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Spoilers…

Philippe Labro, écrivain de talent, et immense journaliste à la base, a réalisé quelques films. Sans aller jusqu’à le qualifier d’immense cinéaste, il faut bien reconnaître qu’il a fait pas mal de très bons films (dont deux des meilleurs films de Belmondo, L’Héritier en 1972 et L’Alpagueur en 1975). En 1971, adaptant (avec Jacques Lanzmann) un roman d’Ed McBain intitulé Ten Plus One, Labro réalise Sans Mobile Apparent, indéniablement son meilleur film. Le film, dont l’action a été transposée à Nice (les noms des personnages ont changé, seul le nom du personnage principal est le même, Carella), bénéficie d’un casting alléchant, grandiose : Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Sacha Distel (oui, vous avez bien lu), Laura Antonelli, Jean-Pierre Marielle, Carla Gravina, Stéphane Audran, Paul Crauchet, Gilles Segal. Dans un très court rôle non crédité, Labro joue un journaliste.

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L’inspecteur Carella (Trintignant) enquête sur un meurtre perpétré sur la personne d’un bourgeois niçois, Tony Forest, abattu d’une balle de sniper en pleine tête. Alors qu’il démarre son enquête, il apprend qu’un autre homme a été tué, selon le même procédé. Sentant un lien, il fouille dans les affaires des deux hommes, et apprend qu’ils ont un lien : un compte en Suisse, crée par un helvète astrologue résidant à Nice, et qui se fait lui-même abattre très peu de temps après. Carella découvre également que sa petite amie, Jocelyne (Carla Gravina), connaissait intimement les trois victimes. Elle se fait tuer selon le même procédé peu de temps après avoir avoué à Carella, troublé du lien entre elle et les victimes, qu’elle les connaissait très bien autrefois.

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Carella, en farfouillant, parvient à trouver un lien direct reliant toutes les victimes. Désirant interroger la belle-fille de la première victime, Sandra Forest (Dominique Sanda), il découvre qu’elle joue dans une pièce d’un certain Francis Palombo (Paul Crauchet), qu’il interroge lui aussi. Il se rend compte que Palombo connaît touts les victimes. Il découvre aussi le vrai lien : autrefois, toutes ces victimes (et aussi deux femmes, et un autre homme, Julien Sabirnou – Sacha Distel - , homme de télévision fiancé à Sandra Forest) jouaient ensemble dans une pièce de Palombo, Juliette. Cette pièce, Palombo l’a ressortie, en la renommant Sandra, rapport au nom de l’actrice principale. Carella se rend compte que la pièce et les meurtres ont un lien, comme si quelqu’un voulait tuer tous les anciens acteurs de cette pièce médiocre. En farfouillant encore plus, il découvre un terrible secret reliant tous les acteurs (morts et vivants) de cette pièce…Et sans doute trouve-t-il enfin une raison valable pour tous ces meurtres, qui étaient auparavant sans mobile apparent…

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Avec sa musique envoûtante d’Ennio Morricone (qui figure largement parmi les plus grandes réussites du compositeur) à base de trompette, son scénario machiavélique et ses acteurs au sommet, Sans Mobile Apparent, film hélas trop méconnu de nos jours, est un des meilleurs films policiers français qu’il m’ait été donné de voir.

Un classique, librement adapté de McBain (si le nom du personnage, Carella – personnage récurrent de l’univers de McBain, un peu comme Hercule Poirot avec Agatha Christie – est conservé, il faut bien dire que Trintignant n’a pas grand-chose à voir avec le Carella des romans).

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Jean-Louis Trintignant est arrogant, hautain, cynique, amer, désabusé. On sent bien qu’il n’a aucune envie, aucune joie de patauger dans ce milieu bourgeois et trouble (même pourri) dans lequel cette affaire glauque baigne depuis le début. Son Carella semble aussi assez étrange, rempli de tics (il se lave souvent les mains, et on ne saura jamais pourquoi).

Par certains endroits, le film fait penser à L’Inspecteur Harry de Don Siegel : posture de Trintignant quand il constate, au début, la première victime, la manière dont le tueur abat ses victimes (sniper du haut d’un toit), et la fin, tout aussi désabusée que celle du film de Siegel de la même année (on ne peut pas, cependant, accuser Labro d’avoir pompé sur Siegel, et réciproquement). Un vrai classique du polar urbain moderne, avec personnages troubles, ambiance oppressante, et situé, de plus, dans une très belle ville, Nice (que je connais plutôt bien, même si je n’y ai jamais habité). Perso, j’adore vraiment ce film !