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SPOILERS !

Palme d'Or à Cannes en 1979 (ex-aecquo avec le grandiose Le Tambour de Volker Schlondorff), voici probablement le chef d'oeuvre absolu et ultime de Francis Ford Coppola - encore plus réussi que la trilogie du Parrain, pourtant phénoménale. Apocalypse Now. Le film, comme chacun le sait, existe en deux versions depuis 2001 et sa ressortie en salles en version redux, augmentée de 50 minutes sur les 2h30 initiales (ce qui fait que le film passe à 3h20). Si la version redux est magistrale (et c'est de celle-ci que je vais parler ici, en gros), l'originale à elle seule nous donne la preuve que ce film est incontestablement un des plus grands de l'histoire du cinéma.

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Je ne reviendrai pas ici sur les conditions du tournage du film, tellement dures et chaotiques qu'un film-documentaire a été fait sur le sujet (Au Coeur Des Ténèbres, allusion à une des influences de Coppola pour son film, le fameux roman de Joseph Conrad). Crise cardiaque de Martin Sheen (qui remplace Harvey Keitel, qui devait initialement jouer le role de Willard) ; obésité de Brando, alors que le personnage qu'il interpréte (Kurtz) ne devait pas etre aussi gros (et alors que, lorsque Coppola vit Brando la première fois pour lui parler de ce film, Brando n'était pas aussi gros) ; cyclones ; guerre civile ; grèves ; hélicoptères appartenant au pays où le film fut tourné, qui durent etre peints aux couleurs américaines et ensuite repeints aux couleurs du pays d'accueil (Philippines) tous les jours ; Brando qui exige une augmentation de cachet ; Dennis hopper ne se lavant pas et se voyant attribuer un minibus à lui tout seul, la puanteur étant trop forte... Bref, j'ai dit que je ne reviendrai pas sur les conditions épouvantables (Coppola faillit en crever de folie), mais je viens de le faire, comme quoi, quand je ne me retient pas... Ais-je vraiment besoin de décrire le film ? Allez, j'y vais quand meme, mais succintement.

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L'histoire : Willard (Martin Sheen, épatant), capitaine de l'armée américaine en repos à Saigon, en pleine guerre du Vietnam, et en attente de mission, s'engouffre dans les tourments de l'alcool. On lui offre une mission d'un genre un peu particulier : retrouver la trace d'un colonel de l'armée américaine, Kurtz (Marlon Brando), et le tuer. En effet, tout porte à croire que Kurtz, brillant stratège, a perdu la tete, et a constitué une sorte de secte basée autour du culte de sa propre personne. Il vit retranché dans un temple, en plein Cambodge, et se prend pour un dieu. Son comportement, insane selon les officiers abordant le sujet avec Willard, est à révoquer, et seule la mort de Kurtz peut y remédier. Willard, abasourdi, accepte.

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Willard embarque dans un bateau, afin de remonter le fleuve pour retrouver Kurtz. En chemin, lui et les quelques hommes qui l'accompagnent (joués par Frederick Forrest, Larry Fishburne, Sam Bottoms, Albert Hall) rencontreront une unité de l'armée aéroportée américaine, dirigée par le lieutenant-colonel Kilgore (Roert Duvall), un obsédé du surf (de meme que Lance Adams, un des accompagnateurs de Willard - joué par Sam Bottoms), aimant par dessus tout l'odeur du napalm au petit matin...

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Leur parcours, qu'on peut considérer d'initiatique en ce qui concerne Willard (qui, grace au dossier qu'on lui a remis, se familiarise de plus en plus avec Kurtz), est semé d'embuches : attaque d'un pont, bombardement d'un village vietnamien (avec Chevauchée des Walkyries en prime)... Seule une soirée sur une base, avec spectacle de stripteaseuses (et moments calins avec elles, dans la version longue), permet un peu de détente. Ainsi qu'une séquence mythique du film, uniquement visible dans la version longue, dans une colonie française (avec Aurore Clément)...

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Finalement, Willard arrivera au temple de Kurtz, et sera reçu par le colonel fou, qui lui assènera un long et éprouvant discours sur la notion meme de l'horreur, et les raisons qui l'ont poussé à faire ce qu'il a fait. Et c'est au cours d'une cérémonie sacrificielle des indigènes 'gérés' par Kurtz que Willard le tuera, pour, finalement, prendre sa place - alors qu'un message de Kurtz, laissé sur un carnet, lui recommandait pourtant de tous les tuer, de bombarder le temple. (Petite précision : le film dans sa version longue se termine ainsi : Willard reste dans le temple, et prend la place de Kurtz - tout ce voyage, initiatique, à chercher les raisons du comportement de Kurtz, lui ont fait 'voir la lumière', en quelque sorte, et il ne voit plus Kurtz comme un fou, mais comme un visionnaire. Seulement, la version courte se terminait autrement, par un générique de fin dans lequel on voyait une série de bombardements - ceux du temple ?)

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Le film est un chef d'oeuvre absolu, à voir absolument. Un film de guerre, mais pas seulement. C'est aussi un film initiatique, une plongée dans la folie, une dénonciation absolument sévère de la guerre du Vietnam, et de la guerre, en général. Porté par une bande-son inoubliable (Wagner, mais aussi Satisfaction des Rolling Stones, sans oublier le mythique The End des Doors, qui sert pour l'ouverture cultisisme du film, ainsi que pur la scène de la mort de Kurtz (kill, kill, kill, répété inlassablement par Jim Morrison - ce sont vraiment les paroles de cette longue chanson de dingues).

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Un de mes films de chevet, culte de bout en bout, un vrai choc visuel et auditif (et émotionnel), un film dont on ne se remet jamais totalement. Et si la version courte est à elle seule absolument indispensable, la version longue, Apocalypse Now...Redux est encore plus belle, plus puissante, plus renversante, en dépit d'une scène assez inutile, celle de la soirée avec les strip-teaseuses. Le reste, que ce soit la plantation française, le bombardement du village vietnamien, l'intro mythique, la fin, saisissante, le monologue psychiatrique de Kurtz, le pont de Do Lung, ou l'arrivée dans le temple de Kurtz (la mention apocalypse now inscrite à la peinture blanche sur une pierre du temple), le reste, donc, est d'un niveau très très rarement atteint dans toute l'histoire du cinéma. Magnifique.