioactives… Murkin, après avoir fait convoquer l’ambassadeur soviétique (John Bull) et obtenu, au téléphone, le président russe (un dialogue culte et hilarant), s’en remet à son conseiller, le Docteur Folamour (Sellers again), qui ne voit rien d’autre à dire que ce que tout le monde savait déjà : on est dans la merde.

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De son coté, Ripper (aidé par son second, le capitaine anglais Mandrake (Sellers, one more time), repousse les soldats américains envoyés par le Président pour le raisonner. Il se flingue dans sa salle de bains, laissant cependant quelques petites instructions à Mandrake pour qu’il devine le code capable d’annuler l’attaque. Mandrake parvient à joindre la Salle de Guerre, et  faire annuler l’attaque, les avions retournent à la base…tous, sauf un, celui de Kong, touché mais non abattu, et ayant réussi à passer au travers. Kong parvient à faire lâcher une bombe (en étant à califourchon dessus !) sur une base soviétique d’ICBM (nucléaire), et, tandis qu’au Pentagone le Docteur Folamour propose une stratégie de survie post-nucléaire, le monde entier pète dans la plus grande largeur…

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Un vrai monument, totalement hilarant, malgré une fin qui donne le frisson. Parce qu’un général américain profondément anti-communistes décide de tout faire péter, la Terre est rasée. Une situation qui a failli arriver plus d’une fois durant la Guerre Froide (la crise de Cuba, entre autres). On imagine vraiment le scandale et l’effroi des spectateurs et critiques de l’époque (on a accusé le film de créer la panique, d’être propagadiste, ce qui est idiot – on ne peut pas l’accuser, en revanche, de ne pas être satirique).

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Parmi les meilleurs moments du film, le dialogue téléphonique entre Murkin et son homologue russe (que l’on entend pas) est à se pisser dessus : Vous savez, Dimitri, nous avions un jour abordé le sujet des ennuis que nous pourrions avoir avec la bombe. La bombe, Dimitri. La bombe H, Dimitri. Voilà. Hé bien, voyez-vous, Dimitri, un de nos officiers a eu…comment dire…il a eu un pèt au casque. Juste un petit pèt. Il a décidé d’attaquer votre pays. Calmez-vous, Dimitri. Vous croyez que ça me fait plaisir ?

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Ca, plus la fameuse réplique de Murkin/Sellers à Turgidson et à l’ambassadeur, en train de se battre : Messieurs ! On ne se bat pas ici, voyons, c’est la Salle de Guerre ! est un grand moment de délire. Le film, rien que pour la voix (les voix, vu le nombre de personnages qu’il joue) de Sellers, est à voir impérativement en VOST. L’entendre sous l’apparence du Docteur Folamour, parler avec un accent allemand à couper au couteau, est hilarant. On sent bien ce Docteur Folamour (dont le look fait penser à Henry Kissinger, de même que l’accent) nostalgique du nazisme : son bras droit, incontrôlable, se dresse souvent en salut aryen (vite réprimé). La fin du film est tuante, Folamour se lève de son fauteuil, et s’écrie, au milieu de son speech : Mein Führer !! Je marche !!

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Le film ne respecte rien, pas même les distributeurs automatiques de boissons (Vous aurez à en référer à la firme américaine Coca-Cola, annonce un soldat au moment où Mandrake, britannique, lui ordonne de shooter le distributeur pour obtenir de la monnaie pour le coup de téléphone présidentiel), pas même la peur terrible de l’holocauste nucléaire. On imagine sans problème que tourner ce film fut un grand moment (Kubrick, fan de Sellers, était en perpétuel état de fou rire).

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George C. Scott révèle ici un grand talent comique. Voir ses mimiques durant le dialogue téléphonique de Murkin : hilarant. A un moment donné, il marche, se casse la gueule, se relève, et continue son speech. Il faut savoir que cette chute n’était pas prévue (George C. Scott s’est vraiment cassé la gueule), mais Kubrick l’a laissée, car l’acteur a réussi à faire croire que c’était dans le script.

En revanche, Kubrick n’a pas laissé la scène finale initiale, une gigantesque bataille de tartes à la crème. Il ne voulait pas que son film, satirique, bascule, à la fin, dans le burlesque à la Charlot. Sans doute a-t-il eu raison, mais on aurait quand même aimé voir cette scène en bonus DVD. Il ne l’a pas conservée, ou avait sans doute interdit son exploitation !

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Donc ? pour résumer ce film : dialogues à pleurer de rire, scénario (d’après un roman pas du tout comique, Red Alert de Peter George) remarquable, acteurs grandioses, réalisation remarquable, photographie sublime en noir & blanc, scènes cultes…Docteur Folamour, du haut de ses 90 minutes (trop court !), est un monument.