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SPOILERS…

En 1962 sort un film qui va bouleverser le monde, et créer une nouvelle catégorie de films (qui ne durera pas longtemps, mais marquera elle aussi) : Mondo Cane. Ce film, un documentaire italien réalisé par Gualtiero Jacopetti, Franco E. Prospero et Paolo Cavara, a instauré la vague de cinéma ‘mondo’, ou cinéma-vérité, un style de films cherchant à montrer les étrangetés et aberrations se trouvant sur la Terre. Ce film est donc un documentaire. Mais bon, il vaut mieux parler de ‘documentaire’ au conditionnel, quand on aborde le cas Mondo Cane. Tirant son nom d’un juron italien (‘monde de chiens’), Mondo Cane mérite bien son nom, en revanche. Car ce documentaire, qu’il soit véridique ou faux (disons plutôt que des passages sont authentiques, mais que d’autres pourraient très bien avoir été un peu scénarisés), montre cependant pas mal d’aberrations.

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Ca a vieilli (quand même, il date de 1962, il a donc 47 ans !), mais des passages restent encore très marquants. Pour ma part, j’ai énormément de mal avec le passage situé vers le milieu du film (plus exactement, au chapitre 7 du DVD), concernant des ossements humains situés au fond de la mer (conséquences d’enterrements maritimes, et du passage des requins qui dévorent les cadavres) ou dans la crypte du couvent des Capucins, à Palerme, Sicile. Je pense avoir comme phobie celle des ossements (je ne plaisante pas), j’ignore si cette phobie est courante et si elle a un nom, mais en tout cas, c’est la mienne. Je n’ai pas peur des serpents, des araignées, rats ou de la vue du sang. Mais des ossements, si, et même une répulsion absolument totale ! A coté de ce passage, la vue du culte de la mort en Chine (derniers soins pratiqués sur un cadavre) ou la vue pourtant terrible, choquante, d’un mouroir de Singapour, passerait presque comme une lettre à la poste. Pourtant, ce passage, situé peu de temps après, est également craignos.

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Ne parlons pas des tortures infligées aux animaux, aussi : oies gavées à Strasbourg (là encore, ça peut passer) ; poussins peints et réchauffés dans un four (ils en sortent bien vivants, mais on apprend que par la suite, pas mal d’entre eux meurent) ; cochons tués sacrificiellement en Nouvelle-Guinée par une tribu (si vous avez vu le film de Barbet Schroeder La Vallée qui a été fait 10 ans après, c’est le même style) ; corridas espagnoles et fête du taureau au Portugal ; et le pire est sans doute la vision de tortues de mer mourant au soleil, et de chiens enfermés en cage, dans un restaurant taïwanais où ils sont mangés par les clients.

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Le film démarre par une cérémonie, en Italie, visant à célébrer l’anniversaire de la mort du fameux acteur Rudolf Valentino, et se termine par le fameux et mystérieux ‘culte du cargo’, en Nouvelle-Guinée. Entre autres, on voit dans Mondo Cane des parades amoureuses, un cimetière d’animaux de compagnie aux USA (vision cocasse d’un chien pissant sur la tombe d’un congénère ; vision terrible d’un chien mort déposé dans un petit cercueil et enterré) ; des Allemands faisant la fête dans un bar à bière (et pas mal d’entre eux, le lendemain matin, vomissant, urinant dans la rue, se frappant dessus, titubant…impossible de ne pas se dire  - d’une manière totalement injustifiée et subversive - que le peuple allemand ressemble à un peuple de poivrots, c’est vous dire le parti pris du film !)…

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Il y à des passages heurtants, dans le film, il y à aussi des passages comiques et grotesques, comme ces vieux en vacances à Tahiti et apprenant à danser la danse locale, ou comme des vieilles peaux américaines en salle de gym-tonic (il aurait fallu une musique du style La Danse Des Eléphants pour aller avec les images, mais cette musique date de 1967, too bad). Dans l’ensemble, c’est difficile de dire ce que l’on ressent après la vision de ce film culte et étrange. En 1964, un Mondo Cane 2 sera fait, lui aussi très bon, mais moins culte.

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Mal foutu dans certains cas, trop bien foutu dans d’autres, Mondo Cane, qui sera présenté en compétition à Cannes et dont la musique obtiendra le Golden Globe, choquera et scandalisera tel qu’il ne fallait pas parler du film à l’époque. Subversif, déstabilisant, mais souvent hilarant (le commentaire audio est souvent grotesque, il amplifie le comique de certaines situations, et rend certains passages totalement racistes – autant vous le dire d’emblée, aucun second degré, un parti pris totalement subjectif), ce documentaire est historique. Il ne plaira pas à tout le monde, mais tout le monde se doit de le voir.