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SPOILERS...

Sorti en 1980, Elephant Man, produit par Mel Brooks (bien connu pour ses films comiques), est le second film de David Lynch. Filmé dans un noir et blanc sublime, le film est largement moins abstrait que son précédent film, Eraserhead, et il raconte une histoire tout à fait vraie, celle de John Merrick (qui s'appelait, en fait, Joseph Merrick), un jeune homme anglais ayant vécu à la fin du XIXème siècle, et qui était atteint d'une maladie extrèmement rare (la neurofibromatose), lui causant de très grande difformités corporelles. L'homme fut surnommé, assez cruellement, Elephant Man, rapport à ça.

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Porté par une interprétation exceptionnelle (Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft, Sir John Gielgud...), une musique de John Morris vraiment inoubliable et émouvante, un scénario très bien écrit, et des scènes cultissimes, le film est un vrai classique du cinéma. Impossible de ne pas se sentir bouleversé par cet homme, d'apparence monstrueuse, mais complètement déchirant de par son humanité, sa simplicité. A coté de ça, Lynch montre assez souvent les gens 'normaux' comme de vrais monstres, tel ce gardien d'hopital organisant des visites sauvages de la chambre de Merrick, en pleine nuit, et qui se moque ouvertement de l'aspect monstrueux du pauvre homme.

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Passons à l'histoire : l'action se passe à Londres, dans les années 1880. Le docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins), par hasard, tombe sur un stand de foire annoncant un spectacle prodigieux, 'l'homme-éléphant'. Curieux, il décide d'aller voir le responsable de ce stand de réputation assez douteuse, et parvient à un taudis, dans un quartier défavorisé de la ville. L'homme, Bytes (Freddie Jones), un alcoolique, est propriétaire de cet 'homme-éléphant', et accepte de faire une représentation privée pour Treves. Lequel Treves, en voyant l'homme-éléphant, se met à pleurer de pitié pour lui...

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Treves parvient à convaincre Bytes de lui confier un temps cet homme, qui s'appelle John Merrick, et à 21 ans (joué par John Hurt, dont la transformation physique est ahurissante). Treves emmène Merrick à l'hopital, après avoir exposé son cas à ses collègues. En effet, Merrick est atteint de neurofibromatose, une maladie corporelle extrèmement virulente ayant causé un grand nombre de tumeurs et déformations sur son corps et son visage, qui n'a plus grand chose d'humain.

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Merrick est accueilli à l'hopital, et logé dans une chambre située dans les combles, à l'abri du regard des autres, afin qu'il soit parfaitement au calme. Bytes, Treves s'en rend compte, battait Merrick, le traitait très mal. Au fur et à mesure, les infirmières font connaissance avec le 'monstre', découvrent que derrière l'impressionnante facade meurtrie il y à un jeune homme aimable et timide. Merrick apprend à parler, ce qu'il ne peut faire que très difficilement. D'abord réticent (Merrick étant incurable), le directeur de l'hopital, Carr Gomm (Sir John Gielgud) finit vite par accueillir comme il se doit l'hote permanent des lieux.

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Treves parvient à faire prendre conscience à toute une frange de la haute société londonienne que derrière le monstre, il y à un homme. En dépit d'un retour chez Bytes (d'où il s'enfuiera, sera retrouvé, et renvoyé à l'hopital, au grand dam de Bytes, qui perd son gagne-pain) et hormis quelques intrusions nocturnes indécentes de la part du gardien de nuit de l'hopital (qui fait payer à ses clients la vision du 'monstre'), tout se passe plutot bien pour Merrick, qui lit, construit une maquette de l'église qu'il aperçoit de sa fenetre (ne pouvant la voir en entier, il imagine le reste, ce qu'il y à en-dessous du clocher), et rend visite à des gens de la haute société. Il devient vite la coqueluche du beau monde londonien, et assistera meme à une représantation théatrale, avant de décider d'en finir avec la vie. Ne pouvant, à l'acocutumée, dormir allongé, sous peine de s'étouffer (le volume de sa tete étant trop lourd), il décide de s'allonger, tout simplement, et meurt paisiblement, après ce qu'il a qualifié de plus belle journée de sa vie (le théatre)...

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Hormis une séquence d'ouverture assez étrange (une femme, jetée par terre, hurlant à la mort...un troupeau d'éléphants...et un landeau d'où sort un pleur de bébé), le film ne ressemble pas du tout à ce que Lynch fait à son habitude. Tout comme Une Histoire Vraie, Elephant Man est un Lynch light, sans délires visuels. Ce qui n'empeche pas le film d'etre un de ses meilleurs, et peut-etre meme son plus grand film (avec Eraserhead, vraie somme de ce qu'il fera par la suite). Profondément émouvant (la scène finale est poignante comme j'ai rarement vu de ma vie), Elephant Man, en plus d'etre une très belle adaptation de la vie de John/Joseph Merrick, est une splendide fable sur le droit au respect, sur la différence, sur l'horreur de l'intolérance. Entre John Merrick et le gardien de nuit de l'hopital, qui est le monstre ? Pas celui que vous croyez...

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Absolument grandiose, un film essentiel. Quiconque le verra en sortira changé, en bien. a première fois que j'ai vu ce film, j'avais 12 ans environ. Aujourd'hui encore, voir ce film me bouleverse, je le redécouvre à chaque visionnage. La beauté de la musique, le noir et blanc sublime (le film ne serait pas aussi beau et fort en couleurs), le talent des acteurs, la réalisation, tout concourt à faire de Elephant Man un vrai cadeau de la part de Lynch, pour tous les cinémaniaques !